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Macron menace d'un retrait de troupes au Mali : "Il voit que la France est isolée", juge Antoine Glaser

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Emmanuel Macron lors du sommet du G5 Sahel.
Emmanuel Macron lors du sommet du G5 Sahel.
© AFP - Hans Lucas / Amaury Blin

Après un second coup d'État en neuf mois, le Mali serait prêt à dialoguer avec les groupes djihadistes. Un point de non retour pour le président français qui menace de retirer ses troupes du Sahel, alors que la France semble bien seule dans la région, selon le journaliste spécialiste de l'Afrique Antoine Glaser.

La France pourrait-elle retirer ses troupes du Mali, où elle lutte contre le djihadisme ? C'est ce que laisse entendre Emmanuel Macron dimanche dans un entretien au Journal du dimanche. La France retirerait ses troupes si le Mali allait "dans le sens" d'un islamisme radical, dit le président français, après un deuxième coup d'Etat en neuf mois dans le pays. Avec environ 5 100 hommes au sein de la force Barkhane, l'armée française soutient le Mali qui fait face, depuis 2012, à une poussée djihadiste partie du Nord, ayant plongé le pays dans une crise sécuritaire avant de s'étendre au centre du pays. 

Paris, comme l'UE, a dénoncé mardi un "coup d'Etat inacceptable" après l'arrestation du président Bah Ndaw et du Premier ministre Moctar Ouane décidée par l'homme fort du pays le colonel Assimi Goïta, disposé à un dialogue avec les djihadistes pour acheter la paix au Nord du pays. "Il y a aujourd'hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerais", met donc en garde le chef de l'État affirmant avoir "passé le message" aux dirigeants d'Afrique de l'Ouest qu'il "ne resterait pas aux côtés d'un pays où il n'y a plus de légitimité démocratique ni de transition".  

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FRANCE INTER : L'éventualité de négociations entre la junte au Mali et les islamistes est donc inenvisageable pour Emmanuel Macron ?

ANTOINE GLASER, spécialiste de l'Afrique, auteur de "Le piège africain de Macron" : "Oui, absolument. On voit bien que l'opération Barkhane est de plus en plus hors sol par rapport aux réalités du terrain. Vous avez des militaires français dans un pays qui a connu un coup d'État au mois d'août. Vous avez désormais une sorte de coup d'État dans un coup d'État. Emmanuel Macron est d'autant plus agacé qu'il sait très bien qu'il y a déjà des négociations en cours avec des groupes armés. Il a toujours expliqué aux dirigeants africains qu'il est comptable, évidemment, de la mort des soldats français. Et surtout, il voit bien que la France est totalement isolée. Les Européens, après des coups d'État comme celui qui s'est produit au Mali, ne vont certainement pas venir. Emmanuel Macron parle toujours de troupes Europe-Afrique et que l'Armée française n'est pas isolée. Mais franchement, ça va être difficile de mobiliser les autres partenaires."

Des négociations sont donc en cours, ont déjà débuté ?

"Oui, bien sûr ! Rappelez-vous la libération de Sophie Pétronin. Il y avait quand même une négociation entre ce qu'on appelle le groupe de soutien à l'islam et aux musulmans et 200 djihadistes avaient été libérés. La France ne maîtrise absolument pas tout ce qui se passe dans ces pays et c'est pour cela que Barkhane est limitée. Ils ne peuvent pas s'appuyer sur des armées africaines en dehors de celle du Tchad et ils ne peuvent pas non plus s'appuyer sur leurs partenaires européens, qui sont très inquiets de se retrouver dans des histoires franco africaines à l'ancienne. Donc, c'est vrai que les négociations ont démarré puisque actuellement, le pouvoir à Bamako contrôle environ un tiers de son territoire et que le reste est contrôlé par des groupes armés de Gaza."

L'enjeu de ces négociations entre le pouvoir militaire et les djihadistes c'est de laisser ces groupes tranquilles dans le nord du pays contre une paix ou une trêve au Mali ?

"Oui, c'est ça. Quand on parle de djihadistes, c'est surtout des groupes armés, énormément de trafics. Il y a aussi, bien sûr, le grand acteur masqué de la région qu'est l'Algérie. Il y a beaucoup d'économie informelle et de trafics ; le djihadistes profite d'ailleurs de ces systèmes. Mais c'est une islamisation globale de l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Personne ne dit qu'il n'y a plus d'Occidentaux en Afrique de l'Ouest. Les djihadistes ont déjà gagné d'une certaine façon. Ils ont réussi à faire fuir des coopérations décentralisées, des ONG, dans les pays comme le Burkina Faso. Et c'est vrai que vous avez une sorte d'islamisation globale. C'est une période historique qui est en train de se passer. Il y a des négociations entre ces groupes, qui contrôlent des villages et comme il n'y a plus d'Etat dans ces régions, bien évidemment, ils remplacent l'Etat. Ils font la justice, donne des idées, empêchent les écoles et font la loi."

Emmanuel Macron ne veut plus que la France soit en première ligne ? 

"Il dit que la France ne veut pas être en première ligne. Mais on se souvient du moment de la mort d'Idriss Déby au Tchad où on a l'impression qu'il adoube une dynastie, ou de sa présence au G5 Sahel, au mois de février, où on le voit en visioconférence depuis Paris avec ses pairs africains et l'impression qu'il est le chef de l'ensemble des armées ouest-africaines. On sent qu'il y a un vrai agacement de sa part et qu'il sent bien qu'il perd un peu la main. On ne change pas l'héritage de la Françafrique avec le verbe. Or, aujourd'hui, l'Afrique est totalement mondialisé. Et Emmanuel Macron accuse les réseaux sociaux d'alimenter le sentiment anti-français mais il n'y a pas que ça, il y a aussi toute une période historique qui fait que les jeunes Africains pensent que c'est la France qui est responsable. Les dirigeants africains, eux, évidemment encouragent quasiment les mouvements anti-français pour se légitimer pour leur propre souveraineté. Donc, c'est pour ça que la France est vraiment prise entre le marteau et l'enclume."