La Russie va réintroduire les cours d’éducation militaire au collège et au lycée

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La Russie va réintroduire les cours d’éducation militaire au collège et au lycée

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Des jeunes membres de "Younarmia", l’organisation de jeunesse créée par le ministère russe de la Défense.
Des jeunes membres de "Younarmia", l’organisation de jeunesse créée par le ministère russe de la Défense.
© AFP - Laure Boyer Hans Lucas

Obligatoires sous l’Union soviétique, les cours d’éducation militaire feront leur retour à partir de la rentrée prochaine en Russie, dans l’équivalent de l'enseignement secondaire. Une décision que les autorités justifient par le contexte de la guerre en Ukraine.

Un nouveau cours va (re)faire son apparition dans les emplois du temps des élèves russes à la rentrée prochaine. Son nom : "Préparation militaire de base." Le sujet était dans l’air du temps à Moscou depuis quelques semaines, après une demande officielle du ministère de la Défense. Mercredi 9 novembre, le ministre de l’Éducation, Sergey Kravtsov a confirmé que cette matière serait bien inscrite au programme à partir de septembre 2022 et qu’elle serait obligatoire.

Les cours auront lieu lors des classes de cinquième à neuvième année, l’équivalent du collège en France, ou lors des 10e et 11e année (notre lycée), selon le ministère.

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"Les enfants n'ont pas besoin de ça"

Natalia, 81 ans, se souvient bien de ces cours qu’ont suivi ses enfants. Apparus dans les écoles soviétiques en 1967, les cours de préparation militaire avaient été supprimés en 1990. Cette Moscovite ne souhaite pas que ses petits enfants les suivent. "Les enfants n'ont pas besoin de ça", s’offusque-t-elle. "Les enfants doivent vivre, pas se battre ! Pourquoi est-ce fait ? Il faut étudier, comprendre la science, se développer, penser... pour former des combattants. Nous allons former une nation d’idiots ! C'est effrayant."

Selon Olga Kazakova, la présidente de la commission de l'éducation de la Douma d'État, le cours couvrira un spectre très large. "Il s'agira de sport, de compétences de construction d'équipe et d'encourager le patriotisme", a déclaré au journal Vedomosti cette grande supportrice de la mesure qui a publié sur son compte Telegram un post intitulé "pro NVP" (l’acronyme russe pour cette nouvelle matière) accompagné d’une vidéo où on la voit tirant sur des cibles avec un pistolet automatique.

Capture d'écran de la chaîne Telegram d'Olga Kazakova.
Capture d'écran de la chaîne Telegram d'Olga Kazakova.

Apprentissage des principes de fonctionnement des grenades

La députée Yana Lantratova, elle aussi membre de la commission de l'éducation de la Douma, a expliqué à l’agence RIA Novosti que les élèves apprendront "à manier un fusil d'assaut Kalachnikov, à prodiguer les premiers soins, à utiliser des équipements de protection individuelle et à créer des structures pour la protection du personnel et des abris pour le matériel militaire". Le cours devrait être composé de deux modules, "principes fondamentaux de l'entraînement militaire" et "entraînement naval", durant respectivement 335 et 174 heures, plus 12 jours de formation sur le terrain. Le projet d'arrêté du ministère de l'Éducation prévoit que les lycéens apprendront également les principes de fonctionnement des grenades en usage dans l’armée russe.

Pour Sergeï Mironov, le chef de la faction "Russie juste" au parlement, qui avait proposé cette mesure, ce cours était devenu particulièrement pertinent avec la mobilisation de centaines de milliers d’hommes. "Même de nombreux volontaires n'ont pas l'expérience nécessaire pour participer à des opérations de combat. L'introduction d'un tel sujet dans les écoles permettra de préparer systématiquement les citoyens à une éventuelle confrontation avec l'ennemi", a-t-il déclaré au quotidien Izvestia.

"Celui qui n’est pas préparé est le premier à mourir"

Un avis partagé par certains parents d’élèves, comme Nikolaï, 47 ans, dont les enfants sont en quatrième et septième année. "On voit bien que certains mobilisés n’ont jamais vu un fusil de leur vie", explique cet homme, qui explique avoir fait son service militaire. "Cela aurait vraiment rendu les choses plus faciles pour certains s’ils avaient suivi une telle formation. Un homme préparé se comporte différemment sur le champ de bataille. Celui qui n’est pas préparé est le premier à mourir", conclut-il d’une voix posée.

Cette mesure semble néanmoins adoptée dans un grand flou et avec une certaine précipitation. Les syndicats d’enseignants doutent de la réalité de sa mise en œuvre à la rentrée prochaine, ne serait-ce que parce que les programmes des élèves et des professeurs russes sont déjà extrêmement chargés et qu’il paraît difficile de loger un tel volume horaire dans les emplois du temps. Croisée dans une rue commerçante de Moscou, Thimotée, une étudiante, soupire en apprenant la nouvelle. "Ils feraient mieux de créer des cours d’éducation sexuelle dès le lycée", enrage-t-elle. Ceux-ci sont effectivement inexistants en Russie.