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Malgré une nette amélioration, 21% des poissons pêchés en France sont issus de la surexploitation

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Arrivée de marins pécheurs et leur bateau sur la criée d'Audierne (Finistère), ou ils déchargent leur pèche du jour, le 30 juin 2021.
Arrivée de marins pécheurs et leur bateau sur la criée d'Audierne (Finistère), ou ils déchargent leur pèche du jour, le 30 juin 2021.
© Maxppp - Vincent Voegtlin

Les populations de cabillauds de la mer du Nord s’effondrent. En revanche, la lotte, la coquille Saint-Jacques, le merlu de l'Atlantique, le merlan et l’églefin sont des espèces jugées en bon état dans les eaux françaises.

En 2021, 56 % des volumes de poissons pêchés en France sont issus de populations exploitées durablement, contre 15 % il y a 20 ans d'après l'Ifremer, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer. L'objectif européen d'une pêche complètement durable en 2020 est encore loin d'être atteint mais la situation s'est nettement améliorée ces dernières années. Selon le bilan de l'Ifremer, les populations de cabillaud dans la mer du Nord et en mer Celtique sont très critiques, mais le thon rouge en Méditerranée se porte beaucoup mieux.

État des populations exploitées en France métropolitaine en 2021 (part des débarquements en volume.
État des populations exploitées en France métropolitaine en 2021 (part des débarquements en volume.
- Ifremer

Plus d'inquiétude pour le merlu du golfe de Gascogne 

C’est une renaissance. Dans le golfe de Gascogne, le merlu n’apporte plus aucune inquiétude. Et pourtant_, "dans les années 90, on avait une situation catastrophique"_ explique Alain Biseau, biologiste et coordinateur des enquêtes halieutique à l'Ifremer. Dithyrambique, il parle de "vraies success stories". "Cela a conduit à une diminution très importante du quota, à la fermeture de certaines zones, pour diminuer des captures de petits merlus. On retrouve aujourd'hui des gros merlus" se réjouit l’expert. Parmi les espèces en bon état, le scientifique a énuméré la lotte, la coquille Saint-Jacques, le merlu de l'Atlantique, merlan et églefin. 

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Des exemples de populations de poissons classées selon leur état.
Des exemples de populations de poissons classées selon leur état.
- Ifremer

Le cabillaud de la mer du Nord dans un état critique

Cependant, 21% des poissons proviennent encore de populations surpêchées ou effondrées. L’Ifremer se désole de la "situation catastrophique" du cabillaud de la mer du Nord et de la mer Celtique. Ces poissons sont victimes de la surpêche et du réchauffement climatique. "Le cabillaud est une espèce d'eau froide et le réchauffement des eaux est très défavorable à son développement, ça explique la situation dramatique. La question que tout le monde se pose, nous scientifiques, et les pêcheurs : même si on arrête de pêcher le cabillaud en mer Celtique, est-ce qu'il reviendra un jour ?" 

Parmi les populations de poissons dans le rouge, Alain Biseau cite le merlu, en mer Méditerranée et la sardine dans le golfe de Gascogne. À cause de la surpêche, les stocks de poissons se sont effondrés par rapport à l’année dernière. Il n’existe pas de quota de pêche. Autre explication donnée par l’Ifrem, en prenant pour exemple les études menées en mer Méditerranée : "Les sardines sont de plus en plus petites. Elles ne trouvent pas les planctons nécessaires à sa croissance. On retrouve le même phénomène dans le golfe de Gascogne." 

Alain Biseau prend aussi l'exemple de la sole dans le golfe de Gascogne. "L'évaluation 2021 montre une (…) reproduction en très forte baisse (…) liée en partie à une légère surpêche mais surtout à l'environnement". "La petite sole se développe dans les estuaires, dans des milieux sensibles à des pollutions venues de la terre" et pouvant être également affectés par le débit des fleuves. 

Le thon rouge va mieux

En mer Méditerranée, le thon rouge est en voie de reconstitution, il n’y a plus d’inquiétude souligne l’Ifremer. "La surpêche a été maîtrisée" et les quotas "mieux respectés". "On peut remanger du thon rouge" lance Alain Biseau. Sa biomasse et sa population ont retrouvé des niveaux d’il y a 20 ou 30 ans. Aujourd’hui, le thon rouge représente un tiers des débarquements dans les ports. 

En mer Méditerranée, les populations de rougets barbets et de merlus s’effondrent. Les experts manquent de données sur les dorades et les poulpes, "presque les deux tiers des débarquements proviennent d'espèces pour lesquelles on n'a pas assez d'informations" affirme l’expert de l’Ifremer. En France, une cinquantaine d’espèces représente 95% du volume des poissons débarqués chaque année alors qu'il y a plus de 300 espèces pêchées.