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Les femmes doublement fragilisées par les tabous de la santé mentale

Pourquoi les femmes sont doublement fragilisées par les tabous de la santé mentale ?
Pourquoi les femmes sont doublement fragilisées par les tabous de la santé mentale ?
© Getty - EMS-FORSTER-PRODUCTIONS

Les femmes éprouvent souvent, et inconsciemment, une double charge mentale lorsqu'elles se retrouvent victimes d'un trouble psychologique, que ce soit une dépression ou un autre traumatisme. Une femme sur cinq souffre d'une dépression dans le monde, sans compter la stigmatisation qui pèse davantage sur elles.

Dans l'émission "Grand bien vous fasse", les psychiatres Aurélia Schneider, Guillaume Fond et la journaliste Katell Pouliquen livrent quelques conseils pour en finir une bonne fois pour toutes avec les tabous des troubles de la santé mentale, quels qu'ils soient. Ils expliquent notamment ce phénomène selon lequel les femmes se trouvent plus souvent enfermées dans une souffrance plurielle. Car davantage confrontées aux tabous, eux-mêmes conditionnés par les stéréotypes de genre.

Quand les normes de genre n'arrangent en rien les choses

Les normes de genre peuvent renforcer les difficultés initiales que suscite une dépression. En taisant leurs éventuels problèmes anxieux et mentaux, certains hommes alimentent l'idée que les femmes seraient davantage touchées par la dépression, car plus vulnérables du point de vue de la santé. Sauf que socio-culturellement parlant, ces stéréotypes de genre font doublement douter les femmes et ne font que renforcer un éventuel traumatisme mental initial. Car l'expression d'une faiblesse ou d'une fragilité, quelle qu'elle soit, reste encore très peu socialement admise chez les hommes.

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C'est pourquoi, explique le psychiatre Guillaume Fond, "la dépression est plus fréquente chez les femmes. Les hommes associent ces troubles à de la faiblesse et à un manque de virilité". Comme la plupart taisent et choisissent d'enfouir leur dépression, il arrive que ce phénomène conduise de nombreuses femmes à culpabiliser et à se replier sur elles-mêmes à cause des stéréotypes.

Le docteur Schneider évoque cette phrase typique et hyper culpabilisante pour une femme quand, en réponse de son courage d'exprimer comme elle peut sa souffrance psychologique elle reçoit un "Ce n'est rien, tu as tout pour être heureuse". Et là on se demande alors pourquoi si on a tout pour être heureux, on est quand même déprimé… C'est d'autant plus culpabilisant d'être renvoyé à un sentiment de faiblesse. C'est ce qui suscite chez de nombreuses femmes la honte et la culpabilité.

Katell Pouliquen estime que "si c'est une personne sur dix qui peut être touchée par une dépression dans le monde, c'est une femme sur cinq qui souffre de dépression. 

Les femmes accumulent les difficultés. Le poids du tabou pèse parfois encore plus lourdement sur leurs épaules

Pensons l'exemple de la pandémie de Covid-19, plus précisément la période de confinement au cours de laquelle de nombreuses femmes sont restées enfermées avec la violence des stéréotypes de genre les plus classiques de la vie quotidienne et l'angoisse liée au contexte sanitaire". 

Les femmes ont souvent payé un très lourd tribut avec le poids du secret caché qu'on va mal, ce qui aggrave encore une fois la difficulté

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Dépression générale + post-partum + "babye blues" + cycle menstruel…

Le docteur Schneider rend compte d'une autre double souffrance psychologique encore impensée, qui du mal à se faire entendre : après leur accouchement, il arrive souvent que certaines femmes aient du mal à se remettre d'une grossesse. Les stéréotypes tendent très souvent à véhiculer l'idée qu'une grossesse se vit toujours dans le plus grand des bonheurs. Beaucoup de personnes, dont de nombreuses femmes, ont du mal à imaginer que quand on donne la vie, on puisse aller très mal au point de mettre sa propre vie en danger. Il suffit d'être déjà sujette à une dépression en amont pour que la charge mentale pèse davantage : 

D'une manière générale les femmes cumulent les facteurs de risque, les grossesses sont souvent des périodes extrêmement compliquées

AS : "Le post-partum fait des ravages, car "un baby blues" peut survenir. N'oublions pas que, en plus de cela, les femmes, pendant leur période d'activité génitale, ont des règles, des syndromes prémenstruels. Certaines de mes patientes sont parfois complètement déprimées pendant 8 jours tous les mois". 

Les femmes ont des raisons de plus d'aller mal.

La parole se libère grâce aux stars qui partagent leurs propres souffrances psy

Que des stars partagent publiquement leurs propres difficultés ressenties en termes de santé mentale, ça fait du bien à tout le monde.

Selena Gomez

Katell Pouliquen rappelle que "sur Instagram, en septembre 2017, la chanteuse Selena Gomès a révélé qu'elle souffrait d'une maladie auto-immune (lupus) et que ça agissait beaucoup sur son état d'esprit au quotidien. 

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Elle figure parmi l'une des premières stars à partager sur les réseaux ses propres épisodes de dépression et ses troubles anxieux, notamment quand elle a mis un frein à sa carrière en 2016. Elle invitait alors ses fans, comme toutes les personnes touchées de la même maladie, de ne plus taire leur souffrance psychologique car ça fait énormément de bien. 

Meghan Markle, Lady Gaga

Aux États-Unis, en Angleterre, aussi on a vu beaucoup de personnalités comme Meghan Markle et son époux Harry évoquer les pensées suicidaires de l'actrice américaine. Le 8 mars dernier, dans une interview accordée par le couple à Oprah Winfrey à la télévision américaine, Meghan Markle avait révélé avoir eu des idées suicidaires. Harry co-produit une série documentaire avec Oprah Winfrey sur la santé mentale The me you can't see dont la saison 1 est disponible sur Apple +. Lady Gaga avait elle aussi profité de l'occasion pour s'exprimer notamment sur ses scarifications. 

Des athlètes comme Simone Biles, Naomi Osaka…

Cet été, plusieurs femmes athlètes se sont adressées publiquement pour annoncer qu'elles cessaient la haute compétition pour un temps, le temps de se soigner. C'est le cas de la gymnaste américaine Simone Biles qui avait expliqué les raisons de son abandon dans plusieurs épreuves de gymnastique aux Jeux olympiques de Tokyo. Le facteur stress s’était accumulé au fil du temps, son corps et son esprit avaient tout simplement dit non. Elle rappelait aussi qu'elle n'avait pas conscience qu'elle traversait cette période jusqu’à ce que ça arrive. 

La tenniswoman Naomi Osaka, a interrompu Roland-Garros ce printemps et apprenait aux spectateurs qu'elle se retirait un certain temps des courts pour préserver sa santé mentale. Elle avait déjà confié son angoisse vis-à-vis des conférences de presse et avoir traversé de longs épisodes de dépression depuis 2018. 

Aller plus loin

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