"Les Ukrainiens refusent de se battre" : une journée d'invasion russe en Ukraine vue par RT

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"Les Ukrainiens refusent de se battre" : une journée d'invasion russe en Ukraine vue par RT

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RT France a dénoncé "les attaques" la visant et dit avoir couvert "la crise ukrainienne" "de manière complète, en exposant tous les points de vue des parties prenantes".
RT France a dénoncé "les attaques" la visant et dit avoir couvert "la crise ukrainienne" "de manière complète, en exposant tous les points de vue des parties prenantes".
- Capture d'écran

La Russie poursuit son invasion de l'Ukraine jeudi. Le traitement de cette guerre par la chaîne russe RT France est surveillé de près par le régulateur des médias, qui n'exclut pas de demander la suspension de sa diffusion. Nous avons regardé la chaîne russe pendant plusieurs heures.

L'invasion de l'Ukraine par l'armée russe a commencé jeudi, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Dans ce contexte, le régulateur des médias a les yeux braqués sur la chaîne de télévision russe RT diffusée en France. L'Arcom a fait savoir qu'elle veille "avec une particulière vigilance" aux informations transmises sur la chaîne. Elle n'exclut pas de demander la suspension de sa diffusion. Cette sanction a d'ailleurs été réclamée dès les premières heures de la guerre par le sénateur centriste et président de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat, Laurent Lafon. "L'Arcom doit suspendre sans délai la diffusion de RT qui est l'organisme officiel en France de propagande du régime russe", a-t-il tweeté, aussitôt suivi par d'autres élus.

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Dans un communiqué, RT France a dénoncé "les attaques" la visant et dit avoir couvert "la crise ukrainienne" "de manière complète, en exposant tous les points de vue des parties prenantes"

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Toute la journée, comme les autres chaînes de télévision diffusées en France, RT était en édition spéciale, diffusant en continue des reportages sur le terrain et des discours des deux camps. Le tout analysé par des experts internationaux en viso et des éditorialistes en plateau. Mais le ton et les termes employés par ces derniers démontrent bien la vision pro-russe de la chaîne.

11h15 : une "opération militaire extrêmement limitée"

Il suffit en effet de regarder quelques heures de l'émission spéciale pour saisir l'orientation de la chaîne. Lorsqu'elle rappelle les faits, la présentatrice Samantha Ramsamy prend le soin de donner les deux points de vue : "Vladimir Poutine a lancé une opération militaire russe dans le Donbass. Le président ukrainien dénonce une invasion russe." Mais les interventions des "spécialistes" en plateau ne laissent pas de place au doute sur la vision pro-russe de la chaîne.

À 11 heures, ce sont l'éditorialiste Alexis Poulin, la professeure d'État à l'université de Moscou Karine Bechet-Golovko et Emmanuel Leroy, présenté comme le président de l'Institut 1717, qui milite pour une nouvelle Union franco-russe. Les bandeaux titres et les termes employés par ces intervenants sont différents des autres chaînes diffusées en France. Ici, Alexis Poulin conteste l'utilisation du mot "guerre" et lui préfère les termes d'"opérations militaires sur le sol ukrainien avec les Républiques séparatistes". Un mouvement militaire qui est d'ailleurs "extrêmement limité", selon lui. Un avis partagé par Emmanuel Leroy, pour qui ce n'est pas une "guerre d'agression mais une guerre défensive" de la Russie "pour sécuriser son territoire et ses abords". 

"La Russie reste encore très proche dans le cœur d'une grande partie des Ukrainiens sur le territoire, malgré cette propagande depuis des années qui fait de la Russie l'ennemi, l'agresseur, etc."

11h30 : "les militaires ukrainiens refusent de se battre"

Les intervenants estiment que les opérations seront rapides et que la crise "va se résoudre dans les 24 à 48 prochaines heures". D'autant qu'il y a peu de "résistance sur le terrain" d'après Karine Bechet-Golovko, qui dit s'appuyer sur "les informations du ministère russe de la défense". "Les militaires ukrainiens refusent de se battre, abandonnent les positions, demandent des corridors humanitaires pour quitter les zones de combat donc on ne peut pas dire qu'il y ait une résistance réelle de l'armée ukrainienne face à l'avancée des forces du Donbass et de l'armée russe", assure-t-elle. Selon la professeure, "c'est assez logique" parce que "la Russie reste encore très proche dans le cœur d'une grande partie des Ukrainiens sur le territoire, malgré cette propagande depuis des années qui fait de la Russie l'ennemi, l'agresseur, etc."

Dans cette séquence, la faute est rejetée sur les Occidentaux et le président Volodymyr Zelensky, qualifié de "marionnette" par Karine Bechet-Golovko. "Le fait qu'il n'ait pas effectué les accords de Minsk à ce point a conduit à une intervention russe dans le Donbass", selon elle. "Ce n'est pas que son échec personnel parce qu'on pourrait demander pour la même raison le départ d'un certain nombre de dirigeants européens et américains, puisqu'eux aussi sont responsables de la situation dans laquelle nous vivons aujourd'hui." Pour elle, les jours de Volodymyr Zelensky à la tête de l'Ukraine sont comptés. Alexis Poulin est du même avis : "Il était un acteur de série télé avant d'être président et il est toujours acteur. Je crois que c'est bien le problème de ce 'fake state' qui est dénoncé ici, c'est que l'Ukraine n'est pas gouvernée réellement."

