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Lille, Paris, Marseille, Reims, Bordeaux : ces villes qui ne diffuseront pas le Mondial sur écran géant

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Dans une fan zone à Bordeaux, à l'occasion de l'Euro de football en 2016.
Dans une fan zone à Bordeaux, à l'occasion de l'Euro de football en 2016.
© Maxppp - Thibaud MORITZ

À un mois et demi du premier match de la Coupe du monde de football au Qatar, de plus en plus de villes font savoir qu'elles ne mettront pas en place de fan-zone pour suivre la compétition.

Après Strasbourg, Lille, Rodez, Reims, Nancy, Clermont-Ferrand, les villes de Bordeaux, Paris et Marseille ont fait savoir à son tour qu'elles ne diffuseront pas sur écran géant les rencontres du Mondial de football qui se déroulera au Qatar entre le 20 novembre et le 18 décembre. En tout, sept grandes villes sont concernées. Plusieurs raisons sont invoquées par les élus : le traitement des travailleurs immigrés, le nombre de décès lors des chantiers des stades, mais aussi des arguments écologiques.

"J'aurais vraiment l'impression, si Bordeaux accueillait ces fan zones, d'être complice (de) cette manifestation sportive qui représente toutes les aberrations humanitaires, écologiques et sportives", a justifié auprès de l'AFP le maire écologiste Pierre Hurmic. L’élu ne regardera même pas la compétition à la télévision.

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Il invoque un souci de cohérence, à l’heure où la sobriété énergétique est de mise. "Vous ne pouvez pas appeler vos concitoyens à la sobriété et vous-même vous montrer complice d'aberrations énergétiques de cette nature", affirme le maire de Bordeaux. "Ceux qui ont attribué en 2010 la Coupe du monde au Qatar étaient à des années-lumière de ce qu'était une sobriété énergétique".

Strasbourg a ouvert le bal...

Bordeaux a suivi le mouvement lancé par Strasbourg en début de semaine dernière. Il est "impossible pour nous de ne pas entendre les nombreuses alertes des ONG qui dénoncent les abus et l’exploitation des travailleurs immigrés", clame la maire EELV Jeanne Barseghian. "Strasbourg, capitale européenne, siège de la Cour européenne des droits de l’Homme, ne peut décemment cautionner ces maltraitances", poursuit l’élue  interrogée par France 3.

La maire évoque également des raisons environnementales : les stades seront climatisés et  plusieurs centaines de vols d’avions affrétés chaque jour pour transporter les supporters. "Les experts du GIEC ont formulé dans leur 6e rapport, un avertissement sans précédent : nous avons trois ans pour changer la trajectoire mondiale, il nous faut agir vite et fort, de concert et à toutes les échelles pour un avenir viable", martèle Jeanne Barseghian.

… puis Lille, Rodez, Reims lui ont emboité le pas

À Lille, la maire socialiste invoque des arguments similaires. Martine Aubry qualifie cette Coupe du monde de "non-sens au regard des droits humains". Elle annoncé ce week-end qu’aucun match ne sera diffusé sur grand écran.

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À Rodez, le maire "ne cautionne pas l’organisation de cette compétition dans ce pays", a déclaré Christian Teyssèdre (apparenté Renaissance) en conseil municipal. "Le football n’est qu’argent et la ville de Rodez ne se mêlera pas à ça", a-t-il ajouté. Le maire de Reims Arnaud Robinet (Horizons ) a pris une décision similaire , qu’il étaye dans un communiqué, diffusé par France 3 Champagne-Ardenne : "À l’heure où les pouvoirs publics demandent à nos concitoyens comme à nos administrations de réduire leur consommation d’énergies, de telles installations susciteraient une incompréhension légitime. Qui plus est pour l’un des évènements les plus controversés de l’histoire du sport. C’est un constat que personne ne peut plus discuter aujourd’hui." Arnaud Robinet demande néanmoins aux habitants de sortir voir les rencontres dans les bars et les restaurants. A

À Clermont-Ferrand, le maire socialiste a tranché lundi. Interpellé par un élu d'opposition sur l'organisation d'une fan zone, Olivier Bianchi répond sur Twitter de manière laconique : "Il n'en a été jamais question". Le 15 juillet 2018, pour la finale de la Coupe du monde, 40.000 supporters s'étaient rassemblés sur l'une des places de la ville pour regarder la finale remportée par les Bleus.

La ville de Nancy a pointé dans un communiqué le "décalage" de "l’usage de stades climatisés durant cette Coupe du monde (...) avec les enjeux de transition écologique" et appelé "les organisateurs (...) à sérieusement revoir les règles d’attribution des prochaines Coupes du monde afin d’intégrer ces enjeux de sobriété et de respect du droit humain".

La mairie de Marseille et Paris suivent le mouvement

Dans un communiqué diffusée lundi, la mairie de Marseille a décidé de boycotter à son tour, car elle est "fortement attachée aux valeurs de partage et de solidarité du sport et engagée pour construire une ville plus verte", et elle "ne peut contribuer à la promotion de cette Coupe du monde de football 2022 au Qatar". Pour le maire Benoît Payan, à la tête d’une large coalition de gauche et écologiste : "Cette compétition s’est progressivement transformée en catastrophe humaine et environnementale, incompatible avec les valeurs que nous voulons voir portées au travers du sport et notamment du football."

A Paris, la décision est tombée lundi soir. "Le modèle de cet évènement va à l'encontre de ce que l'on souhaite faire à Paris", a expliqué à France Bleu Pierre Rabadan, adjoint à la mairie de Paris, chargé du Sport. "Il y a le problème de l'impact environnemental, avec beaucoup de constructions, des stades qui seront climatisés. Les conditions de construction de ces infrastructures interrogent également", ajoute-t-il.

Si le bilan officiel fait état de trois morts sur le chantier du Mondial 2022, l'Organisation internationale du travail (OIT) évoque dans un rapport de 50 travailleurs décédés dans des accidents du travail au Qatar en 2020 et 500 blessés graves. Un chiffre qui pourrait être plus élevé, selon l'organisation onusienne, en raison de lacunes dans le système de recensement des accidents.