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"Les militants d'Éric Zemmour étaient très actifs mais on ne gagne pas une élection sur Twitter ou Facebook"

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Éric Zemmour a mené une campagne très active sur les réseaux sociaux et dans les médias.
Éric Zemmour a mené une campagne très active sur les réseaux sociaux et dans les médias.
© AFP - Thomas SAMSON

Les militants d'Eric Zemmour ont été très actifs sur les réseaux sociaux, donnant une impression de forte mobilisation derrière le candidat. Mais dimanche, il a terminé quatrième du premier tour, à 7%. Sa campagne avait un côté "village Potemkine", relève le spécialiste du numérique Benoît Thieulin.

Au cours des derniers mois, Éric Zemmour a été le candidat qui alimentait le plus les réseaux sociaux. L'ancien polémiste a été mentionné plus de sept millions de fois dans des publications sur Twitter, Facebook, Instagram ou encore TikTok en février et en mars, d'après le baromètre France Inter / Visibrain des médias sociaux. Seul Emmanuel Macron, avec sa double casquette de président-candidat, faisait mieux.

Mais cette dynamique ne s'est pas retrouvée dans les urnes. Dimanche, 2,4 millions de Français ont glissé un bulletin Éric Zemmour dans leur enveloppe lors du premier tour de la présidentielle, plaçant le candidat Reconquête! à la quatrième place, avec 7% des voix. Quels enseignements en tirer sur la stratégie réseaux sociaux du candidat ? Réponse avec Benoît Thieulin, directeur France de la société Cbrain et ancien président du Conseil national du numérique.

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FRANCE INTER : Au vu de sa campagne sur les réseaux sociaux, où les soutiens étaient très mobilisés, vous attendiez-vous à un tel résultat ?

Benoît Thieulin : "Pas complètement. Ses équipes ont poussé assez loin le concept de bulle de filtres [façon dont les réseaux sociaux enferment les internautes dans des bulles qui empêchent de voir d'autres opinions, ndlr] et de communauté affinitaire [ensemble de personnes basées sur des intérêts communs, ndlr], c'est-à-dire des communautés très fermées, de gens auto-convaincus, qui se déplacent en meute. Les militants étaient extrêmement présents, très actifs et très agressifs, la plupart du temps. Le fait d'avoir une communauté très organisée, qui vous soutient, qui mène une espèce de guerre informationnelle en votre nom, ça dit quelque chose, que vous êtes capable d'organiser, de motiver très fortement des troupes, mais ça ne dit que ça. Un pays ne se réduit pas à ses médias sociaux. Ça peut être un levier mais on ne gagne pas une élection sur Twitter ou sur Facebook."

Comment ont agi les Zemmouristes sur les réseaux sociaux pour donner cette impression de vague de mobilisation ?

"Ils n'étaient pas forcément hyper nombreux, mais en revanche, ils étaient très actifs, particulièrement sur Twitter et Facebook. Ils postaient beaucoup de vidéos, faisaient les bons montages qui avantageaient ce qu'ils voulaient leur faire dire et ils avaient aussi un candidat très énergique, qui produisait beaucoup de contenus et qui avait le sens de la répartie. On sentait qu'il avait des équipes derrière lui très organisées, on sentait au fond des gens très motivés, des militants. Ils étaient sur-actifs. Quelquefois, d'ailleurs, on a un peu glosé sur le fait que leur activisme masquait la réalité de leur poids dans la société. Il y avait un petit côté Potemkine, ces villages qu'on montrait à l'impératrice Catherine II en lui faisant croire qu'ils étaient en très grande forme alors qu'en fait, tout ça n'était que des décors de théâtre."

Cette forte mobilisation n'a-t-elle pas été contre-productive ?

"C'est vrai que les nombreuses maladresses des équipes médias sociaux d'Eric Zemmour se sont vues et ont fait beaucoup rigoler, comme l'homme rencontré à la pompe à essence qu'on retrouve ensuite au premier rang d'un meeting. Pour autant, est-ce que ça a été démasqué jusqu'à atteindre ses électeurs ? Le lien de causalité n'est pas facile à faire. En revanche, il est possible aussi que le fait que les militants les plus radicaux, les plus présents, qui font feu de tout bois sur les médias sociaux, aient déserté le camp de Marine Le Pen pour aller chez Eric Zemmour, ça lui a rendu service à elle dans l'achèvement de son portrait d'une femme dédiabolisée, aimant les chats, ayant un caractère très opposé au fond de son combat politique, qui reste quand même très réactionnaire et un peu facho."