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"Ma cruauté" de François Bégaudeau : que vaut-elle face à celle du Masque & la Plume

L'écrivain François Bégaudeau, septembre 2016
L'écrivain François Bégaudeau, septembre 2016
© AFP - Joel Saget

L'auteur de "Entre les murs" et de "La blessure, la vraie" publie son nouveau roman, qui s’ouvre sur un cadavre. Le récit d'un professeur de fac décrivant un enchaînement de faits inouïs survenus au sein d'une université où s'entrecroisent certaines victimes et leurs bourreaux. Arnaud Viviant est le seul à avoir adoré.

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Première phrase "pour éclairer le cadavre que je te livre ce soir, Juliette, je dois reparler du rire". Un cadavre d'emblée et puis, très vite, un collège, un prof de français, Monsieur Bégaudeau et un élève, Thibault Mercier, qui aurait eu une tumeur au cerveau. L'homme qui parle, Paul, est prof de littérature dans une fac où on débat de la cancel culture, de l'islamo gauchisme, de la domination masculine…

Cela échappe totalement, pour moi, au résumé traditionnel qu'on peut faire d'un roman

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Arnaud Viviant a adoré

D'après le critique, "c'est un des meilleurs romanciers du moment" tant il est prolifique en matière de théâtre et de scénario, ce qui lui permet de partager et d'imposer son sens implacable de la scène, du dialogue :

"Il y a toute une mécanique complexe qui va se retourner contre le narrateur, avec des renversements, des personnages et des scènes. 

Il y a quelque chose de grinçant sur la manière très binaire dont la société a abordé le problème #MeToo

À partir de ce débat de société, il fait un livre extrêmement cruel parce qu'il est hanté par une phrase culte de Nietzsche qui est : "On ne défend pas assez les forts contre les faibles". 

Soudainement, on entre dans une puissance littéraire qui, dans les dix dernières pages, décolle, comme dans tous ses romans en général, pour devenir pure littérature presque poétique".  

Nelly Kapriélan "atterrée" par un livre qui n'est autre "qu'un long ricanement"

Nelly admet ne jamais être parvenue à lire les dernières pages des livres de l'auteur tant elle était "atterrée par une écriture ampoulée, vieillotte, poussiéreuse, maniériste, précieuse. 

Il se regarde complètement écrire. Il n'y a personne dans ce livre. Son narrateur est pitoyable

Je ne sais pas ce qu'il veut dire… Les rapports entre garçons et filles sont complètement grotesques, misogynes, légèrement dégoûtants. Ce livre est une sorte de long ricanement."

Pour Frédéric Beigbeder, c'est "un monologue surécrit" et "rempli de mots fumeux"

Si le critique du Figaro admet avoir compris ce que l'auteur a souhaité faire, il n'en pense pas moins que c'est totalement raté… Car "Bégaudeau, de gauche au départ, essaie de partager une version progressiste de tous les sujets qui ont trait à la cancel culture, au multiculturalisme etc, et tente de s'improviser tel un Philipp Roth français. 

Mais il y a un gros souci avec l'écriture au point que je n'arrivais pas à avancer

L'écran de mots fumeux, évoqué plus haut, il est là tout le temps, c'est bien le problème…

C'est un monologue surécrit, accompagné d'une préciosité embarrassante que je ne comprends pas parce que François Bégaudeau, qu'on connaît un peu, est plutôt moderne. Mais là, ça fait film d'auteur primé à Cannes."

Jean-Claude Raspiengeas sermonne "un livre barbant, verbeux et boursouflé" 

À chaque fois qu'il ouvre un des livres de l'auteur, Jean-Claude espère que c'est celui qu'il arrivera enfin à apprécier… Sauf que ce n'est toujours pas le cas, admet-il tant il regrette "un livre maniéré dans lequel le type ne cesse de se regarder écrire, en rajoute et boursoufle sans arrêt ses lignes de prétention. 

C'est barbant, c'est verbeux, bourré de sophismes et pénible à lire

Comment Bégaudeau s'acharne-t-il autant à gâcher ce qu'il a envie de dire ou ce qu'il croit nécessaire de dire ? Ça fait un moment que ça dure cette petite histoire, je ne comprends vraiment pas…" 

Ce qu'il y a de terrible chez lui, c'est que son intelligence est en permanence desservie par son côté "petit malin" 

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Ma cruauté" de François Bégaudeau

7 min

LIRE - "Ma cruauté" de François Bégaudeau (Gallimard, Collection Verticales)

► LIVRE OUVERT | D'autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧 Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.