Les compagnies aériennes recherchent des pilotes... désespérément

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Les compagnies aériennes recherchent des pilotes... désespérément

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Easy Jet a annoncé le recrutement de 1000 pilotes sur 5 ans
Easy Jet a annoncé le recrutement de 1000 pilotes sur 5 ans
© AFP - Frederic Scheiber / Hans Lucas

Si la tendance est à la reprise du trafic aérien plus tôt que prévu, les compagnies aériennes doivent faire face à un problème de taille : le manque de pilotes. L’année prochaine en Europe, seuls 1000 nouveaux pilotes sortiront des écoles alors que les besoins sont estimés à 5000.

Dans son bureau, avec vue imprenable sur les pistes de l’Aérodrome de Toussus-le-Noble dans la banlieue ouest de Paris, l’un des berceaux de l’aéronautique française, Patrick Milward le directeur de l’école de pilotage Aston Fly ne cache pas sa satisfaction. Il y a quelques jours en effet la plus grande école française du secteur qu’il dirige a signé un maxi contrat avec la compagnie low cost irlandaise Ryanair pour former en France 500 nouveaux pilotes sur quatre ans. Un contrat qui illustre bien la situation dans laquelle se trouve la majorité des compagnies aériennes dans le monde : un manque évident de pilotes alors que l’activité redémarre très rapidement.

La situation n’est toutefois pas nouvelle. En 2019 plusieurs experts s’inquiétaient déjà du manque de nouveaux pilotes, mais avec la crise du Covid, cette préoccupation est passée au second plan. Les compagnies en "mode survie" ne se posaient plus la question de l’embauche de pilotes, l’heure était plutôt à trouver des moyens pour se séparer des commandants de bords les plus âgés et fatalement aux salaires les plus importants.

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Reprise du trafic

Mais ces mêmes experts n’avaient pas envisagé une reprise aussi rapide du trafic. D’abord estimée pour 2025 selon les projections de l’Association internationale du transport aérien, elle est aujourd’hui envisagée pour dans le courant de cette année que ce soit pour l’activité transport de passagers ou de fret.

Résultat les compagnies recherchent désespérément de nouveaux pilotes pour répondre à la fois aux demandes des passagers mais aussi pour faire voler les avions neufs commandés avant la crise sanitaire et dont la construction ne s’est pas véritablement arrêté. Par exemple, Easy Jet annonce le recrutement de 1000 pilotes sur 5 ans, Ryanair souhaite en embaucher 2000 dans les trois prochaines années et les compagnies traditionnelles ne sont pas en reste : ainsi Air France achèvera cet été le recrutement de 100 nouveaux pilotes à la fois pour Air France et sa filiale Transavia.
Mais pour Patrick Milward il y a un problème de taille : "si les besoins sont estimés en Europe à 5000 à 6000 nouveaux pilotes par an, pour le moment les écoles européennes ne peuvent au total en former que 1000". Et d’ores et déjà certaines écoles poussent les murs pour répondre à la demande, comme celle d’Airbus à Angoulême.

Une formation : un emploi

Pour les jeunes qui peuvent intégrer une école après le bac, c’est un secteur porteur, reconnaissent les dirigeants de plusieurs écoles qui expliquent qu’après 24 mois de formation, tous les apprentis pilotes ou presque trouvent un emploi dans une compagnie. C’est un secteur qui favorise également la reconversion. "Trois pilotes que nous avions formés et qui volent actuellement dans des compagnies étaient auparavant ébénistes, boucher ou charcutier", explique Patrick Milward.

Chez Air France la question de la reprise du système des "cadets" demeure à l’étude. Une formation originale puisque les élèves sélectionnés voyaient leurs études payées par la compagnie nationale qui leur proposait de surcroit une rémunération équivalente à 80% du smic. Mieux encore : du côté des compagnies low cost on joue la carte de la séduction en proposant par exemple aux nouveaux pilotes une organisation adaptée de leurs plans de vols pour qu’ils puissent rentrer chaque soir chez eux.

Cette embellie sur front de reprise du trafic aérien ne devrait pas être de courte durée car si l’on en croit les chiffres d’une étude publiée par Boeing 612 000 pilotes devront rejoindre les compagnies aériennes au niveau mondial dans les 20 prochaines années et 115 000 rien qu’en Europe. "Les candidats pilotes qui débutent leur formation aujourd’hui seront très bien placés pour bénéficier des opportunités au moment de leur diplôme". En clair pour trouver facilement un avion à faire voler."