"Les Fossoyeurs" : un livre-enquête révèle les graves dérives dans les Ehpad du groupe Orpea

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"Les Fossoyeurs" : un livre-enquête révèle les graves dérives dans les Ehpad du groupe Orpea

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Dans une maison de retraite le 9 septembre 2021, à Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales (Image d'illustration).
Dans une maison de retraite le 9 septembre 2021, à Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales (Image d'illustration).
© AFP - Aline Morcillo

Un livre-enquête du journaliste Victor Castanet, "Les Fossoyeurs", s'immisce dans les secrets du groupe Orpea, leader mondial des Ehpad et des cliniques privées. Il révèle la maltraitance que peuvent vivre certains résidents et le fonctionnement interne du groupe.

Un constat sidérant. Après trois ans d’enquête, le journaliste d’investigation Victor Castanet publie mercredi "Les Fossoyeurs" (Fayard), une enquête au cœur d'Orpea, leader mondial des Ehpad et des cliniques privés, qui gère près de 1.200 établissements en Europe et en Amérique latine dont 200 Ehpad en France. Le journaliste y dénonce de graves défaillances dans les établissements du groupe : des couches et des produits alimentaires rationnés, maltraitance des résidents et une gestion "contestable" de l'argent public. Le groupe réfute ces accusations.

Des dysfonctionnements signalés par des soignants

L'enquête de Victor Castanet évoque notamment l'établissement "Les Bords de Seine" à Neuilly, près de Paris. Vitrine du groupe Orpea, "l’un des plus luxueux et les plus chers de France" précise le journaliste, invité du 13/14 de France Inter. "C'est entre 7.000 euros et jusqu'à 15.000 euros par mois", environ 10.000 euros par mois en moyenne. Le point de départ, raconte-t-il, ce sont des témoignages du personnel soignant et des cadres de santé, qui "m’alertent sur des cas de dysfonctionnement dans cet établissement". Victor Castenet s’interroge : "Comment est-ce possible, dans un établissement si luxueux et si cher, que nous ayons face à de telles dérives ?"

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Le journaliste cite le témoignage d'une auxiliaire de vie, Saïda : "Elle me raconte qu'elle se croyait en temps de guerre, elle rationnait le nombre de protections qu'elle pouvait donner à ses résidents, au maximum trois par jour. Mais ça pouvait être moins. Elle rationnait aussi les produits alimentaires, les biscottes. Elle me raconte que souvent, il manquait de pain et manquait de lait. Il lui arrivait parfois de devoir piquer dans les stocks des placards pour pouvoir nourrir les résidents."

Un ou deux soignants pour 14 résidents

Victor Castanet décrit une patiente couverte de bleus, un autre enfermé dans sa chambre, certains pas assez alimentés. A Neuilly, au quatrième étage des "Bords de Seine", il n'y a qu'un ou deux soignants pour 14 résidents. La nuit, ils sont trois pour 125 lits. Son enquête l’a mené à visiter des Ehpad à Marseille, à Aix-en-Provence, en Bretagne, en Normandie. "On m’a rapporté exactement les mêmes dysfonctionnements, c'est-à-dire des carences en personnel et des rationnements au niveau des produits de santé et d'alimentation." Il constate également un "turn-over très inquiétant au niveau du personnel soignant". "On faisait appel à des vacataires sur des postes censés être permanents", ajoute-t-il.

"J’ai quitté une maison de retraite Orpea, parce que je me sentais maltraitant vis-à-vis des résidents."

Sur France Inter, un auditeur, Etienne, raconte avoir vécu et subi en tant que soignant, une expérience similaire à celle décrite par Victor Castanet. "J’ai quitté une maison de retraite Orpea, parce que je me sentais maltraitant vis-à-vis des résidents, avec un manque de personnel et un manque de moyens." 

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Une gestion "contestable" de l’argent public

L’enquête de Victor Castanet révèle, selon lui, "une gestion contestable de l'argent public" avec "une partie de l'argent public qui devait être allouée au bénéfice des personnes âgées" au final "pas utilisé à leur profit". Il existe  en effet différentes sources de financement pour les maisons de retraite. D’abord, le tarif hébergement, la prestation hôtelière payée par le résident ou sa famille. Il y a aussi le forfait dépendance, pris en charge en partie par le conseil départemental, puis le forfait soin, financé par l’Assurance maladie. 

"Le grand public ne le fait pas forcément, mais Orpea, qui génère pourtant des milliards d'euros de chiffre d'affaires par an, reçoit des dotations publiques. Pour chacun de ces Ehpad, c'est entre un et deux millions d'euros de dotations publiques annuelles", détaille Victor Castanet.   

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Le gouvernement saisit Orpea

Après la publication des "bonnes feuilles" de l'ouvrage dans le journal Le Monde lundi, le cours en bourse du groupe a dégringolé de 16%. La chute se poursuit mardi, de 15%, malgré la suspension de 24 heures de sa cotation. L'entreprise conteste "formellement" les accusations, qu'elle juge "mensongères, outrageantes et préjudiciables". Le gestionnaire de maisons de retraites affirme avoir saisi ses avocats au sujet d'éventuelles suites judiciaires à donner. "Nous sommes choqués [...] Ce qui est démontré de l'entreprise comme un système est absolument faux", réagit à Franceinfo le directeur général des Ehpad Orpea, Jean-Christophe Romersi_. "Bien sûr, nous ne sommes pas infaillibles. Il peut y avoir des dysfonctionnements"_, mais "nous sommes ouverts à la dicussion, à l'échange, à l'explication, nous n'avons rien à cacher"

Suite à ces révélations, le gouvernement a pour sa part saisi le groupe Orpea pour lui demander des réponses sur ces accusations. "Je verrai s'il y a lieu de diligenter une enquête de l'inspection générale sur l'ensemble du groupe, pour vérifier quelles sont les procédures en vigueur et quelles sont les conditions dans lesquelles les résidents sont pris en charge" a indiqué mercredi le ministre de la santé Olivier Véran devant l’Assemblée nationale.

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Les députés socialistes ont également demandé que les parlementaires puissent disposer d'un droit de visite dans les Ehpad sur le modèle de ce qui se pratique pour les lieux de privation de liberté. "Ces visites peuvent faire bouger les choses. En cas de dysfonctionnements les groupes privés risquent le "name and shame" et cela peut avoir un effet bénéfique sur la prise en charge des résidents" explique la députés Pires Beaune.