"La solution c'était de créer son propre orchestre !", raconte la cheffe Zahia Ziouani

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"La solution c'était de créer son propre orchestre !", raconte la cheffe Zahia Ziouani

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Zahia Ziouani, cheffe d'orchestre
Zahia Ziouani, cheffe d'orchestre
© AFP - SEBASTIEN NOGIER

UNE SEMAINE DANS LEURS VIES - Elle est une exception dans le monde de la musique : femme, élevée en Seine-Saint-Denis par des parents venus d'Algérie. Malgré les embûches, Zahia Ziouani est devenue cheffe et a créé son ensemble symphonique, "Divertimento". Elle revient sur son parcours au micro d'Amélie Perrier.

Zahia Ziouani nous reçoit à Pantin, la ville où elle a grandi et où elle vit toujours. C'est là que ses parents, immigrés algériens, s'installent dans les années 1980. Des parents mélomanes : son père, quand il arrive en France, s'achète très vite un transistor, et branché sur France Culture, il devient un grand amateur de musique classique, des symphonies de Mozart et de Beethoven, et des opéras, la Flûte enchantée, les Noces de Figaro. C'était certainement aussi une voie pour mieux comprendre la culture de la France, ce pays où il allait faire sa nouvelle vie.

Son enfance à Pantin

Quand Zahia et sa sœur jumelle Fettoumah ont 8 ans, leur mère veut les inscrire au conservatoire de musique de Pantin, mais il ne reste qu'une place. C'est leur petit frère qui l'obtiendra. Qu'à cela ne tienne, la maman accompagne son fils, et va suivre tous les cours ; de retour à la maison, elle les prodiguera à ses filles. Quand des places se libèrent dans l'année, les jumelles peuvent alors intégrer le conservatoire, sans avoir perdu de temps.

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Zahia Ziouani ep. 1

3 min

Au fur et à mesure de sa formation au conservatoire, Zahia s'épanouit en cours de guitare, mais elle envie sa sœur, en violoncelle, qui a accès à l'orchestre. Zahia va alors choisir l'alto, instrument à cordes placé au centre des orchestres symphoniques.

Un parcours jusqu'au pupitre semé d'embûches 

Elle redouble d'efforts pour pouvoir intégrer l'orchestre du conservatoire. Et le rôle de chef la fascine de plus en plus. Elle emprunte des conducteurs d'orchestre à la partothèque du conservatoire. C'est un déclic, elle découvre un monde qui semblait l'attendre, comme une évidence, mais aussi comme un rêve inatteignable, car tous les chefs d'orchestre qu'elle découvre sont des hommes âgés, pas des jeunes femmes comme elle.

Pour continuer leur parcours de musiciennes douées, les sœurs Zahia et Fettouma intègrent le prestigieux lycée Racine à Paris, qui propose des horaires aménagés pour les jeunes musiciens de haut niveau. Difficile pour elle de faire leur trou, tant elles sont vues comme "les filles qui viennent de banlieue". Mais leur détermination et leur talent forcent l'admiration.

L'autre déclic, c'est sa rencontre lors d'une masterclass avec le grand chef roumain Sergiu Celibidache qui lui dit de s'accrocher "parce que souvent les femmes manquent de persévérance". Il n'en fallait pas plus pour motiver encore plus Zahia.

Zahia Ziouani ep.2

3 min

L'histoire d'une ambition que rien n'arrête

Une fois ses diplômes obtenus, Zahia se rend compte qu'il sera difficile pour elle de trouver un poste de chef d'orchestre. Alors elle a l'idée de créer son propre orchestre, avec les meilleurs musiciens qu'elle côtoie à Paris et en Seine-Saint-Denis. Elle a à peine 20 ans, et fonde Divertimento.

Grâce à l'aide de sa sœur Fettoumah et de son frère, elle organise des tournées.

Et elle décide d'installer cet orchestre en Seine-Saint-Denis, ce qui est pour elle un engagement politique, militant : faire le pari du 93.

Zahia Ziouani ep.3

4 min

Pourtant, Zahia se défend de mener un projet "socio-culturel" : Divertimento est avant tout un orchestre professionnel, reconnu sur le plan musical.

De la musique symphonique pour tous 

La cheffe défend l'idée que les habitants des banlieues ont droit à la même qualité, au même accès à ce qui est exigeant, ce qui est beau.

Cela n'empêche pas les difficultés matérielles. Le département n'a pas les infrastructures pour accueillir un orchestre symphonique, pas de salle assez grande. Divertimento est donc obligé de se délocaliser à la Seine Musicale par exemple, dans les Hauts-de-Seine, pour répéter en formation.

Sa vocation est d'aller jouer aussi bien dans les salles les plus prestigieuses qu'auprès des publics les plus défavorisés.

Zahia Ziouani ep.4

4 min

L'illustration d'une ambition que rien n'arrête

Zahia Ziouani se voit-elle comme un symbole ? Elle répond modestement qu'elle se voit surtout comme un message d'espoir. Son parcours doit inspirer les jeunes filles qui ont des grands rêves.

Elle passe du temps dans les collèges et les lycées pour dire aux jeunes que tout est possible, à condition de travail et d'exigence.

Et si les politiques la saluent souvent, elle n'est pas dupe, mais veut se servir de cette attention pour faire avancer les projets culturels dans les quartiers défavorisés.

Zahia en tout cas inspire le cinéma : à la fin de l'année sortira au cinéma "Divertimento", un film qui retrace son parcours et celui de sa sœur Fettouma, un film qui parle de jeunes des banlieues populaires qui réussissent, une victoire pour Zahia.

Zahia Ziouani ep.5

4 min