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"Le monde est trop grand pour mes pieds, mais je poursuivrai", quand Pierre Niney lit "Eldorado"

Pierre Niney à Angoulême en août 2021
Pierre Niney à Angoulême en août 2021
© Maxppp - FRANCK CASTEL

Actuellement à l’affiche de "Boite Noire", l’une des grandes surprises de cet automne et bientôt dans "Amants" de Nicole Garcia. Invité de l'émission Boomerang, l'acteur a lu un extrait du livre de Laurent Gaudé sur le dangereux trajet des migrants venus d'Afrique, sur ceux qui partent au péril de leur vie.

Pierre Niney : 

"« Boubakar se met à marcher. Sans dire un mot. En montrant du doigt la direction de l’Ouest. Il dit simplement : « Par là ». Je découvre en le contemplant, qu’il boîte de la jambe gauche. Je voudrais rire.  

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Un homme tabassé et un boiteux marchent vers l’Algérie, le Maroc et l’Espagne. Sans rien sur le dos. Nous sommes deux silhouettes improbables et nous partons à l’assaut du monde infini. Sans eau. Sans carte. Cela fera rire les oiseaux qui nous survoleront. « Par là » a-t-il dit, comme s’il s’agissait d’atteindre le trottoir d’en face. Nous partons pour un voyage de milliers de kilomètres. Je n’ai plus d’argent ni de force.

Alors oui, je peux rire. J’accepte ce guide boiteux comme compagnon grotesque de mon voyage. Nous marchons. Sans parler. Sans penser à la nourriture qu’il va falloir trouver, à l’argent qu’il va falloir gagner pour que le voyage continue. Nous marchons. Boubakar, malgré sa jambe abimée, marche avec le sérieux des fous. Je suis mon guide aliéné. Peu importe. Que les lézards rient de nous. Le monde est trop grand pour mes pieds, mais je poursuivrai. »

Pierre Niney poursuit 

J'adore Laurent Gaudé. J'ai été bouleversé par son écriture depuis que j'ai 15 ans. C'est peut-être un des premiers livres que j'ai lu. Avant Laurent Gaudé, je n'étais pas un gros lecteur. Et puis Eldorado, ça m'a... 

En fait, j'avais déjà commencé à écrire une pièce sur qui s'appelait Si près de Ceuta. Et c'était la première fois que j'écrivais. 

Et cela racontait le destin de deux gardes-frontières et de deux hommes qui essaient de passer une frontière la nuit. 

Et puis, je suis tombé sur Eldorado, qui parlait exactement du même thème et de ces solitudes qui se croisent dans la nuit, de ce monde moderne aux murs hauts, et aux barbelés dans lesquels on retrouve des bouts de tissus**, mais aussi des bouts de chair le lendemain des tentatives de passage à Ceuta ou à Melilla,** dans ces enclaves espagnoles qui représentent les portes de l'Europe. 

Et ce sujet m'a toujours bouleversée. Et je le vois toujours comme un petit garçon qui ne veut pas et qui ne peut pas comprendre pourquoi le monde est comme ça."

Ecoutez Pierre Niney lire un passage d'Eldorado

Pierre Niney lit Laurent Gaudé

2 min