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Les personnes LGBT subissent plus de discriminations, et ça a des répercussions sur leur santé

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Santé Publique France appelle à une meilleure prise en compte de l'orientation sexuelle
Santé Publique France appelle à une meilleure prise en compte de l'orientation sexuelle
© Maxppp - Christoph Soeder/dpa/picture-alliance/Newscom

Plus exposées aux violences et aux discriminations, les personnes LGBT en France sont plus sujettes au mal-être et aux tentatives de suicide, à l'abus de substances psychoactives ou au renoncement aux soins, selon Santé Publique France, qui prône une meilleure adaptation du système de santé à leurs maux spécifiques.

Les personnes LGBT vont souvent plus mal que les autres, et c'est le plus souvent lié, non pas à leur orientation sexuelle, mais à ce que les autres leur font subir. C'est le principal enseignement de l'étude publiée ce lundi par Santé Publique France, à l'occasion de la "Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie".

Intitulé "Ampleur et impact sur la santé des discriminations et violences vécues par les personnes lesbiennes, gays, bisexuel·le·s et trans (LGBT) en France", le rapport rappelle qu'en 2019, 35 % des personnes concernées ont fait l'expérience d'au moins une forme de discrimination au cours de leur vie. Lesbiennes, gays et bisexuel.les sont deux à trois fois plus exposés à des violences psychologiques, physiques, sexuelles ou verbales que les hétérosexuels. Un phénomène encore plus important chez les personnes trans.

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Dans ces conditions, Santé Publique France s'inquiète de l'impact de ces discriminations sur la santé, physique et mentale, des personnes LGBT, mais aussi sur la mauvaise prise en compte de problématiques de santé spécifiques.

Plus déprimés, plus suicidaires

La dépression est par exemple un mal bien plus fréquent chez les femmes lesbiennes ou bisexuelles : 24 % déclarent avoir connu un épisode dépressif caractérisé au cours de l'année passée, contre 13 % des femmes hétérosexuelles. Un chiffre qui atteint 15 % chez les hommes gays, contre 6 % des hommes hétérosexuels. Femmes et hommes homosexuels font aussi plus de tentatives de suicides : 2 % pour les lesbiennes et bisexuelles, 0,9 % pour les gays et bisexuels.

Des chiffres qui grimpent encore plus chez les personnes trans : 56 % déclaraient en 2014 avoir fait une dépression suite à des actes transphobes, et 18 % une tentative de suicide. Le rapport de Santé Publique France souligne en effet que "les analyses de médiation montrent que l’altération de la santé mentale est due, pour une part importante, aux violences physiques et/ou verbales auxquelles les personnes sont exposées".

Plus exposés à la drogue, au VIH et aux IST

Contrairement à la consommation d'alcool (sensiblement identique quelle que soit l'orientation sexuelle), l'expérimentation de produits psychoactifs est plus fréquente chez les personnes homosexuelles et trans, selon le rapport. Parmi les hommes gays et bisexuels, près de la moitié déclarent avoir consommé au moins une substance psychoactive au cours des 12 derniers mois, principalement du poppers ou du cannabis.

Le rapport note également que "les IST dont le VIH touchent de manière disproportionnée les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes", qui représentent 43 % des découvertes de séropositivité déclarées entre janvier 2019 et septembre 2020. Les personnes transgenres représentent 2 % de ces découvertes, mais Santé Publique France estime que ce chiffre est largement sous-estimé, faute d'études sur le sujet. "En 2007, 5,7 % des personnes trans ayant répondu à une enquête en ligne se sont déclarées positives au VIH", précise le rapport.

Les femmes lesbiennes rapportent en moyenne "un plus grand nombre de partenaires et une prévalence plus élevée d'IST que les femmes qui n'avaient eu que des partenaires masculins".

Des problématiques de santé spécifiques... qui passent sous les radars

"La prise en compte de l’orientation sexuelle permet de protéger les personnes LGBT de la présomption d’hétérosexualité auxquelles elles sont régulièrement confrontées", estime Santé Publique France, qui s'inquiète d'un manque de dialogue sur la question entre patients et médecins, qui peuvent mener à une moins bonne prise en charge, voire à un renoncement aux soins. "La question de l’orientation sexuelle a du mal à trouver sa place dans la consultation de médecine générale", regrette le rapport.

Ainsi, 49 % des femmes et 40 % des hommes déclarent n'avoir jamais parlé de son orientation sexuelle avec leur médecin ; et leur médecin ne les a jamais interrogés à ce sujet dans 81 % des cas pour les femmes, 79 % des cas pour les hommes. Or "si l’on considère que les personnes LGBT ont des besoins spécifiques en termes de santé, l’orientation sexuelle devrait être prise en compte dans la prise en charge des patients".

Une réserve encore très implantée chez les médecins : certains estiment qu'il s'agit d'une information médicalement non importante, d'autres que cela relève du domaine de l'intime, d'autres enfin craignent d'être perçus comme "agressifs ou irrespectueux" en abordant ces questions. Des inquiétudes que le rapport estime non fondées, puisqu'une enquête démontre que 97 % des patients et patientes accepteraient de les évoquer avec leur médecin s'il leur posait la question.

Cela permettrait notamment d'éviter de passer à côté d'un diagnostic ou, pire, de décourager les personnes LGBT : une personne trans sur quatre déclare ainsi avoir renoncé à voir un médecin durant l'année passée, par peur d'être discriminée.

Le rapport cite comme exemple de bonne pratique la NHS britannique, qui recommande aux membres du corps médical anglais de poser la question de leur orientation sexuelle à tous les patients âgés de plus de 16 ans, à chaque entretien en face-à-face. En attendant, dit-il, que "le pays de l'universalisme fasse davantage de place à la santé communautaire", un enjeu essentiel pour mieux soigner les maux des personnes LGBT.