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Madagascar : entre méfiance et difficultés logistiques, la vaccination contre le Covid toujours à la peine

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L'ONG ASOS organise des sensibilisations à la vaccination dans les quartiers d'Antananarivo
L'ONG ASOS organise des sensibilisations à la vaccination dans les quartiers d'Antananarivo
© Radio France - Rémi Brancato

Alors que le dispositif Covax livrait ses premières doses de vaccin contre le Covid-19 au Ghana il y a un an, la vaccination patine encore dans de nombreux pays en développement. À Madagascar, seules 11% des personnes à vacciner ont reçu une dose. Reportage.

"Toute la journée, partout, on fait des animations". Devant le pick up de son ONG qui oeuvre dans la santé communautaire, ASOS, Michela est au micro. Elle interpelle les passants du quartier Lalamby, à Antananarivo, la capitale de Madagascar. "On dit aux gens qu'il faut respecter les gestes barrières et qu'il y a un centre de vaccination là-bas". Dans ce quartier pauvre, la vaccination contre le Covid-19 n'intéresse que peu les habitants. Alors un centre mobile s'est installé dans les locaux administratifs du fokontany, le quartier de Lalamby.

17 min

De loin, un groupe de jeunes hommes observe l'animation sans s'approcher. Pas question pour eux de se faire vacciner. "Je pense qu'on peut se soigner avec des remèdes naturels", lâche l'un d'eux, qui enchaîne sur des effets négatifs supposés du vaccin. "Oui, il y a beaucoup de gens qui posent des questions", reconnait Michela, qui fait face au scepticisme des populations. "Beaucoup de gens pensent que le vaccin rend les personnes infertiles, mais c'est faux !"

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Une "sensibilisation de proximité" dans les quartiers

Elle réussit à convaincre certains d'entre eux de se rendre dans les locaux du fokontany. "Les gens ne viennent pas automatiquement vers les centres de santé, donc on a trouvé cette stratégie qui est très efficace", explique le docteur Annie Raherisoanjato, qui coordonne les urgences pour la région dont dépend Madagascar et a organisé cette vaccination mobile "à proximité de leur logement, donc c'est plus facile". 

Une vaccination mobile a été installée dans les locaux du centre de santé de base du quartier
Une vaccination mobile a été installée dans les locaux du centre de santé de base du quartier
© Radio France - Rémi Brancato

"Ici, on fait de la sensibilisation de proximité, plus efficace que la sensibilisation à travers les médias", estime le médecin : "la plupart des gens n'écoutent pas la radio, ne regardent pas la télé" qui relaie la campagne d'incitation à la vaccination et indique les lieux de vaccination dans le centre de la capitale, désertés par les habitants des quartiers les plus défavorisés.

Des quartiers pourtant très touchés par la troisième vague de l'épidémie qui touche Madagascar depuis fin 2021 : "il y a beaucoup de malades, il y a beaucoup de cas car ici les habitations sont très serrées et beaucoup de monde dans chaque maison, c'est un quartier très populaire".

9 millions de personnes à vacciner en 2022

À Madagascar, la campagne vaccinale n'a débuté qu'en mai 2021, trois mois après la mise en place du dispostif Covax, après l'autorisation de la présidence de faire entrer les vaccins sur le territoire. Le pouvoir continue à vanter les mérites de traitements à base de plantes naturelles. Le pays a reçu plus de 4 millions de doses de vaccin dont 3 150 000 par ce dispositif international Covax.

Au 7 février, 1,9 million de personnes avaient reçu au moins une dose, soit 11% des 16 millions que compte la population cible à vacciner. À la fin 2022, le pays s'est fixé pour objectif d'atteindre 9 millions de personnes touchées. Mais "le rythme n'est pas suffisant", s'alarme le docteur Djariatou Sow Sall, spécialiste de la vaccination à l'Unicef, qui coordonne la logistique de Covax à Madagascar.

Pour l'Unicef, il faut "une accélération colossale" de la vaccination

"Si on veut atteindre la cible, il faut qu'on vaccine environ 750 000 personnes par mois, ce qui demande de gros efforts à fournir pour y arriver et une accélération colossale, être dix fois plus rapide" détaille-t-elle. "S'il faut vacciner 9 millions en 12 mois, si on continue sur le même rythme, on dira ce n'est pas réaliste". Elle pointe les difficultés logistiques rencontrées sur le terrain, notamment hors de la capitale, pour atteindre certains districts, qui ne peuvent être livrés que "par voie aérienne", dans un pays où de nombreuses routes nationales, non bitumées, sont régulièrement impraticables. 

Les centres de santé de base de chaque district doivent aussi disposer de réfrigérateur, ce qui est le cas de 73% d'entre eux, contre un peu plus de la moitié au début de la campagne vaccinale. "Le centre de santé de base qui n'a pas de réfrigérateur doit s'approvisionner très loin en vaccins", regrette-t-elle. 

La campagne vaccinale nationale doit aussi, selon elle, être déclinée à l'échelon local, au plus près des populations. "Il faut qu'il y ait plus d'engagement au niveau politique, au niveau des hautes, des hautes autorités, afin que les populations soient vaccinées" insiste Djariatou Sow Sall.