Législatives : ces faux comptes de candidats créés pour "mettre le bazar"

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Législatives : ces faux comptes de candidats créés pour "mettre le bazar"

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Capture d'écran de faux profils Twitter.
Capture d'écran de faux profils Twitter.

Depuis le début de la campagne présidentielle et à l'approche des législatives, des internautes créent sur Twitter de faux comptes de militants et de candidats. En publiant de fausses propositions politiques et de faux messages d'indignation, ces trolls amplifient les fossés creusés dans la société.

Lundi 9 mai à 12h55, "Capucine Schplock" se présente sur Twitter : "Je suis candidate #Nupes dans la cinquième circonscription des Deux-Sèvres (79), j'ai besoin d'un petit coup de main afin de faire monter mon compte en followers. Merci et en avant transformons cet espoir en victoire ! #followbacklagauche." Quelques jours plus tôt, elle s'appelait "Christine Rondiez" et affichait sur son profil une photo de la conseillère en communication de La France insoumise Sophia Chikirou.

Ce compte fait partie des faux profils repérés par le développeur web Victor Baissait depuis le début de la campagne pour la présidentielle puis pour les législatives. À l'heure où les candidats sont investis par les partis et officialisent leur candidature sur les réseaux sociaux, certains en profitent pour se glisser parmi eux.

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Une fausse candidate dans les Deux-Sèvres

Cette fausse candidate de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) dans la cinquième circonscription des Deux-Sèvres - circonscription qui n'existe pas - enchaîne les tweets et les retweets. La plupart des messages sont critiques vis-à-vis du mouvement dont elle affirme faire partie. "L'objectif est vraiment de mettre le bazar, de se moquer de ce parti-là et de profiter des tensions qu'il peut y avoir pour les amplifier."

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Pour aller jusqu'au bout du troll, ce compte s'amuse à alerter sur des faux comptes "infiltrés" chez les Macronistes et la Nupes.

Des trolls extrêmement bien organisés

Déjà lors de la présidentielle, ce traqueur de faux comptes avait repéré des faux profils de militants. "La première vague a eu lieu en septembre et octobre", explique Victor Baissait. Parmi les faux comptes, il repère celui d'une certaine Coline, étudiante à Sciences Po et militante pour Jean-Luc Mélenchon. "Quand je regarde la photo, tout de suite je reconnais un outil qui s'appelle 'This person does not exist' qui est un générateur de photo de visage par intelligence artificielle." Cet outil permet de créer de manière aléatoire des visages. Quelques détails viennent cependant les trahir : le fond, les boucles d'oreilles, les pupilles ou encore les cheveux mal dessinés. Mais l'outil s'améliore années après années.

En fouillant, Victor Baissait découvre que ce n'est pas "un troll classique" mais un groupe d'internautes "extrêmement bien organisés". L'un de ces comptes, intentionnellement ou non, finit par se trahir en mettant en photo de profil un visage avec une perruque rose, symbole des trolls d'extrême droite.

"La plupart de ces trolls font ça pour s'amuser et se moquer des idées qu'ils trouvent totalement idiotes. Ils sont persuadés que certaines des personnes qui sont 'woke' vont beaucoup plus loin que eux", explique Victor Baissait. Mais cela peut avoir de réels effets politiques. "Le premier est de tromper les gens qui sont à droite ou à l'extrême droite qui pourraient croire les messages et ressentir par exemple de la colère. Deuxièmement, ça peut empêcher, dissuader des électeurs de gauche modérée, tentés par le vote Macron par exemple, d'aller voter utile à gauche parce qu'ils les trouvent trop extrémistes."

Certains de ces faux comptes vont jusqu'à créer de faux livres, de fausses affiches et de faux tracts avec des provocations à l'intérieur. "Je n'avais jamais vu des trolls aller aussi loin. C'est un autre niveau et c'est assez inquiétant", relève le webdesigner.

" Il risque d'y en avoir de plus en plus et peut-être de mieux en mieux fait."

Ces dernières années, avec le développement des réseaux sociaux, "il est devenu encore plus facile d'attirer l'attention et de piéger les gens". À l'approche des élections législatives, Victor Baissait s'attend à voir d'autres faux comptes apparaître : "Il risque d'y en avoir de plus en plus et peut-être de mieux en mieux fait." Pour éviter de se faire avoir, il conseille de "toujours aller vérifier" ce qu'ils publient et les informations délivrées par le compte.