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La sonde Dart envoyée par la Nasa percutera la nuit prochaine un astéroïde pour le dévier

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La vue imaginée des derniers instants de la sonde DART à l’approche du système Didymos/Dimorphos.
La vue imaginée des derniers instants de la sonde DART à l’approche du système Didymos/Dimorphos.
© AFP - AFP PHOTO/NASA/Johns Hopkins APL

En percutant un astéroïde dans la nuit de lundi à mardi, la sonde spatiale Dart entend faire la démonstration qu'il est possible de le dévier. L'objectif est de pouvoir, à l'avenir, protéger la terre de ces petits corps célestes. L'impact permettra aussi d'en savoir plus sur eux.

C'est une mission à la Armageddon que la NASA a lancé il y a dix mois. Après avoir parcouru 11 millions de kilomètres, la petite sonde Dart arrive à destination et s'apprête à réaliser un plongeon destructeur. À 1h14 (heure de Paris) dans la nuit de lundi à mardi, elle s'écrasera à la vitesse de 26 000 km/h sur Dimorphos, un petit astéroïde de 160 m de long qui tiendrait largement place de la Concorde à Paris.

Un test grandeur nature de protection planétaire

Dimorphos est en fait la petite lune d'un autre corps, Didymos, éloigné d'un kilomètre environ. Cet objet double ne menace pas la terre, mais c'est la cible choisie en 2010 pour ce premier test dit de défense planétaire. De fait, il passait suffisamment près de la Terre pour être accessible à un vaisseau spatial. Patrick Michel, astrophysicien à l'Observatoire de la Côte d'Azur, se veut rassurant : Dimorphos ne menace pas notre planète. "Ce que nous cherchons à faire, c'est à dévier la trajectoire d'une petite lune qui tourne autour de son astéroïde principal et non à dévier la trajectoire d'un astéroïde qui tourne autour du soleil", précise-t-il. En clair, il s'agit d'un test pour valider un concept et préparer les générations futures dans l'hypothèse où, un jour, notre planète serait réellement menacée. Un défi de taille tant les inconnues sont nombreuses.

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Comme viser une pièce de monnaie à 10.000 kilomètres de distance

C'est un voyage vers l'inconnu que s'apprête à achever Dart. D'abord, parce que personne n'a jamais vu l'astéroïde en question. Les astronomes ont une vague idée de sa taille, mais ni sa forme précise, ni sa masse, ni sa composition ne sont connues. Ce "nouveau monde", les scientifiques et le grand public le découvriront ensemble et simultanément. En effet, Dart, uniquement équipée d'une caméra et d'un logiciel de navigation, va envoyer ses images au fur et à mesure qu'elle approche de son objectif. Une heure avant l'impact, la sonde procédera à une correction automatique de sa trajectoire, "en se dirigeant à vue pourrait-on dire", précise Aurélie Moussi, du Centre national d'études spatiales. Les images prises par la caméra serviront aux corrections de trajectoire. Et si trois secondes avant l'heure d'impact, les images noires continuent de nous arriver sur le site de NASA TV, c'est que la sonde est en train de manquer sa cible.

Simple déformation ou destruction de l'astéroïde ?

Le choc devrait provoquer un cratère de 20 mètres de diamètre, selon Alain Herique, responsable de l'équipe Planeto à l'Institut de planétologie et d'astrophysique de Grenoble. "Il n'y a à priori pas de déformation globale du corps prévu", explique-t-il tout en restant prudent. "Il y a tellement de fois où une fois arrivé sur place, on ne comprend rien de ce que l'on voit... Toutefois, nous pensons que Didymos est le résultat de la collision entre des corps parents beaucoup plus gros (une centaine de kilomètres) et les débris de cette collision se sont re accrétés pour former ce qu'on appelle des agrégats, faits de blocs de plusieurs centaines de mètres jusqu'à des grains de sable. On ne peut pas exclure que ce soit un monolithe ".

Patrick Michel est aussi modeste dans sa prédiction, car deux missions récentes ont conduit les astrophysiciens à totalement revoir la physique de la collision. Suivant le niveau de résistance rencontré, le plongeon de Dart éjectera plus ou moins de matière. Mais pas comme sur Terre. La faible gravité des petits astéroïdes n'engendre pas un choc violent comme montré par Hollywood, mais plutôt un phénomène doux, à la manière d'un film au ralenti. La trajectoire de Dimorphos en sera de toute façon modifiée. "Deux mois après l'impact, les télescopes terrestres seront capables de mesurer cette déviation", précise Alain Herique. Mais pour Patrick Michel, la déformation globale n'est pas exclue. La déviation va en fait consister en un ralentissement de la rotation de Dimorphos autour de Didymos. Au lieu de faire le tour du gros astéroïde en 12 heures, la lune pourrait après cet impact mettre 12h et 1 minute et demie !

Ce n'est qu'en 2027 que Patrick Michel aura le détail des conséquences de la collision grâce à Hera, la mission européenne à laquelle il participe et qui vient compléter le travail de Dart. Financée par l'Agence spatiale européenne, cette sonde est dotée entre autres d'un radar qui doit révéler la structure de Dimorphos et visualiser sur place le cratère et les modifications subies par l'astéroïde. Si le test est validé, il n'empêchera pas d'autres missions à l'avenir. Car selon Aurélie Moussi, chef de projet de HERA, "il y a beaucoup d'autres idées : freinage par voile solaire, utilisation de l'effet thermique par exemple, mais dévier un astéroïde par un impact parait en effet le plus simple" pour s'en prémunir.