Les enfants de jihadistes s'adaptent bien une fois rapatriés, d'après Human Rights Watch

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Les enfants de jihadistes s'adaptent bien une fois rapatriés, d'après Human Rights Watch

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Des familles dans le camp d'al-Hol, en Syrie, en février 2021.
Des familles dans le camp d'al-Hol, en Syrie, en février 2021.
© AFP - Delil SOULEIMAN

Human Rights Watch a interrogé des proches et des familles d'accueil des enfants rapatriés de Syrie et indique, dans un rapport publié ce lundi, qu'ils se sociabilisent comme les jeunes de leur âge.

La plupart des enfants rapatriés des camps du nord-est de la Syrie "s'en sortent bien", indique l'ONG Human Rights Watch. Dans un rapport publié ce lundi, elle révèle les résultats d'une étude menée auprès des proches, parents d'accueil, assistants sociaux et enseignants d'une centaine d'enfants âgés de deux à 17 ans, tous revenus de zone irako-syrienne entre 2019 et 2022. L'enquête a été menée dans sept pays : Allemagne, France, Kazakhstan, Ouzbékistan, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.

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D'après ce rapport intitulé "Mon fils est juste un enfant comme les autres", 89% des personnes interrogées estiment que l'enfant s'adapte "très bien" ou "assez bien", en dépit des mois passés sous le joug de l'organisation État islamique (EI) ou dans l'"horreur" des camps de déplacés du nord-est syrien. Seules 4% de ces personnes indiquent que l'enfant est en difficulté. Quatre-vingt-deux pour cent des répondants au sondage ont décrit le bien-être émotionnel et psychologique de l'enfant comme "très bon" ou "plutôt bon". Par ailleurs, 73% des personnes interrogées affirment que l'enfant se débrouille "très bien" ou "assez bien" en classe, "malgré le manque de possibilités d'éducation dans les camps".

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"Les enfants sauvés de l’horreur des camps ont de bons résultats à l’école, se font des amis et se construisent une nouvelle vie dans leur pays d’origine. Bien qu’ayant subi des souffrances inimaginables, nombre d’entre eux se réintègrent remarquablement bien", note sur Twitter Jo Becker, directrice de plaidoyer pour les droits de l'enfant à HRW.

Une prise en charge variable

Depuis 2019, plus de 1.500 enfants sont revenus, selon HRW. Le Danemark, la Russie ou les États-Unis entre autres ont fait revenir la plupart de leurs concitoyens, contrairement à d'autres pays, dont l'Australie, la France ou les Pays-Bas.

Les prises en charge varient d'un pays à l'autre. Alors qu'en Ouzbékistan, les enfants restent avec leur mère, en Belgique, en France et aux Pays-Bas par exemple, ils sont immédiatement séparés, la mère étant détenue ou inculpée pour des faits liés au groupe État islamique.

En Suède par exemple, les enfants peuvent être placés en observation pendant trois mois dans un établissement d'accueil spécialisé pour la jeunesse avant d'être placés dans une famille élargie, une famille d'accueil ou une institution. En Allemagne, les grands-parents ou autres membres de la famille élargie sont généralement en mesure d'assumer immédiatement la responsabilité de la prise en charge des enfants qui reviennent.

"Dans de nombreux cas, la séparation a lieu sans avertissement, sans possibilité pour la mère d'expliquer à l'enfant ce qui se passait", note HRW. Or, la séparation avec la mère "ajoute un traumatisme" et devrait être évitée, plaide l'ONG, favorable à des "alternatives non privatives de liberté". Les longs délais avant le placement dans la famille élargie peuvent par ailleurs "saper la stabilité (de l'enfant, NDLR) à long terme", souligne l'ONG. Elle donne notamment l'exemple "d'une petite fille qui est arrivée en France à l'âge de cinq ans, mais a passé trois ans en famille d'accueil avant que ses grands-parents ne soient autorisés à s'occuper d'elle".

"Des risques croissants de recrutement" des enfants restés en Syrie

Environ 38 000 ressortissants étrangers sont détenus dans les camps d'al-Hol et Roj en Syrie contrôlés par les Kurdes. Il s'agit de femmes et d'enfants d'hommes soupçonnés d'appartenir au groupe État islamique, environ 28.000 sont originaires d'Irak et plus de 10.000 d'une soixantaine d'autres pays, précise HRW. "Plus de 60 % sont des enfants", indique l'ONG. "Parmi les enfants des camps, près de 80 % ont moins de 12 ans et 30 % ont 5 ans ou moins. Beaucoup ont passé la majorité, sinon la totalité, de leur vie dans les camps", indique le rapport de l'ONG. À ces ressortissants étrangers enfermés dans ces camps s'ajoutent plus de 18.000 Syriens.

La plupart de ces enfants souffrent "d'hypothermie, de malnutrition et de maladies évitables". Ils sont confrontés à "des risques croissants de recrutement, de radicalisation et de traite", alerte HRW qui exhorte les États dont ils sont ressortissants à les rapatrier. "Les pays dont des ressortissants se trouvent dans les camps devraient de toute urgence leur permettre de rentrer dans leur pays et faire tout leur possible pour garder ensemble les mères et leurs enfants", insiste Jo Becker. D'après HRW "toutes les personnes interrogées ont rejeté l'idée que les enfants constituaient une menace pour la sécurité".

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L'invité de 6h20
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