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"Les Hommes ont peur de la lumière" de Douglas Kennedy : l'art de raconter les maux de la société

Le Masque séduit par "Les Hommes ont peur de la lumière", le tout nouveau roman de Douglas Kennedy
Le Masque séduit par "Les Hommes ont peur de la lumière", le tout nouveau roman de Douglas Kennedy
© Getty - Bloomberg creative

Pour son 25ᵉ roman, le plus francophile des écrivains américains nous transporte cette fois-ci à Los Angeles, dans une Amérique en crise. Une chronique sociale sombre "très intelligente" consacrée par l'un des plus grands auteurs-témoins de la société, selon le Masque.

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Son nouveau roman est traduit par Chloé Royer. Le héros Brendan, chauffeur Uber à Los Angeles, 70h de boulot par semaine, salaire modeste... Une de ses clientes, Elise, est prof d'université à la retraite et aide bénévolement les femmes en difficulté à se faire avorter. La clinique où il l'emmène dans son Uber est dévastée par un attentat perpétré par un groupuscule intégriste pro-vie, mouvement d'ailleurs auquel appartiennent sa femme et un prêtre, un ami d'enfance, Todor. Pour Brendan, c'est le basculement. Il va continuer à accompagner Elise. Un roman très en phase avec l'actualité.

Arnaud Viviant salue "un roman très intelligent" et "un grand écrivain populaire"

Le critique l'a trouvé formidable, saluant notamment un roman très intelligent sur des enjeux d'actualité que l'écrivain américain est le seul à pouvoir traiter de manière aussi pertinente : "On a affaire à un écrivain populaire qui maîtrise parfaitement son affaire. Douglas Kennedy, c'est vraiment un de ces très grands écrivains populaires. Ce livre-là, il est parfait. On a beau suivre l'actualité, il nous raconte que, là-bas, cette histoire autour de l'avortement est en train de devenir une véritable guerre de Sécession, au point que maintenant, les cliniques d'avortement sont protégées par des gens en armes…

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C'est un roman à thèse où il explique tout le problème de l'avortement, la question du viol, des violences faites aux femmes. Tout ça dans la conscience de ce chauffeur d'Uber. Au-delà de toutes ces problématiques, il en traite une magnifiquement : celle des hyper riches. Puisqu'au centre de cette affaire, il y a un milliardaire, qui comme beaucoup aujourd'hui se sentent au-dessus des lois et commettent des crimes abominables envers des jeunes filles mineures.

C'est une réflexion vraiment intéressante, malgré une fin certes grandiloquente. Mais on finit avec plus de questions que de réponses sur le sujet".

Patricia Martin toujours aussi "bouleversée par ce grand auteur-témoin de la société"

Patricia Martin a énormément aimé. Elle salue une nouvelle fois son caractère littéraire sensible qui reste unique dans la manière d'analyser les maux de la société tout en formulant subtilement un engagement social personnel : "C'est un formidable romancier qui manie certains artifices romanesques avec brio et qui s'impose comme un incroyable témoin, observateur de la société dans ce qu'elle a de plus fanatique, épouvantable, hypocrite où 'le tout est possible américain' n'a plus vraiment le même sens qu'autrefois.

Il exprime une forme d'engagement social, tout en restant à fleur de peau dans la façon qu'il a de raconter. Cet homme et cette femme, il les fait exister d'une manière incroyable. C'est vraiment chouette."

Jean-Claude Raspiengeas applaudit "un excellent raconteur d'histoires sociétales"

Le critique du journal La Croix a totalement été saisi par la mise en scène de la radicalité ambiante des divisions de la société : "C'est une description que je n'ai pas vue depuis longtemps dans un roman sur une société malade, peuplée d'impitoyables. Certes ce n'est pas un styliste, mais c'est un excellent raconteur d'histoires, un observateur des fractures, un sismographe des ténèbres.

Je trouve absolument formidable la façon dont il raconte comment, une fois qu'on rentre dans le système Uber, on est pieds et poings liés à une multinationale de la servitude. C'est un livre qui raconte très bien ce système totalement déshumanisé qui ne repose que sur l'application d'algorithmes, une espèce de système de surveillance orwellien qui ne dépend que de nos clics et de nos appréciations. Son personnage est totalement invisible, comme tous ces Uber sont invisibles.

C'est formidable que le romancier mette sa force pour le dénoncer. Sur l'histoire de l'avortement, Kennedy raconte aussi très très bien, et de l'intérieur, ce fanatisme actuel de l'intolérance de tous les côtés".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Les Hommes ont peur de la lumière" de Douglas Kennedy

9 min

📖  LIRE - "Les Hommes ont peur de la lumière" de Douglas Kennedy (Belfond)

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