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La sous-traitance de services publics représenterait, chaque année, l’équivalent du quart du budget de l’État

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La sous-traitance de services publics fait-elle vraiment faire des économies ?
La sous-traitance de services publics fait-elle vraiment faire des économies ?
© Maxppp - Le Pictorium / Nicolas Landemard

160 milliards d’euros : c'est ce que représenterait la sous-traitance de services publics chaque année. L’estimation est réalisée par le collectif "Nos services publics" qui vient de se créer. Il regroupe une centaine de hauts fonctionnaires qui dénoncent ce qu’ils estiment être des dysfonctionnements.

C’est un sujet sensible et vite inflammable. Il n’y a qu’à se rappeler la polémique McKinsey, révélée par le Canard Enchaîné en janvier : ce cabinet privé et plusieurs autres ont été sollicités par le gouvernement pour le pilotage de la campagne vaccinale, pour un coût total de plus de 11 millions. Le débat est vif, l’opposition réclamant des explications.

Ce ne serait pourtant qu’une goutte d’eau comparé à ce que représenterait le totalité des externalisations de services publics : seulement 0,01% des 160 milliards d’euros annuels, estime aujourd’hui le collectif "Nos services publics", constitué de hauts fonctionnaires, agents publics, magistrats. Pour arriver à ce montant, l’équivalent du quart du budget de l’État, ils se sont plongés dans les chiffres. "Un exercice délicat tant les données sont parfois lacunaires", reconnait le collectif.

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Ainsi, ils estiment que la majorité de ces externalisations est représentée par les délégations de service public, à hauteur de 120 milliards d’euros. Un seul chiffrage ; repéré ici. Ils y ajoutent ensuite 43 milliards d’euros de marchés de services ou marchés de prestations. L’externalisation regroupe aussi bien de services de conseil, d’audit au plus haut niveau que le nettoyage ou la blanchisserie sous-traitée dans un hôpital. "On confie des petits bouts de missions à des entreprises privées, pas un hôpital mais seulement la blanchisserie. Mais même en faisant cela, on coupe nos capacités à agir. Cela peut pourtant devenir une activité stratégique, revêtir une vraie nécessité quand le rythme s’emballe, que les normes sanitaires évoluent, comme en ce moment", juge un membre du collectif.

En sous-traitant, l’État ne fait pas forcément d’économies 

Ce qui interroge surtout le collectif c’est la raison de la sous-traitance. "Nous ne disons pas qu’il faut tout ré-internaliser. Mais on se rend compte que bien souvent, ce n’est pas un choix stratégique, c’est une contrainte__". La note en veut pour preuve les plafonds d’emploi imposés à chaque ministère, service ou opérateur de l’État. "Les politiques de réforme de l’État successives ont été accompagnées d’une diminution des plafonds d’emploi : la fonction publique d’État a ainsi perdu 180 000 agents entre 2006 et 2018, auxquels s’ajoutent plus de 220 000 agents transférés des ministères vers les établissements publics de l’État sur la même période." À défaut de pouvoir embaucher, le public se tournerait donc vers le privé. L'un des membres du collectif dénonce :

"On affiche un maintien ou une réduction d’effectifs, mais à côté de ça on fait un chèque à une entreprise privée"

Quant aux économies réalisées grâce à la sous-traitance, là encore, le collectif en doute. S’il concède des économies d’échelle possibles sur des activités bien précises assez éloignées du cœur de métier (restauration par exemple), il pointe aussi des surcoûts possibles, notamment dans le numérique_. "Certaines sociétés facturent à 1 500 euros HT la journée, un fonctionnaire ne coûte pas si cher !"._ Avec cette note, le collectif entend surtout ouvrir le débat. "On a un sentiment de décalage entre les décisions qu’on nous demande d’appliquer et les besoins des gens. On entend les enseignants, les infirmiers. Nous souhaitons nous aussi reprendre la parole."