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"Les passagers de la nuit", un très beau film de Mikhaël Hers selon "Le Masque"

Didier Sandre, Charlotte Gainsbourg et Noée Abita dans "Les passagers de la nuit" de Mikhaël Hers (2022)
Didier Sandre, Charlotte Gainsbourg et Noée Abita dans "Les passagers de la nuit" de Mikhaël Hers (2022)
- Pyramide Distribution

Imaginez l'ambiance : une nocturne de radio, le Beaugrenelle des années 1980, une mère et ses deux enfants face à la vie. Le nouveau film de Mikhaël Hers a été très apprécié par les critiques du "Masque & la Plume".

Le film présenté par Jérôme Garcin

À Paris, en 1981, quand Mitterrand arrive au pouvoir, Elisabeth (Charlotte Gainsbourg) vit dans le quartier de Beaugrenelle avec ses deux grands ados. Elle vient d'être quittée par son mari. Elle n’a jamais travaillé de sa vie, mais doit subvenir aux besoins de sa famille. Elle trouve un emploi d’assistance à la Maison de la Radio, dans l’émission de nuit de Vanda (Emmanuelle Béart). C’est là qu’elle rencontre Talulah (Noée Abita), une jeune fille perdue qu’elle va prendre sous son aile.

C'est peut-être un des meilleurs rôles au cinéma de Charlotte Gainsbourg dans un film mélancolique, avec des clins d'œil à Jacques Rivette et à Pascale Ogier, sur un air de Joe Dassin.

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Selon Camille Nevers, "c’est un film cinéphile sur la mémoire”

Selon elle, Mikhaël Hers répond à une question : « Comment prendre un quartier comme objet de cinéma ? Là, c'est Beaugrenelle et une époque, les années 1980.

C'est un film qui est très émouvant par la façon dont il évite tous les écueils du genre. C'est-à-dire de faire un film historique, fétichiste, avec toute une série de souvenirs, de remontée mélancolique. Il évite tout ça, par petites touches, en faisant se côtoyer des existences.

On observe différents points de vue, disposés les uns proches des autres : la mère, le fils, la sœur, Emmanuelle Béart, l'amant, etc.

C'est un film cinéphile, sur ce qu'on fait de la mémoire. J'avais à peu près le même âge que le jeune adolescent et j'ai vu "Les nuits de pleine lune" en 1984. Et c'est à ce moment-là un moment important de la vie. Une des forces du film, c'est de faire lever certaines images comme celle-ci.

Via le cinéma, via un quartier et via des personnages, Mikhaël Hers arrive à recréer un monde qui n'est pas dans le fétiche, mais qui est dans la mélancolie, à la fois charnelle et fantomatique. Je trouve ça vraiment très beau. »

Pour Sophie Avon, Mikhaël Hers filme “le bonheur et sa mélancolie inhérente”

« Mikhaël Hers confirme ce qu'on avait pensé dès son premier long-métrage. C'est un cinéaste extraordinairement sensible, délicat, qui arrive très profondément à bouleverser avec beaucoup de douceur et sans effets de manche.

S'il y a une qualité dans ce cinéma, c'est vraiment son rapport au temps et l'émotion que l'on éprouve. C'est la capacité du réalisateur à saisir la décantation du temps qui passe.

Ce n'est pas pour rien si ce film s'appelle 'Les passagers de la nuit', ça pourrait s'appeler 'Les passagers de la vie'.

Les deux précédents films de Mikhaël Hers étaient très différents, parce que c'étaient des tragédies frappées par la criminalité qui abordaient la reconstruction de soi. Là, on retrouve une chronique un peu moins tragique, mais pas légère pour autant parce que rien n'est léger dans le cinéma de Mikhaël Hers.

Il filme ici le bonheur avec sa mélancolie inhérente. À partir du moment où l’on prend conscience qu'on éprouve du bonheur, dans le même temps il a déjà disparu.

Ce qui fonde le cinéma de Mikhaël Hers, c'est la disparition et c'est bouleversant.

« Le maître d'un nouvel impressionnisme français » pour Jean-Marc Lalanne

Le vrai sujet du cinéma de Mikhaël Hers, c’est de nous faire ressentir ce sentiment du temps qui passe, le sentiment du passé. Il inscrit cela de manière vraiment admirable dans l'image, signée Sébastien Buchman, l’un des meilleurs chef-opérateurs français aujourd'hui, qui travaille sur de la pellicule.

Le grain particulier de l’image accentue ce sentiment de la friabilité du présent. Les choses semblent déjà rongées par l'oubli au moment même où on les voit.

C'est comme s'il était le maître d'un nouvel impressionnisme français. Il procède par petites touches. Le rendu est complètement bouleversant sur le simple travail du temps, sur ce qui survient dans la vie. Le film est vraiment très beau.

« Il se passe quelque chose » pour Pierre Murat

J’apprécie le talent qu'a Mikhaël Hers de filmer des scènes qui ne servent presque à rien. Des scènes de climat, d'ambiance. Par exemple, il filme Paris la nuit de façon absolument magnifique, la Maison de la Radio, deux adolescents sur un toit.

Charlotte Gainsbourg qui, à un moment donné, est assise là. Elle chantonne un peu, elle fume une cigarette devant une fenêtre ouverte. C'est un plan qui entre guillemets "ne sert à rien", mais où il se passe véritablement quelque chose. Il est très doué pour créer cette ambiance particulière.

Je suspecte juste une petite mièvrerie, peut-être par moments dans la façon dans le personnage de Talullah.

Le film

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"Les Passagers de la nuit" de Mikhaël Hers

8 min

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