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Les trois fronts de la crise israélo-palestinienne

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Affrontements entre Palestiniens et des forces de sécurité israéliennes dans le centre-ville de Hébron, en Cisjordanie
Affrontements entre Palestiniens et des forces de sécurité israéliennes dans le centre-ville de Hébron, en Cisjordanie
© AFP - Hazem BADER

Lourds duels d'artillerie et émeutes communautaires qui enflamment le pays depuis plusieurs jours s'enracinent dans le problème principal d'Israël depuis sa création il y a 70 ans : l'éviction de la population arabe palestinienne.

Le premier front de cette crise, c'est celui qui vient de s'ouvrir entre les communautés elles-mêmes. Une possible "guerre civile", selon les termes de Yair Revivo, maire de Lod dans le centre du pays où l'état d'urgence a été institué suite aux émeutes des deux derniers jours. C'est là un front largement inédit de la crise israélo-palestinienne : des affrontements entre communautés dans les villes où Arabes et Juifs israéliens cohabitent. Les manifestations de soutien à la cause palestinienne y ont en effet dégénéré en émeutes, les émeutiers arabes visant commerces et véhicules juifs, comme plusieurs synagogues, dont au moins deux auraient été partiellement incendiées à Lod.

De semblables exactions visant des Juifs ont été signalées dans d'autres villes à population mixte : Jaffa, Ramle, Acco ou Saint-Jean d'Acre.

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Les Arabes israéliens ne sont sans doute pas seuls fautifs dans cette flambée de violence intercommunautaire : la manifestation arabe de Lod, qui a dégénéré en émeute mardi soir, faisait suite à l'assassinat la veille d'un Arabe israélien de 33 ans, abattu en pleine rue, deux autres jeunes arabes ayant été blessés par balles dans le même incident. Le site en ligne Times of Israël mentionne également des dégradations et l'incendie d'un cimetière musulman à Lod.

Tirs de missiles et de roquettes dans les deux sens

Le second front est plus classique, mais non moins meurtrier, puisqu'il s'agit d'une guerre véritable : des bombardements à la roquette ou au missile qu'échangent milices gazaoui palestiniennes, affiliées au Hamas ou au Jihad Islamique d'un côté et auxquels répond l'armée israélienne.

Les islamistes du Hamas contrôlent, depuis 2007, la bande côtière autour de la ville de Gaza, où s'entassent environ 2 millions de Palestiniens. Ils y ont constitué un véritable arsenal de roquettes et missiles (les plus puissants ont une portée de 40km), avec l'aide probable de l'Iran, et n'hésitent pas à s'en servir à échéance régulière.

En 48 heures depuis dimanche, les gazaoui auraient ainsi tiré plus d'un millier de ces armes sur les villes israéliennes, manifestement au hasard. Mais la plupart de ces tirs ont été parés, arrêtés en plein ciel par le barrage du système de "missiles anti-missiles" Dôme de Fer de l'armée israélienne.

En manière de représailles, cette dernière conduit depuis dimanche des raids aériens sur la bande de Gaza, visant et détruisant les bâtiments connus pour abriter les membres du Hamas, qu'il s'agisse du baraquement d'une escouade, d'un stock d'armes ou d'immeubles d'habitation où résident des cadres du mouvement. "Nous avons visé et frappé 25 personnes, cadres du Hamas dans les endroits où ils se trouvaient" détaillait mercredi soir le Lieutenant-Colonel Jonathan Conricus, porte-parole de l'armée israélienne. Le Hamas reconnaissait dans le même temps que 4 de ses principaux chefs militaires avaient avaient "péri en martyr" dans ces bombardements. Mais ceux-ci ont également entraîné la mort de civils.

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L'éviction des Palestiniens, aux origines de la crise

Le troisième front, le plus insidieux, est juridico-politique. Mais c'est celui qui a contribué le plus évidemment à mettre le feu aux poudres : la lente mais méthodique éviction des Palestiniens, notamment de Jérusalem.

Ce sont en effet les procédures initiées par des groupes nationalistes israéliens pour évincer de leur logement plusieurs familles dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est qui ont entraîné les premières manifestations de protestation. La loi israélienne permet en effet aux Juifs de revendiquer un titre de propriété sur des bâtiments qui auraient appartenu à des Juifs avant la création de l'État d'Israël en 1948. En revanche, elle ne permet pas aux Palestiniens de revendiquer la propriétés des terres qu'ils occupaient avant 1948 et dont ils ont été chassés à l'occasion, justement, de la création de l'État israélien.

On estime que la moitié des quelque 350 000 Palestiniens résidant à Jérusalem-Est sont de ces réfugiés déjà chassés de leurs terres en 1948, notamment à Sheikh Jarrah. Ils s'étaient installé à Jérusalem dans les années 50-60, alors que la ville était sous contrôle jordanien. Depuis sa conquête par l'armée israélienne en 1967,  les Palestiniens sont systématiquement poussés dehors... Jérusalem ayant manifestement vocation pour Israël à devenir la capitale unique d'un État hébreu, le plus possible débarrassée de sa population arabe palestinienne.

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