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Masque FFP2 ou chirurgical ? Voici quand il faut préférer le premier, selon deux médecins

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Masque FFP2
Masque FFP2
© Getty

Le Haut Conseil de la Santé publique doit rendre sous peu un avis sur le port du masque FFP2 en population générale. France Inter a contacté deux spécialistes de la question : Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique et Thierry Lavigne médecin hygiéniste au CHU de Strasbourg.

La France traverse une cinquième vague de contaminations provoquées par le variant Omicron, devenu largement majoritaire dans l'Hexagone. Le Haut Conseil de la Santé publique doit rendre prochainement un avis sur la question du port généralisé du masque FFP2 par la population. Dans ce contexte, plusieurs pays voisins, comme l'Allemagne ou l'Autriche, ont déjà étendu le port du masque FFP2 à l'ensemble de la population. En France, des voix s'élèvent pour demander l'application de la même mesure. 

Depuis l'annonce de nouvelles mesures sanitaires, le 27 décembre, par le Premier ministre Jean Castex, le port du masque, déjà obligatoire dans les lieux accueillant du public, a été généralisé en centre-ville.

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France Inter s'est tourné vers deux spécialistes pour essayer de mieux comprendre les vertus comparées des masques FFP2 et chirurgicaux : Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique et Thierry Lavigne, médecin hygiéniste au CHU de Strasbourg, président du Conseil scientifique de la société française d'hygiène hospitalière. 

Quelle différence de protection entre masques FFP2 et chirurgicaux ? 

Le masque FFP2 est initialement conçu pour être utilisé dans le secteur médical et dans celui du bâtiment, pour protéger son porteur contre l'inhalation à la fois de gouttelettes et de particules en suspension dans l'air, comme l'explique l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et maladies professionnelles (INRS). 

Et c'est là tout son intérêt face à la propagation du coronavirus : il protège son porteur des sécrétions des autres, en plus de protéger les autres des postillons émis. Ce masque supposé être étanche, ne laisse quasiment rien passer : "il filtre 94 % de particules 0.6 micron, beaucoup plus petites que le masque chirurgical", précise Thierry Lavigne. Cependant attention : ces chiffres ne sont valables que lorsque le masque FFP2 est parfaitement porté, c'est-à-dire quand il est parfaitement adapté au visage. 

Le masque chirurgical, très connu du grand public depuis un an et demi, est plus facile à porter, car il est moins ajusté que le FFP2. Il est pensé pour être une barrière contre l'émission de particules. C'est-à-dire qu'il "protège les autres de nos sécrétions", explique Hélène Rossinot. Un masque chirurgical va stopper 98 % des particules de tailles 3 micron contenues dans nos postillons. En bref, il protège des particules nettement plus grosses que le FFP2. 

Faudrait-il favoriser le port du masque FFP2 dans les lieux clos ?  

"Tout à fait", répond Hélène Rossinot. La médecin spécialiste de santé publique cite notamment le cas de l'Allemagne, où le masque FFP2 est obligatoire dans les transports en commun, les commerces, et très utilisé dans les lieux clos. Si l'on doit porter un masque FFP2, estime Hélène Rossinot, "c_'est vraiment dans les lieux où l'aération est la plus difficile : donc clairement dans les transports en commun, les magasins, les écoles, l'hôpital et les entreprises, tous les endroits où il est difficile d'avoir une aération très régulière, plusieurs fois par heure_". 

Thierry Lavigne est moins catégorique : "il faut effectivement éviter ou limiter le stationnement dans des endroits qui sont très chargés en personnes et mal ventilés". Mais pour le médecin ce sont des endroits dangereux non pas parce que les gens ne portent que des masques chirurgicaux mais parce qu'ils ne les portent pas correctement. "Comme dans les cinémas où les gens mangeaient du pop corn alors qu'ils étaient les uns à côté des autres", souligne-t-il. Toute vente de boissons ou de confiseries est interdite dans les cinémas depuis le 3 janvier. 

Lequel est le plus adapté au grand public ?

Pour le président du Conseil scientifique de la Société française d'hygiène hospitalière, Thierry Lavigne, "un masque chirurgical bien porté apporte vraiment un niveau de protection important pour la population générale." Une position adoptée par de nombreux épidémiologistes qui jugent le masque FFP2 trop technique pour le grand public. "Ces masques sont réservés en priorité aux professionnels de santé ", rappelle par ailleurs la DGCCRF, sur son site internet. Il émet une exception pour les personnes immunodéprimées, pour qui la vaccination n'est pas efficace. Le port d'un FFP2 apporterait dans ce cas une barrière supplémentaire.  

De son côté Hélène Rossinot estime qu'il doit au moins être étendu à toutes les "personnes vulnérables : les personnes âgées et les personnes avec une maladie chronique". Et s'étonne d'ailleurs qu'il ne soit pas remboursé pour les plus fragiles. 

Est-ce que le FFP2 protège mieux face au variant Omicron ? 

