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Le Concours de l’Eurovision, un terrain de conflit depuis quinze ans entre la Russie et l'Ukraine

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La chanteuse Jamala, lauréate en 2016 pour l'Ukraine avec la chanson "1944"
La chanteuse Jamala, lauréate en 2016 pour l'Ukraine avec la chanson "1944"
© AFP - Hannibal Hanschke / POOL

Ce samedi, l'Ukraine est la grande favorite de la finale du Concours eurovision de la Chanson, qui se déroule cette année à Turin. Dans un contexte inédit de guerre, la Russie est quant à elle exclue. Mais les années précédentes, le concours a déjà servi de scène d'affrontement entre les deux pays.

Il n’y aura pas de chanson russe à l’Eurovision cette année. Dès le lendemain de l’attaque de l’Ukraine par la Russie le 25 février dernier, l’Union européenne de radiodiffusion, qui organise le concours, a choisi à l’unanimité d’exclure le pays de la compétition. L’Ukraine, elle, a réussi à présenter un candidat : le groupe Kalush Orchestra, dont les membres bénéficient d’une autorisation exceptionnelle pour se rendre à Turin malgré la mobilisation générale des jeunes hommes.

Sur scène, le groupe interprètera "Stefania", une chanson présentée comme une berceuse traditionnelle mêlée de rap, hommage à la mère du chanteur. Les paroles disent notamment "Je saurai retrouver le chemin vers ma maison même quand les routes auront été détruites". Avec cette chanson, l’Ukraine est ultra-favorite chez les bookmakers - avec des chances de victoire estimées à plus de 50% - mais pas du point de vue des plateformes de streaming.

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Premiers pieds de nez en 2007

Il n’y aura pas de compétition directe pendant le spectacle entre Russie et Ukraine, mais il y a des précédents dans les tensions entre les deux pays sur la scène du concours - et elles sont toutes plutôt récentes, l’Ukraine n’ayant fait son entrée dans l’Eurovision qu’en 2003.

Après une première victoire en 2004 et l’organisation du concours à Kiev en 2005 (dans un autre contexte tendu, celui de la Révolution orange), la candidate Verka Serduchka, personnage interprété par le comédien Andriï Danylko, interprète "Dancing Lasha Tumbai". Que veut dire "Lasha Tumbai" ? Rien. Mais par une habile hallucination auditive, on entend "Russia Goodbye" dans la chanson.

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Une prestation mythique, arrivée deuxième cette année-là, qui a probablement inspiré la Géorgie quelques années plus tard, avec une chanson jouant aussi sur les sons. Son titre : "We don’t wanna put in". On vous laisse faire le rapprochement sonore avec un président Russe.

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Tensions au moment de l'annexion de la Crimée

En 2015, après l'annexion de la Crimée par la Russie, l'Ukraine ne participe pas au concours. Mais elle revient en 2016, avec la candidate Jamala et sa chanson 1944. Si à l'Eurovision on ne peut pas parler politique, on peut parfois faire passer des messages à peine cachés. Ainsi, la chanson ukrainienne est dédiée à la déportation des Tatars de Crimée en 1944 par les Soviétiques.

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Avec ce titre, Jamala remporte le concours. Elle n’était pourtant pas favorite : c’est la Russie, avec Sergueï Lazarev et "You are the only one", qui l’était - et qui a gagné le plus de points venant du public. A l’issue de ce résultat, la Russie estime que la victoire lui a été volée, et l’affaire fait des remous jusque chez des sénateurs russes.

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L’année suivante, c’est donc Kiev qui organise le concours. En face, Moscou choisit d’envoyer la chanteuse Yulia Samoilova, qui se présente sur scène en fauteuil roulant. Mais celle-ci est interdite d’accès en Ukraine, accusée d’avoir donné un concert en Crimée sans autorisation des autorités ukrainiennes. Là encore, la tension gagne le niveau diplomatique, et c’est au Premier ministre ukrainien de s’expliquer sur cette interdiction.

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Cette année, il n’y aura donc pas d’opposition entre les deux pays pendant le concours, même si le "Soft Power" du concours de l’Eurovision fait qu’assurément, cette édition sera l’une des plus politiques de l’histoire.