Les intervenants dénoncent ainsi à plusieurs reprises une manipulation de la part des Occidentaux. Pour Karine Bechet-Golovko, "la décision de Poutine" "pourra être une bonne excuse puisque à toute chose il faut toujours trouver une formulation qui puisse rentrer dans le cadre très formaté du discours mainstream".

12 heures : une "réaction à l'agression de l'Otan"

À midi, Emmanuel Leroy est toujours en plateau mais cette fois-ci accompagné en visio par le général François Chauvancy et le journaliste Gérard Olivier. La discussion est cette fois-ci plus équilibrée. Ainsi, quand Emmanuel Leroy préfère parler de "réaction à l'agression de l'Otan via l'armée ukrainienne" plutôt que d'"agression" et explique que les "150.000 soldats de l'armée russe qui étaient aux frontières de l'Ukraine n'y sont venus qu'en réaction à la présence de l'armée ukrainienne depuis près d'un an", ses propos sont contestés par François Chauvancy. Pour ce dernier, "le Donbass est une région ukrainienne donc à ce titre-là, l'armée ukrainienne a tout à fait sa légitimité pour être dans la région et on ne peut pas justifier une agression par le fait qu'elle soit dans ce territoire".

12h15 : "la propagande occidentale"

Un autre sujet amène au débat : la portée de l'intervention militaire russe. Pour Emmanuel Leroy, "la Russie n'a pas l'intention de faire la guerre à l'Ukraine et de l'annexer contrairement à ce que veut nous faire croire la propagande occidentale", insiste-t-il. Une analyse contestée quelques minutes plus tard par Gérard Olivier, pour qui l'opération "concerne l'ensemble de l'Ukraine et il y a un certain nombre de bombardements dans des villes qui sont bien en dehors du Donbass". Mais il est aussitôt coupée par la présentatrice qui lui indique que "sur ce point, du côté russe, on affirme que les bombardements se déroulent uniquement dans le Donbass, même s'il y a eu des explosions entendues à Kiev".

13h30 : le ton plus neutre des envoyés spéciaux

Au fil des heures et des informations qui parviennent du terrain, RT France concède que les "opérations militaires" dépassent le simple territoire des deux républiques séparatistes. Vers 13h30 par exemple, le reporter envoyé dans la région de Donetsk explique que "l'objectif est d'avancer à l'intérieur du territoire ukrainien". Mais il rappelle bien les raisons invoquées pour cette intervention militaire lancée par la Russie : "protéger les populations du Donbass mais aussi démilitariser l'Ukraine".

Quelques minutes plus tard, une envoyée spéciale devant le palais de l'Élysée résume simplement les déclarations d'Emmanuel Macron dans son allocution. "Il a estimé que c'était un choix délibéré de Vladimir Poutine d'attaquer l'Ukraine et qu'il était ainsi entrer en violation de la charte des Nations Unies", explique-t-elle notamment.

16h28 : le Kremlin parle par la voix de la correspondante à Moscou

La correspondante de la chaîne à Moscou intervient aussi à plusieurs reprises. Vers 16h30, elle fait un nouveau point sur les déclarations des autorités russes. Elle cite notamment la porte-parole de la diplomatie russe qui indique que "l_'opération militaire dans le Donbass n'est pas le début mais la fin de la guerre"_. Une "guerre qui dure depuis plus de huit ans et a coûté la vie à de nombreux civils des républiques de Donetsk et de Lougansk".

La correspondante évoque ensuite le porte-parole du Kremlin, pour qui "l'objectif de l'opération militaire russe est de neutraliser le potentiel militaire de Kiev", indique-t-elle, ajoutant que "le mot occupation est inapplicable selon le Kremlin". La correspondante précise aussi que des négociations sont possibles avec l'Ukraine si elle accepte de parler des "préoccupations sécuritaires de Moscou". "Des préoccupations rejetées par le bloc atlantiste", ajoute-t-elle, en diffusant un extrait de l'intervention du porte-parole. Son homologue du ministère russe de la Défense affirme lui que ce sont "les unités de forces armées ukrainiennes" qui  "continuent de bombarder les civils du Donbass", poursuit la correspondante. "Selon lui, il y a des victimes parmi la population civile", explique-t-elle, précisant que les russes "n'effectuent aucune frappe sur les villes d'Ukraine". 

Elle donne ensuite la position du président ukrainien qui déclare que l'Ukraine "se défend" et "ne va pas renoncer à sa liberté". Elle ajoute que Volodymyr Zelensky appelle "les Russes à sortir dans la rue pour protester contre la guerre".

16h33 : "Les gens sont mieux renseignés. Il n'y a plus un monopole des médias classiques"

Retour en plateau après l'intervention de la correspondante à Moscou : "C'est une guerre de communication ?", interroge le présentateur. "Oui, la guerre moderne est portée aujourd'hui par la communication", répond Morgan Palmer, journaliste consultant en intelligence stratégique. "L'avantage que nous avons d'être dans le monde d'aujourd'hui, c'est celui de la démultiplication des sources d'informations avec l'apparition d'informations alternatives sur Internet." Et d'en conclure : "Les gens sont mieux renseignés. Il n'y a plus un monopole des médias classiques."