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Les Hijabeuses face à la Fédération française de foot : on vous résume le match en 6 points

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Les Hijabeuses protestent devant le Sénat contre un projet d'amendement qui prévoit d'interdire le port du voile en compétitions sportives en France (26 janvier 2022).
Les Hijabeuses protestent devant le Sénat contre un projet d'amendement qui prévoit d'interdire le port du voile en compétitions sportives en France (26 janvier 2022).
© AFP - SARAH WITT / HANS LUCAS

Peut-on porter le voile en France sur un terrain de football ? C'est une question épineuse et un bras de fer qui opposent le collectif des "Hijabeuses" et la Fédération française de football depuis plusieurs mois. Ce jeudi matin, le gouvernement a défendu les joueuses. On vous résume l'affaire en six points.

Ce jeudi matin, la ministre déléguée à l'égalité femmes-hommes Élisabeth Moreno a déclaré sur LCI que les femmes "ont le droit de porter le voile islamique pour jouer" au football, ajoutant : "Je veux qu'on respecte la loi." Au lendemain de l'interdiction d'une manifestation des "Hijabeuses" devant l'Assemblée nationale, interdiction par la suite retoquée par le tribunal administratif, le gouvernement prend donc position pour le collectif.

Depuis plus d'un an, ces joueuses de football s'opposent à la FFF, qui interdit le port du voile en compétition, alors même que la Fifa l'autorise depuis 2014. Depuis quelques jours, le débat s'est invité au Parlement. On vous résume cette affaire en six questions. 

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Qui sont les Hijabeuses ? 

Ce collectif, fondé en mai 2020, regroupe une centaine de femmes qui revendiquent le droit de jouer au football en compétition tout en portant le hijab, foulard islamique qui couvre la tête et laisse le visage apparent. Depuis plus d'un an, elles s'opposent à la Fédération française de football, qui interdit dans l'article 1 de son règlement "tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale". Sur Twitter, elles partagent leur combat sous le hashtag #LetUsPlay

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Le 26 janvier 2022, les Hijabeuses ont manifesté balle au pied devant le Sénat, à l'occasion d'un débat sur le port du voile dans les compétitions sportives. Ce mercredi 9 février, elles comptaient faire de même aux Invalides, à l'occasion d'un débat à l'Assemblée nationale, mais leur rassemblement a été interdit par le préfet de police de Paris Didier Lallement. 

Finalement, le tribunal administratif a suspendu cette interdiction... une heure et demie après l'heure prévue de la manifestation. Une douzaine de Hijabeuses se sont rendues sur place la nuit tombée, pour le symbole. "On est venues avec quelques femmes pour marquer le coup. Aujourd'hui ne marque pas la fin, mais le début de nouvelles aventures. Il y aura une suite. On se bat."

Que demandent les Hijabeuses ?

Elles demandent à ce que la FFF suive la règle de la Fifa, l'instance mondiale du football, qui autorise depuis 2014 les femmes à évoluer voilées dans les compétitions internationales. Par ailleurs, elles ne comprennent pas que le port du voile soit interdit pour cause d'hygiène et de sécurité, alors qu'il est autorisé dans des sports de contact comme le karaté. 

Après plusieurs mois de dialogue avec la FFF sans obtenir d'avancées, les Hijabeuses ont saisi le Conseil d'État en novembre dernier pour tenter de faire abroger cet article du règlement de la FFF. Le Conseil d'État a récemment rejeté l'action intentée en référé, mais l'instruction sur le fonds "continue", selon l'avocate des Hijabeuses, Me Marion Ogier. 

Pourquoi la FFF s'y oppose ?

De son côté, la Fédération française de football argue qu'elle suit la loi et le principe de laïcité en France. Interrogée sur la question dès 2014, le président toujours en fonction, Noël le Graët, s'était fermement opposé au port du voile en compétition. 

La France est un pays laïc, il faut respecter ça.

Il ajoutait par ailleurs : "Là où Blatter (le président de la Fifa à l'époque) a mille fois raison, c'est que dans certains pays, jouer au foot avec le voile est un tel progrès qu'il faut le faire. Mais si on vient jouer au foot dans un pays laïque, on vient comme tout le monde."

Que dit exactement la loi ? 

La loi impose la neutralité aux salariés et aux agents travaillant pour des fédérations délégataires d'un service public (comme la FFF), mais elle est bien plus floue pour les licencié(e)s. Ce jeudi, la ministre déléguée à l'égalité femmes-hommes a rappelé sur LCI que "sur les terrains de foot aujourd'hui, il n'est pas interdit de porter le voile". Plus généralement : 

Dans l'espace public, les femmes peuvent se vêtir comme elles le souhaitent. Il y a des femmes qui disent 'je porte le voile par choix'.

"Le principe de neutralité porte atteinte à la liberté de culte, un droit fondamental", résume Me Marion Ogier, qui défend les "Hijabeuses". "Limiter un droit fondamental ne peut se faire que si l'on montre qu'il y a un trouble. Or la FFF ne justifie d'aucun trouble, elle considère que le principe de neutralité doit s'appliquer partout", poursuit l'avocate. Il faudra donc attendre que le conseil d'État tranche. 

Pourquoi le débat s'est-il invité au Parlement ? 

Le 19 janvier, le Sénat, dominé par la droite, a voté un amendement interdisant le port "de signes religieux ostensibles" lors des compétitions sportives. Cet amendement a été immédiatement gommé par les députés. Depuis, le débat est vif et bloque l'adoption de la proposition de loi pour "démocratiser le sport en France", portée par la République en Marche.  

Ce mercredi 9 février, le texte était à nouveau débattu à l'Assemblée nationale. Éric Ciotti, député LR et conseiller de Valérie Pécresse, a fustigé la "soumission" à l'islamisme de la majorité et de l'exécutif, qui refusent d'adopter l'interdiction du voile dans les compétitions sportives.

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De son côté, la députée Aurore Bergé, de la majorité LREM, a expliqué avoir voté pour cet amendement, contre son parti, "pour dire qu'il ne fallait aucun prosélytisme ni politique ni religieux dans le sport". 

Pour moi la question n'est pas juste la question du hijab (...) sur un terrain de sport, la religion n'a rien à y faire, n'a pas sa place.

Qu'en est-il dans les autres sports ?

Dans de nombreux autres sports, comme le karaté, le basketball ou le handball, les fédérations françaises autorisent ou tolèrent le port du voile en compétition, suivant les recommandations des instances internationales.

Le comité exécutif de la Fédération mondiale de karaté a approuvé le port du voile en 2013. Après trois ans de délibération, la Fiba (Fédération internationale de basket-ball) est allée dans le même sens en 2017.  En handball, le règlement de l'IFH (International Handball Federation), autorise le port d'un "foulard pour le sport de couleur unie" et qui doit être de la même couleur pour toutes les joueuses d'une même équipe.

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