Publicité

Livre - Faut-il lire "Panique générale" de James Ellroy, ou pas ? L’avis du "Masque & la Plume"

Détail de la couverture de "Panique générale" de James Ellroy
Détail de la couverture de "Panique générale" de James Ellroy
- Rivages noirs

"Un livre rance", "insupportable", "illisible"… L’émission culturelle dominicale de France Inter dézingue le nouvel ouvrage de l’écrivain américain.

La présentation de "Panique générale" par Jérôme Garcin

"C'est le nouveau roman du légendaire James Ellroy, l'auteur du "Dahlia noir" et d'"American Tabloïd". Dans "Extorsion", Ellroy racontait comment Fred Otash, un ancien flic ripou et maître chanteur traquait les stars de cinéma pour faire chanter les studios. Au purgatoire, il était persécuté par ses anciennes victimes, dont Marilyn Monroe, Ava Gardner... Et pour obtenir la mansuétude des autorités célestes, il devait écrire ses confessions avec l'aide d'un certain James Ellroy.

Dans "Panique générale", il reprend "Extorsion" et ajoute des épisodes, dont la confession de Freddie Otash, qui a réellement existé et qui raconte les partouses, les chantages, les jeux interdits, les mafias du Hollywood des années 1950. On croise Liz Taylor, Ingrid Bergman, Marlon Brando, James Dean, John Wayne, Burt Lancaster et JFK avant son entrée à la Maison-Blanche."

Publicité
À réécouter : Perfidia de James Ellroy
4 min

Elisabeth Philippe : "Une daube intersidérale"

C’est peu dire que la journaliste de l’Obs a détesté "Panique générale" : "C'est le naufrage de James Ellroy. C'est une daube intersidérale. C'est nullissime ! Panique générale est une ressucée éventée d'"Extorsion". Et Fred Otash, on l'a vu dans assez de livres.

J'aime beaucoup Ellroy, mais dans ce livre, cela ne va pas du tout. En plus, tout est écrit par allitération algorithmique. On dirait du Boby Lapointe sous speed frelaté, c'est insupportable, ou alors du Grand Corps Malade, mais vraiment très très malade. C'est illisible : je n'ai même pas pu aller au bout.

Et puis, toutes ces histoires de partouses… Autant lire "Hollywood Babylone" de Kenneth Anger, c'est mieux écrit. Là, c'est insupportable d'avoir ce Freddy Otash qui n'en peut plus d'avoir un sexe de 23 cm. C'est homophobe et misogyne… Cela a toujours été le cas dans les bouquins d'Ellroy, mais il y avait à côté des personnages plus intéressants. Là, non."

Frédéric Beigbeder : "Panique générale" pue le rance

Pour le journaliste du "Figaro Magazine", le dernier livre de l’écrivain américain est un livre de détestation et de calomnie.

"S’il déteste Hollywood, pourquoi y habiter ? Ça pue le rance, on ne comprend pas, je préfère la nostalgie du film de Tarantino. Là, c'est vraiment de la détestation et de la calomnie.

Montgomery Clift a une petite bite, Liz Taylor est nymphomane, Monroe a sucé des pharmaciens pour avoir de la drogue, James Dean était un PD gigolo, JFK un éjaculateur précoce… Ce sont des informations qu'on aimerait voir vérifiées par des vrais professionnels du journalisme. Non, c'est absolument épuisant ces allitérations…

Je l'ai lu sans plaisir, parce que la forme, encore une fois, gêne… "Les lesbiennes sont des brouteuses baraquées, les hippies sont hirsutes". J'ai l'impression de regarder par un trou de serrure, mais sauf que je ne sais pas ce qui est vrai, ce qui est faux."

Olivia de Lamberterie : "Un livre dégueulasse"

La journaliste à "Elle" ne sauvera pas le livre : "J'ai l'impression qu'il faut carrément aller se désinfecter à la Bétadine tellement ce livre est dégueulasse. Je ne vois pas d'autre mot. On ne sait pas ce qui est vrai, ce qui est faux. C'est dégoûtant.

On se demande même comment tous ces gens ont réussi à tourner des films sublimes puisqu’ils étaient tous ignobles. Je me demande pourquoi les descendants de ces gens n'attaquent pas ? C'est méprisable ce livre. Même si en France, il bénéficie d’une certaine aura."

2 min

Arnaud Viviant : "C’est un livre sur une figure de style"

Le critique de "Transfuge" s’oppose à ses camarades : "Je vais le défendre parce que vous m’énervez ! C'est la théorie de la pizza. Suivant la taille dont vous la découper, elle n'aura pas le même goût. Comparé à "Extension", c'est une autre expérience gustative. Là, il fait de petites parts avec ces petits chapitres, donc cela devient plus digeste.

Après, il y a cette idée de génie sur les allitérations avec un travail formidable de traduction. Et puis, il y a une phrase géniale dans ce livre : "Les martinis se matérialisent", c'est juste magnifique. C'est tout le concept du livre qui se base sur une figure de style : l'allitération. Chapeau !"

ECOUTER | Le Masque et la plume sur Panique générale

Panique générale de James Ellroy est paru chez Rivages noir