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Les podcasts des politiques passés au crible

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© Getty - .

Diverses personnalités de gauche ou de droite ont investi l'univers du podcast ces derniers mois, essayant de profiter de l'embellie de cette forme d'expression très en vogue. On a passé au crible quelques-uns d'entre eux en compagnie de la politologue Virginie Martin.

Quelques personnalités politiques s'essayent à la formule du podcast pour diffuser leurs messages, s'exprimer sur des sujets d'actualité. Ils et elles sont encore peu nombreux à tenter cette expérience, mais la campagne électorale pour l'élection présidentielle sera peut-être l'occasion de voir les candidats se prêter à l'exercice. 

Tous les essais ne sont pas réussis. Les formules les plus abouties et à même de se différencier sont celles de Benoit Hamon et Noël Mamère. 

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Benoît Hamon : avec une journaliste et une bonne réalisation

Le podcast de Benoit Hamon s'appelle "Et si...", c'est un produit bien réalisé, conçu avec la journaliste Camille Maestracci. À deux voix, ils abordent des sujets précis comme "Et si on arrêtait de s’asseoir ?" pour aborder les conséquences de la sédentarité, ou par exemple "Et si le foot se mettait au féminisme ?", "Et si l’école n’était jamais finie ?" pour expliquer ce que font les écoles populaires au Danemark, pour envisager l'éducation autrement que comme un vecteur d'employabilité. L'ancien candidat à la présidentielle semble avoir trouvé ici un terrain d'expression plus approprié aux questions de transformation de la société. "Après tout, c'est un bon moyen de s'exprimer alors qu'on n'est moins souvent invité dans les médias", estime la politologue Virginie Martin. 

Noël Mamère, comme un pro de l'audiovisuel

Noël Mamère, ancien élu vert, et aussi un ancien journaliste de télévision, profite de son savoir-faire pour proposer un podcast qui s'appelle "L'avis de Mamère", sur un ton à la fois sérieux et décontracté. Chaque numéro dure entre 50 minutes et 1 heure et demi. Sont invités à s'exprimer "ceux qui œuvrent pour une société plus durable", comme dit le pitch de la série. 

Jean- Luc Mélenchon en cours magistral 

Autre habile orateur, Jean-Luc Mélenchon a publié des podcasts sur son blog. Dans sa série d'enregistrements consacrés à la laïcité, on entend une voix posée et très calme, et il explique que la la laïcité, c'est "mettre la foi à distance", que l'esprit de la loi de 1905 est de montrer que "l’État est indifférent à la religion" par exemple. "C'est vraiment comme un cours au collège de France", commente Virginie Martin.

Bruno Retailleau et François Ruffin : deux façons de faire un bulletin

D'autres ont opté pour des formules plus courtes ou plus polémiques, avec l'idée de critiquer point par point la politique du gouvernement. 

Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, publie une série de podcasts pour y exprimer ses opinions et réagir sur les sujets de l'actualité, comme la suppression de l'ENA dernièrement. Là, il enchaîne les punchlines pour discréditer la politique d'Emmanuel Macron. François Ruffin poste la version audio de vidéos mis en ligne sur sa chaine Youtube. Ce sont les Bulletins de Ruffin. Dans le dernier numéro par exemple, il dit par avance ce qu'il suppose ne pas avoir le temps de dire sur BFM-TV quelques minutes plus tard, à savoir les mérites des annonces de Biden en matière économique. 

16 min

L'introuvable podcast de Marlène Schiappa

Que dire de Marlène Schiappa qui a annoncé le 31 mars une série de podcasts, #Commandantes,  via ClubHouse, le réseau social téléchargeable sur les iphones (uniquement) et sur lequel on ne peut s'inscrire qu'avec un parrainage, si ce n'est que c'est dès le départ restreindre son audience. Il s'agit en réalité d'entretiens en direct avec des femmes aux commandes du ministère de l'Intérieur. Le premier numéro qui devait être posté sur le site du ministère de l'Intérieur est introuvable, le second sera peut-être plus accessible. Mais ça ne laisse pas beaucoup d'espoir d'une large diffusion. 

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Une visibilité restreinte

"L'exercice est peut-être indispensable mais extrêmement délicat", souligne Virginie Martin. Avec les podcasts, les personnalités tentent d'établir un lien direct avec leur public, comme avec les chaines Youtube, mais "p_our faire un podcast, il ne suffit pas de mettre en ligne des émissions faites par ailleurs, il faut une écriture particulière, des moyens importants"_ souligne-t-elle, avant de constater que pour l'heure la visibilité de ces productions est extrêmement faible. "Avec ces productions audio, les personnalités touchent un cercle restreint, c'est-à-dire les fidèles, les premiers et deuxièmes cercles éventuellement, mais pas plus". 

"Par ailleurs, la limite de l'exercice, c'est l'ultra-personnalisation" dit Virginie Martin. Quand c'est un chef d'entreprise qui communique, il fait un ou deux grands entretiens à la télé ou dans un grand média, et ce sont ses équipes qui occupent le terrain sur les réseaux sociaux ou sur Youtube par exemple. "Ici, on assiste à une multiplication des prestations des personnalités politiques, de Youtube aux podcasts, en passant par Twitch, ou Twitter et TikTok" remarque la politologue.

Les personnalités politiques se démultiplient pour être présentes tous azimuts avec des réussites diverses. "Il y a un morcellement catastrophique", remarque Virginie Martin, qui note, qu'à ce jour, les médias  capables d'offrir des audiences de plusieurs millions de personnes restent TF1 et France 2 et leurs journaux de 20h. "L'effet de masse est là" rappelle-t-elle. 

Si on rassemble les obstacles de moyens, de ligne éditoriale adaptée, de style, de visibilité, les podcasts sont "presque indispensables si on veut toucher ceux qui ont quitté le PAF, mais c'est extrêmement difficile de percer et de s'y faire remarquer" résume Virginie Martin, "à moins d'être sur des lignes très tranchées et des sujets de niche".