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Le manque d'oxygène des eaux du lac Léman menace sa biodiversité

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L'extrémité ouest du lac Léman à Genève en Suisse
L'extrémité ouest du lac Léman à Genève en Suisse
© Radio France - Romain Berchet

Depuis neuf ans, les eaux en surface du lac Léman ne se mélangent plus totalement avec celles du fond pendant l'hiver, la faute en partie, au réchauffement climatique. L'absence de ces brassages entraînerait la hausse de l'hypoxie des eaux profondes de 25% d'ici 2100 avec de graves conséquences sur la vie aquatique.

Le bilan médical est sans appel. Le lac Léman est en bonne santé mais ses profondeurs menacent d'asphyxie. Chaque année à la fin mars, la Commission internationale de protection des eaux du Léman (CIPEL) dresse le niveau de brassage hivernal du lac alpin situé entre la Haute-Savoie en France et la Suisse. Pour la neuvième année de suite, les eaux de la surface ne se sont pas mélangées avec le fond ce qui a de lourdes conséquences sur le monde vivant notamment la reproduction des poissons.

La faute à la douceur de l’hiver

"L’eau froide est plus lourde que l’eau chaude. Pendant l’hiver, la combinaison de température froide et du vent fait plonger les couches de surface du lac. Elles se mélangent aux eaux du fond. Dans le cas d’un hiver doux comme celui que nous venons de vivre, ce brassage s’arrête à une certaine profondeur", décrit Frédéric Soulignac, collaborateur scientifique à la Commission internationale de protection des eaux du Léman. C’est ce qui a été constaté fin mars suite à des relevés de températures et de concentration d’oxygène au milieu du lac Léman entre Lausanne en Suisse et Évian en France. "À cet endroit nous sommes à l'endroit le plus profond du lac à 309 mètres", souligne Frédéric Soulignac. Cet hiver, le brassage s’est arrêté à 145 mètres.

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Le réchauffement climatique est en partie pointé du doigt au regard de la douceur des températures pendant les périodes hivernales. Même s’il y a "un lien", Frédéric Soulignac temporise "au regard des mesures, nous avons déjà connu des périodes où il n’y a pas eu de brassage complet notamment dans les années 80-90 où durant 13 années les eaux ne se sont pas complètement mélangé". 

"On peut s’attendre à moins de brassage des eaux du lac Léman à cause du réchauffement climatique", Frédéric Soulignac

Moins de poissons dans le Léman

Pour la neuvième année de suite, les eaux les plus profondes du lac Léman n’ont pas été renouvelées. "La multiplication des brassages incomplets entraîne un manque d’oxygénation du fond", analyse Frédéric Soulignac. Les conséquences sont importantes sur la vie et le renouvellement de la biodiversité marine. "Les organismes vivants n’aiment pas du tout, ils vont avoir du mal à se développer à l’image des poissons. Leur reproduction sera perturbée puisque les œufs ont besoin d’oxygène", détaille collaborateur scientifique à la CIPEL.

"C’est quelque part une partie du lac qui n’est plus propice à la vie", Frédéric Soulignac

Depuis le dernier brassage hivernal complet en 2012, la Commission internationale de protection des eaux du Léman constate un appauvrissement de la zone profonde du lac en oxygène. Pourtant en Suisse, une ordonnance en vigueur depuis le 1er janvier 1999 sur la protection des eaux impose que "la teneur en oxygène de l’eau ne soit, à aucun moment et à aucune profondeur, inférieure à 4 mg/l" Au fond du lac Léman "on est parfois à moins de 2 mg/l", reconnaît Frédéric Soulignac.

Les conséquences sur la pêche

Selon un rapport publié en novembre 2016, l'absence d'oxygène au fond du lac alpin en forme de croissant augmentera de 25% d’ici 2100 à cause de la réduction des brassages hivernaux. En attendant, les pêcheurs du lac Léman constatent chaque année la baisse des tonnages capturés. En 2018, 686 tonnes de poissons ont été capturées dans le Léman, 552 tonnes pour 2019 selon l’Office cantonal genevois de l’eau. Une baisse enregistrée pour la sixième année consécutive. Les truites et notamment les féras, poisson emblématique du Léman, se font de plus en plus rares. 

À quand un brassage complet ?

C’est l’une des grandes interrogations. "Rendez-vous l’hiver prochain pour le savoir", s’amuse Frédéric Soulignac qui évoque des périodes cycliques sans brassage complet des eaux. L’autre interrogation concerne la concentration de plus en plus importante de phosphore au fond du lac Léman. Lors du prochain hiver très froid, il est fort à parier qu’un brassage complet va s’opérer. "On aura une remobilisation de phosphore en surface. Et là, on peut s'attendre à une production ou à un développement des algues très important".

Plus globalement, la répétition de micro-brassage à de faible profondeur provoque une hausse de la température du fond du lac d’un degré depuis 2012. La commission internationale de protection des eaux du Léman nous invite à "continuer à diminuer nos apports en phosphore au lac de manière à maintenir un développement durable de l’écosystème et limiter son vieillissement prématuré."