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"Les mâles du siècle" : le film féministe qui donne la parole aux hommes

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"Les mâles du siècle", film de Laurent Metterie
"Les mâles du siècle", film de Laurent Metterie
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Le film documentaire "Les mâles du siècle", en ligne ce 8 mars, interroge sur ce que le féminisme a fait aux hommes (ou pas...). Il rassemble les témoignages d'une trentaine d'hommes de tous âges et situations sociales, sur leur perception des femmes, de leur rôle en société, en famille ou dans le couple.

Camille Froidevaux-Metterie est une philosophe qui se concentre actuellement sur le féminisme et ses nouvelles formes. Laurent Metterie, son compagnon à la ville, est réalisateur. Ils ont construit ce film, Les mâles du siècle, ensemble. Il sera disponible ce 8 mars, en location sur le site dédié pour 5 euros. 

Un recueil de témoignages sur la base d'un questionnaire précis pour confronter les hommes aux revendications féministes

Camille Froidevaux-Metterie a conçu la grille des entretiens comme pour une enquête de sciences sociales. Laurent Metterie est allé à la rencontre d'une trentaine d'hommes de diverses générations et a recueilli leurs sentiments sur la place des femmes en tant que citoyennes, travailleuses, mères, conjointes ou compagnes. Tous les combats menés depuis le début du XXe siècle sont ainsi évoqués par les hommes d'âge et de classes sociales différents.

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Il ne leur a pas été demandé si le féminisme avait changé leur vie, non, ils ont été interrogés précisément sur leurs expériences d'hommes, et leur comportement auprès des femmes. Ils exercent des professions différentes, sont de la ville ou de la campagne, et on ne devine tout cela qu’en écoutant attentivement leur propos. Laurent Metterie a en effet choisi de ne pas les présenter, pour ne pas les étiqueter au premier abord. Ils se livrent de manière très intime, ou parfois restent sans voix, comme le vieillard à qui l'on demande de définir l’orgasme masculin.

"Il ne s'agissait pas tant de donner la paroles aux hommes que de leur tendre le miroir, que de leur tendre un miroir pour qu'ils puissent se situer sur l'échelle du féministomètre. Il ne s'agissait non pas de leur permettre de parler mais les confronter aux revendications féministes", confie Camille Froidevaux-Metterie.

Filmer l'instant de la réflexion

Des quarante heures d'entretien (une mine pour la science) reste un film de 2h20. Le film est scandé en chapitres : vote, procréation, sexualité, genre, etc. Et on retrouve les différents témoins dans plusieurs d'entre eux. Une attente se crée donc, on espère en savoir un peu plus sur eux, pour mieux faire connaissance, sur le sujet suivant.

Le ton est posé, chacun s'exprime tranquillement, y compris pour dire des choses graves, concéder des erreurs, camper sur des schémas sexistes, ou au contraire reconnaître qu'ils ont évolué. "Ce qui m'intéresse c'est qu'on les voit penser et réfléchir, et c'est un progrès que le film montre, c'est que le féminisme est devenu, avec #metoo notamment, un sujet de réflexion, et ce n'était pas le cas il y a dix ou vingt ans" explique Laurent Metterie.

Le réalisateur a aussi filmé des comédiennes citant des passages d'œuvres de féministes, comme Judith Butler ou Simone de Beauvoir par exemple, et ces incises de discours féministes permettent d'entrer dans chaque chapitre du film. Au premier abord, il pourrait s'agir de petites phrases publiées ces dernières années dans des essais, ou des tribunes. Mais en fait, elles ont parfois cinquante ans d'ancienneté au moins, et claquent comme si elles sortaient des débats actuels.

Les hommes ont conscience du débat, conscience qu'ils sont appelés à un changement. Ils ne sont pas toujours à même d'y consentir.

Le féminisme vient (enfin) aux très jeunes hommes

Les hommes eux aussi ont été assignés dans un rôle. On s'étonne quand un des personnages du film en vient à vanter les mérites des femmes, plus rondes, plus aimables, plus efficaces, etc. S'agit-il des nouveaux barreaux pour une nouvelle prison identitaire ? La question de la maternité sera-t-elle toujours la frontière infranchissable, le critère absolu de définition des femmes ? Certaines aspirent à partager cette faculté avec d'autres. Le corps des femmes doit-il rester un corps pour les autres, défini par d'autres ? Restera-t-on figé sur le cliché qui dit que les filles ont plus de chances de se faire mal que les garçons ?

Pour Camille Froidevaux-Metterie, il ressort que "la transformation qui s'est produite dans les esprits concerne surtout les plus jeunes, les hommes d'une vingtaine d'années. Nous pensions que le féminisme concernait les trentenaires, mais non, ce sont plutôt les jeunes de vingt ans."

Laurent Metterie espère "que certains hommes se reconnaitront et pourront réfléchir à leur comportement et leur chemin". Il concède pour lui-même : "Je ne suis plus le même à l'issue de ces entretiens, j'avais besoin d'aller plus loin, moi qui suis né un 8 mars 1968. Cela m'a permis d'aller plus loin dans le ressenti, dans une réflexion plus spirituelle".

Camille Froidevaux-Metterie conclut : "Lorsque Laurent a passé des annonces pour trouver des témoins, deux hommes trans se sont portés volontaires pour participer. Ce qu'ils apportent, c'est la nécessité de sortir du cadre binaire".

Indubitablement, ce film est précieux parce qu'il donne un "état de la pensée" des hommes sur les questions féministes en 2021. Une marche supplémentaire dans la réflexion collective engagée depuis des siècles. Collective, car les conditions des unes ne vont pas sans celles des autres. Laurent Metterie a choisi un rythme lent pour le film, on peut même faire une pause et prendre le temps d'échanger avec d'autres spectateurs si on n'est pas seul. Mais de toute façon, avec ou sans pause, et avec ou sans partenaire, le film invite aussi au questionnement personnel.