"Le lycéen" de Christophe Honoré : un récit de deuil et d'émancipation qui a ému Le Masque

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"Le lycéen" de Christophe Honoré : un récit de deuil et d'émancipation qui a ému Le Masque

Par
Juliette Binoche, Paul Kircher dans "Le Lycéen" de Christophe Honoré
Juliette Binoche, Paul Kircher dans "Le Lycéen" de Christophe Honoré
- Jean Louis Fernandez

Après "chambre 212" et "Guermantes", Christophe Honoré signe l'un de ses films les plus autobiographiques en nous transportant aux côtés d'un jeune de 17 ans marqué par la mort de son père. Une expérience adolescente du deuil qui résonne comme un miroir avec la propre histoire de son cinéaste.

Le film présenté par Jérôme Garcin

Le film peut-être le plus personnel de Christophe Honoré, qui s'ouvre sur une route de campagne. On est en Savoie. Un père (Christophe Honoré) qui conduit son fils de 17 ans, Lucas (Paul Kircher) au lycée où il est pensionnaire. Et puis la voiture fait une embardée et termine sa course dans un champ sans gravité, mais c'est un avertissement et quelque temps plus tard, le père est tué dans un accident de la route. Christophe Honoré avait 15 ans lorsque le sien a disparu. Il le dit d'ailleurs très clairement, et son film raconte comment on grandit après la mort d'un père. Lucas, dont la mère est incarnée par Juliette Binoche, part habiter pour une semaine chez son frère aîné, Quentin qui est joué par Vincent Lacoste. Lucas, qui est homosexuel, est comme un jeune chien fou dans la grande ville, avec un retour en Savoie qui va être très dur. Et dans le rôle de Lucas, une révélation, Paul Kircher pour qui le César du meilleur espoir est quasiment taillé.

Xavier Leherpeur n'a jamais été déçu par Christophe Honoré

L'Heure bleue
51 min

Le critique chez 7e Obsession aime toujours autant le metteur en scène et son univers, quel que soit le support artistique : "J'aimerais bien être déçu juste une fois, mais ça n'est pas le cas. Je l'adore au théâtre, je l'adore en metteur en scène d'opéra, ou en grand romancier. Dans "Les idoles" il parlait de ces auteurs avec qui il aurait aimé grandir, et j'en fais partie. Il assume ses références, il assume ses amours, même si elles sont au-delà malheureusement de la mort.

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Dans ce film-là, il n'est jamais allé aussi loin dans la veine autobiographique, mais en même temps avec ce qu'il sait faire, c'est-à-dire doser le romanesque avec un sens remarquable de l'équilibre. Oui, c'est romanesque, oui de temps en temps il y a des ralentis, oui de temps en temps on danse, on prend du temps à l'écran, mais il a une liberté de chien fou qu'il a gardée en grandissant et en mûrissant, et c'est encore là à l'écran, ça se voit à travers le personnage de Paul Kircher.

Autre révélation, c'est l'acteur Erwan Kepoa Falé qui est absolument formidable.

À part ça, ce que j'aime beaucoup dans le film, c'est la construction du non-dit et du déni au sein de la famille. Il y a deux actes. À un moment, il y a ce que va faire le personnage de Lucas et ce qu'il va émettre comme hypothèse sur la mort du père. Christophe Honoré réfléchit à quel moment quand on est témoin d'un acte de disparition, on ose émettre une hypothèse sur cet événement".

Camille Nevers conquise par une fin qui redonne finalement tout son sens au film

On aura tout vu
46 min

C'est un film que la critique de Sud-Ouest a regardé passer sans jamais vraiment bien accrocher jusqu'à ce que la fin la surprenne totalement : "Je ne suis pas une fan de Christophe Honoré en général, mais par exemple, j'aime bien ce personnage de mère, notamment au cours de la dernière partie qui est très belle. Ces moments où enfin la voix est donnée à la mère. Tout à coup, le narrateur devient la narratrice, et c'est très curieux parce que j'ai eu un moment avant de comprendre que ce jeune lycéen avait décidé de se taire. À un moment, dans cette dernière partie, Juliette Binoche prend la parole à son compte et se met à parler à cet absent qu'on ne devine qu'à la fin. Il y a quelque chose qui est d'une grande habileté tout du long du film et qui, en même temps, fait que ça n'advient pas".

Ariane Allard a été très touchée

Une chose en particulier, c'est que c'est un film qui est hanté en permanence par la mort et par la solitude. C'est un personnage très solitaire. Ce film est animé par un élan, on a l'impression d'être dans un présent perpétuel et une vitalité assez extraordinaire qui tient parce que c'est un film sur la jeunesse. Et même si ce personnage perd pied, même s'il touche à des abîmes qui ont trait à la folie, le remord, le regret, toutes ces choses qui le hantent parce qu'effectivement, il a l'impression qu'il y a eu des signes. Il y a un premier presque accident qui fait qu'il le vit comme quelque chose qu'il n'a pas su dire, qu'il n'a pas pu voir qu'il se reproche. Et malgré tout, ce n'est pas seulement un récit de deuil, c'est un récit d'émancipation d'un lycéen. J'ai moi aussi été très touchée par le personnage et par Binoche, qui moi parfois franchement m'agaçait. Elle est décentrée. Je la trouve magnifique en mère inquiète, aux aguets, présente et solide. Ce personnage est formidable.

Michel Ciment n'a jamais vraiment été fan du travail de Christophe Honoré

Totémic
28 min

Il faut dire que le journaliste pour Télérama a toujours entretenu un rapport très compliqué avec ce metteur en scène chez qui il ne trouve malheureusement aucun éclectisme : "J'aime beaucoup les metteurs en scène comme François Ozon qui, à chaque film, se renouvelle complètement, fait preuve d'une maîtrise formelle que je ne retrouve pas ici dans le cinéma de Christophe Honoré… Il y a des travelling flous, qui tremblent, des zooms, une sorte de côté un peu hétéroclite. Aucun de ses films ne trouve une forme vraiment accomplie à mes yeux.

Ce que je sauverai du film, c'est Paul Kircher, qui est une révélation extraordinaire, sans oublier bien sûr de très beaux moments. Je ne dis pas que c'est un film sans talent, mais simplement je trouve que c'est inaccompli".

Le film

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"Le lycéen" de Christophe Honoré

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