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Le #BalanceTonBar bouscule le monde de la nuit en Belgique... et bientôt en France ?

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Des dizaines de femmes témoignent d'agressions sexuelles et de viols dans des bars et discothèques de Bruxelles, depuis le 10 octobre 2021.
Des dizaines de femmes témoignent d'agressions sexuelles et de viols dans des bars et discothèques de Bruxelles, depuis le 10 octobre 2021.
© Getty - Ricardo Rubio/Europa Press via Getty Images

Alors que les témoignages d'agressions sexuelles et de viols dans le monde de la nuit bruxelloise se multiplient sous le hashtag #BalanceTonBar, plusieurs cas de violences similaires impliquant du GHB ont été signalés récemment en France, à Tours et à Montpellier. Sommes-nous à l'aube du #MeToo de la nuit ?

Leurs témoignages ont eu l'effet d'un détonateur. Le 10 octobre dernier, plusieurs femmes ont raconté sur les réseaux sociaux avoir été victimes d'agressions sexuelles et de viols dans deux bars bien connus du quartier estudiantin de Bruxelles, près du cimetière d'Ixelles. Elles disent avoir été droguées par les serveurs. Depuis, les récits de victimes de violences sexuelles déferlent, et de nombreux établissements sont épinglés sur le compte Instagram "Balance ton bar". 

Manifestations en Belgique 

"J'avais 18 ans, je venais de m'installer à Bruxelles. Une amie m'avait invitée à boire un verre (...) Lendemain matin : trou noir, je ne me souviens de rien du tout en me réveillant dans le lit de mon amie". Des témoignages comme celui-ci, Maïté en a reçu des dizaines, depuis qu'elle a lancé le compte Instagram "Balance ton bar".

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Cinq jours après le début du mouvement, 1300 personnes ont défilé dans la capitale belge, à l'appel de collectifs féministes, pour soutenir les victimes. 

Il y a un grand besoin d’un espace de parole pour les femmes, qu’on puisse prouver que ce ne sont pas des cas isolés mais qu’il y a un réel problème systémique", explique Maïté auprès du site d'information BX1 (télévision de Bruxelles). 

"Énormément de femmes sont concernées."

Depuis, le sujet est pris très au sérieux en Belgique. La secrétaire d’État à l’Égalité des genres et des chances a convoqué une réunion d'urgence avec le ministre de la Justice et la ministre de l'Intérieur belge pour analyser l'étendue des agressions sexuelles, dans le quartier, la ville, puis au niveau fédéral. De son côté, le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête et dit étudier chaque plainte déposée avec minutie.

"C'est assez exceptionnel, ce qui se passe", témoigne Anna Toumazoff, militante féministe française à l'origine des mouvements #SciencesPorcs et #doublepeine. 

"Bruxelles est un endroit très festif, connu pour sa joie. Le monde de la nuit est quelque chose de très important dans la culture bruxelloise. Et on s'y sent 'safe', je dois dire, plus qu'en France. Donc c'est vrai que c'est un peu un coup de tonnerre", détaille-t-elle. 

Premiers témoignages en France

Depuis quelques heures, le hashtag #BalanceTonBar apparait également sur des publications françaises, sur Twitter, comme ce témoignage, à Montpellier.

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Plusieurs villes de France, dont Montpellier et Tours, font face depuis le début de l'année à la recrudescence de l'usage de drogues, comme le GHB dans des lieux accueillant les soirées estudiantines (comme l'explique notamment le Figaro). 

Depuis ces révélations, les associations étudiantes se mobilisent pour informer les élèves. Dans la préfecture de l'Hérault, l'association générale des étudiants montpelliérains (Agem) a mis en garde dans un communiqué contre des témoignages "d'étudiants et étudiantes ayant été drogués au GHB". Par ailleurs, selon le communiqué "la 'drogue du violeur' touche désormais souvent les hommes, contrairement aux idées reçues jusqu'alors".

À Tours, une enquête a été ouverte après le dépôt de sept plaintes par des jeunes femmes, dont le verre a été empoisonné. Désormais, le collectif local de l'association Stop au harcèlement de rue (37) a entamé le recueil des témoignages de victimes de violences sexuelles dans les bars et boîtes de nuit tourangelles.

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L'association a publié ce dimanche un communiqué, appelant les autorités et la justice locale à "prendre toutes les plaintes et instruire tous les dossiers. Envoyer un message fort." Elle exhorte également les bars tourangeaux à "prendre leurs responsabilités, agir et réagir aux premières alertes provenant des victimes et des témoins". Comme à Bruxelles, plusieurs établissements ont répondu aux accusations survenues dans les témoignages. Certains présentent de plates excuses, d'autres disent être victimes de diffamation.

Vers un #BalanceTonBar dans l'Hexagone ?

Le hashtag #BalanceTonBar peut-il prendre la même ampleur en France qu'en Belgique ? "Ça pourrait totalement s'exporter car [ces violences] arrivent tout le temps en France, comme en Belgique", poursuit Anna Toumazoff. 

Selon l'association Consentis, qui a mené en 2018 l'une des rares enquêtes sur les violences sexuelles (harcèlement, agressions sexuelles et viols) dans les lieux festifs en France , 57% des femmes ne se sentent pas en sécurité lorsqu'elles sont seules dans un lieu festif, contre 10% des hommes. Par ailleurs, 60% disent avoir déjà été victimes de violences sexuelles. "On pense que les statistiques, bien qu’alarmantes, sont inférieures à la réalité du terrain", précise Mathilde Neuville, co-fondatrice et co-présidente de l'association. "Par exemple, l’action d’un frotteur, c’est une agression sexuelle, mais beaucoup de personnes ne le savent pas."

Consentis, qui sensibilise depuis 2018 les organisateurs de fêtes à ces violences, a lancé en février 2020 le premier hashtag dans le milieu de la nuit #metoodanceflor.  "On n'avait pas eu autant de visibilité que ce qui se passe en Belgique", poursuit Mathilde Neuville_. _

"On avait reçu une centaine de témoignages, mais on n'avait pas pu tous les partager"

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Cette fois, selon les différentes militantes féministes et association de prévention contre ces violences contactées, le contexte a l'air propice à la révélation des faits

Selon Anna Toumazoff, la libération de la parole et de l'écoute a fonctionné à Bruxelles car "c'est une ville, c'est petit", et grâce à ce qu'elle appelle "l'effet loupe". "C'est comme pour #doublepeine à Montpellier [un hashtag dénonçant le mauvais accueil par la police des victimes de violences sexuelles, NDLR]. J'avais fait un focus sur une ville pour que l'affaire parte vraiment de quelque part, et qu'après ça explose dans toute la France." Dans le cas du hashtag #BalanceTonBar, qu'elle ne coordonne pas, elle considère qu'il faudrait s'y prendre de la même manière, "ville par ville". 

Sur toute la France en même temps, avec la même méthode de recueil des témoignages sur les réseaux sociaux, "ce serait plus compliqué à envisager". A-t-elle pensé à se saisir de #BalanceTonBar, pour le gérer en France ? "Non, car je suis déjà sur #doublepeine, mais j'ai bon espoir que ça marche."