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Laïcité : une statue de la vierge Marie à l'Ile de Ré finit devant la justice

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La statue de la Vierge Marie de La Flotte-en-Ré, en Charente-Maritime.
La statue de la Vierge Marie de La Flotte-en-Ré, en Charente-Maritime.
© Maxppp - Julien Fleury

Une association a saisi la justice pour faire déplacer une statue religieuse implantée sur l’espace public. Le tribunal administratif lui a donné raison mais la municipalité de La-Flotte-en-Ré, en Charente-Maritime, pourrait faire appel.

La vierge Marie a-t-elle sa place sur un espace public ? Le sujet fait débat à La-Flotte-en-Ré, en Charente-Maritime. Ce lundi soir, les élus du conseil municipal doivent décider s'ils font appel de la décision du tribunal administratif de Poitiers, qui s'est prononcé le 3 mars en faveur du déplacement de la statue pour qu'elle ne soit plus sur une parcelle publique. Il avait été saisi par une association au nom de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat

La grande statue blanche et envoilée a été érigée à la fin de la Seconde Guerre mondiale par des paroissiens, reconnaissants d'avoir vu rentrer vivants les hommes de la commune. D'abord installée sur un terrain privé, la parcelle a été rachetée par le département au début des années 1980, avec la statue. Le conseil départemental l'installe alors dans le prolongement d'une route traversant le sud de l'agglomération. 

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Un accident de la route à l'origine du bras de fer

En 2020, la statue est fortement endommagée par un automobiliste. Elle est alors refaite puis remise en place. "Ca n'a rien coûté à la collectivité puisque c'est l'assurance du conducteur qui a tout pris en charge", précise le maire de La-Flotte-en-Ré, Jean-Paul Héraudeau, avant de préciser : "Il n'y aurait pas eu cet accident, on ne parlerait même pas de la Vierge de La Flotte."

"Le maire a fait beaucoup de battage autour de la réinstallation de cette Vierge, qui est, je le rappelle, une statue nouvelle, ce qui est contraire à l'article 28 de la loi de 1905", répond Claude Biardeau, président de l'association la Libre Pensée 17, qui a envoyé deux courriers à l'élu avant de saisir la justice. "Mais il est évident qu'on ne fait pas une chasse aux statues, mais là c'est une statue nouvelle, alors on le rappelle à l'ordre. Un maire se doit de respecter la loi de la République". 

Article 28 de la loi sur la séparation des Eglises et de l'Etat : "Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions".

Il y a la loi et l'esprit de la loi plaide Jean-Paul Héraudeau : "Elle était là avant que je naisse. J'ai 64 ans et j'ai toujours connu cette Vierge. Pour moi c'est comme un mobilier urbain, une fontaine, un banc. On ne devrait pas revenir sur l'histoire. Pour moi c'est un mauvais procès". 

Pourtant, le tribunal administratif, dans un jugement rendu le 3 mars, estime que la statue constitue un "symbole principalement religieux" et réclame son enlèvement dans les six mois. Une décision qui n'est pas surprenante selon Nicolas Cadène, cofondateur de la Vigie de la Laïcité : "Si cette statue datait d'avant 1905, alors elle n'aurait pas été concernée par la loi et aurait été considérée comme relevant du patrimoine. Si vous avez une statue d'un pape, d'un personnage qui est religieux mais aussi historique, ça ne pose pas de problème. Mais là il n'y a aucun de ces deux critères d'exception. C'est vraiment strictement religieux".  

Des milliers de soutiens au maire de la commune

Le maire de La-Flotte-en-Ré assure avoir reçu des milliers de témoignages de soutien, par téléphone et par mail, venant de la commune mais aussi de Belgique, de Suisse. Une pétition en ligne a déjà recueilli près de 30.000 signatures. "Vous ne pouvez pas contourner la loi par une appréciation personnelle à un moment donné, sinon cela pourrait remettre en cause beaucoup de loi. Il y a un principe général d'impartialité des administrations par rapport aux cultes", conclut Nicolas Cadène.