"Omicron est plus contagieux, car il trouve plus facilement son chemin dans nos muqueuses et des récepteurs sur nos cellules, une plus petite exposition à ce variant peut permettre de transmettre la maladie", explique Hélène Rossinot_. "C'est pour ces raisons qu'on le dit plus contagieux, transmissible, mais les chemins pour arriver au patient sont les mêmes qu'avec les autres variants."_ 

Pour Thierry Lavigne, dans "une situation lambda quand l'air circule et qu'on n'est pas nez à nez avec un patient qui souffle, le masque chirurgical fonctionne très bien". Le médecin estime que, même face à la virulence du variant Omicron, le masque FFP2 ne doit être employé que lorsque que l'on est "fortement exposé". Selon lui, aucune étude scientifique ne prouve actuellement qu'il y a plus de raisons de porter aujourd'hui un masque FFP2 qu'avec les variants Delta ou Alpha. 

Le FFP2 est-il recommandé pour certaines professions ? 

"Il faudrait déjà que tous les soignants en portent !" assène Hélène Rossinot y compris les "personnels d'EHPAD, les soignants de ville, tout ceux qui prennent soin des autres". Les FFP2 sont pour le moment réservés aux professionnels de santé dans certains services (soins intensifs, services d'infectiologie,...) lors d'actes qui exposent les soignants au virus comme l'intubation des patients covidés ou les séances de kinésithérapie respiratoire. 

Et pour les enseignants ? 

Le 6 janvier le syndicat SNUIPP-FSU, contacté par l'AFP, affirmait que "les enseignants se fournissent eux-mêmes en masques. Parfois, des FFP2 pour être mieux protégés. En maternelle, on a des enseignants qui ont face à eux des enfants qui ne sont pas masqués, qui sont souvent malades et donc beaucoup d'enseignants de maternelle utilisent des masques FFP2." Jusqu'à présent, ces personnels avaient reçu de leur administration des masques en tissu. Le ministre de l'Éducation nationale avait évacué la possibilité de distribuer des masques FFP2 aux enseignants car "il est très difficile de faire cours avec". 

Pour Thierry Lavigne, la question est délicate. Tout dépend des situations : si la classe n'est pas bien ventilée, en maternelle où les enfants ne portent pas de masques, si parmi les élèves certains présentent des symptômes, effectivement le port du masque FFP2 peut être envisagé, mais "cela ne réglera pas tout". 

Encore faut-il être sûr que le masque sera bien porté, peu manipulé et que l'inconfort généré soit toléré par l'enseignant. Mais en classe de primaire, dès le CP, là où les enfants portent le masque en classe, le masque chirurgical convient tout à fait. 

Les syndicats demandent que des masques FFP2 soient distribués aux enseignants.
Les syndicats demandent que des masques FFP2 soient distribués aux enseignants.
© AFP - Romain Longieras / Hans Lucas

Comment bien porter un masque FFP2 ?

"Si on a un FFP2 et qu'on fait n'importe quoi par ailleurs, ça n'évite rien du tout", assène Thierry Lavigne. Hélène Rossinot ajoute : "Le FFP2 c'est un coup de main à prendre. Le meilleur moyen de vérifier que votre masque FFP2 est bien mis, c'est d'inspirer. Il doit se plaquer contre votre visage, sinon il faut changer la taille". Bec de canard, coque, bateau, il existe plusieurs types de masque FFP2 sur le marché. Une fois votre modèle trouvé, il s'agit d'appliquer correctement votre masque, comme indiqué par Hélène Rossinot sur la vidéo ci-dessous. 

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Enfin, les deux médecins rappellent que le seul port du masque, qu'il soit chirurgical ou FFP2, ne suffit pas. Pour une protection optimale, il faut maintenir les gestes barrières. La recrudescence des gastro-entérites ou bronchiolites, absentes l'hiver dernier, prouve que ces gestes tout aussi important pour lutter contre la circulation du virus ont été abandonnés par les Français. "Si on met que des masques et qu'on ne fait pas tout le reste, il y aura quand même des épidémies et le virus continuera à se transmettre", conclut Thierry Lavigne. 

Quand faut-il les changer ?

Le masque chirurgical se change toutes les quatre heures, ou quand il devient humide, comme l'indique l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et le Haut Conseil de la santé publique (HCSP). "Quand on marche en ville, qu'on a chaud et que ça fait de la buée, là il faut le changer car il est moins efficace", détaille Hélène Rossinot. 

Pour les masques FFP2, veuillez à vérifier la notice de votre lot : il peut y avoir des variations en fonction de la marque. Certains peuvent durer jusqu'à huit heures s'ils sont portés et manipulés correctement, huit heures restant l'extrême limite. Enfin, sachez que l'Agence nationale de sécurité sanitaire recommande d'éviter les masques au graphène. En effet, le graphène est utilisé pour ses propriétés antivirales dans plusieurs équipements médicaux dont trois références de masque FFP2. Or, les données manquent, on ne sait pas si les particules présentes dans ces masques sont potentiellement toxiques si elles sont ingérées.  

Le FFP2 coûte-t-il plus cher ?

Oui. En pharmacie, comptez 12 euros la boîte de vingt masques FFP2, contre 6.50 euros pour autant de masques chirurgicaux. Mais on peut le garder un peu plus longtemps qu'un masque chirurgical, qu'il faut changer toutes les quatre heures.