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Media training : comment les néo-candidats aux législatives se préparent à affronter médias et concurrents

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Les candidates Mélody Morille (Nupes), Mélanie Fortier (RN), et Gérard Vollory (RN), lors des débats sur France 3.
Les candidates Mélody Morille (Nupes), Mélanie Fortier (RN), et Gérard Vollory (RN), lors des débats sur France 3.
- Capture d'écran France 3

Des dizaines de candidats aux législatives font appel à des consultants en communication pour apprendre à parler dans les médias et à prendre la parole en public. Objectif : éviter à tout prix le faux pas et ainsi les railleries qui en résultent.

Ces dernières semaines, les internautes s’en sont délectés sur les réseaux sociaux : des candidats aux législatives novices, en train de perdre leurs moyens lors d’un débat télévisé, ou de faire de véritables "hors-sujet". Il y a eu cette candidate du Rassemblement national perdue sur le plateau de France 3 lançant "je n'ai vraiment pas compris la question", ou celle de l’alliance de la gauche Nupes rétorquant à une question posée : "Je ne suis pas économiste". Pour éviter la catastrophe, certains font appel à des professionnels de la communication. Ils suivent des séances de media training, révisent avec leur équipe de campagne et apprennent tout par cœur, tels des étudiants, pour ne surtout pas rester groggy face aux journalistes et aux briscards de la politique.

Apprendre à poser sa voix et respirer

Ces dernières semaines, Jean-Baptiste Giraud a vu défiler les candidats. Il en a formé jusqu’à 150, en face-à-face ou bien en groupe de 15 à 20 "élèves". "L’immense majorité ont besoin de reprendre confiance en eux, et de revenir sur les fondamentaux du bon sens et du naturel" explique ce journaliste. Il organise des media trainings depuis la fin des années 1990.

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Laurent Rossini, lui, préfère le tête-à-tête. Dans ses petits papiers, une centaine d’aspirants à l’Assemblée nationale. Il propose quatre séances de deux heures, avec une thématique différente : la gestuelle, la voix, l’articulation. "Car lors d’un débat, ça peut vite tourner au jeu de massacre" confie le fondateur de l’agence de communication Plebiscit. Lui et son équipe démarchent les candidats.

S’exprimer en public et répondre correctement aux questions des journalistes ne sont pas des dons naturels, dont bénéficieraient les politiques. "Ce sont des techniques à apprendre. La première chose, c'est la respiration" souligne Alexis-Olivier Sbriglio, ancien journaliste en Haute-Savoie désormais consultant en communication. "Le cerveau va beaucoup trop vite par rapport à ce qu’ils ont à expliquer pendant une interview. On essaie de prendre tous les éléments de langage et de simplifier les choses."

Alexis-Olivier Sbriglio considère qu’il faut au moins dix séances de travail pour voir la progression : des exercices face caméra, des interviews au téléphone. "On leur apprend à jouer avec la voix, à la moduler, à se calmer aussi" ajoute l’ancien journaliste. Il estime par ailleurs qu’il faut au moins deux mandats pour faire "un bon client média", "c’est-à-dire quelqu’un qui est capable de répondre à n’importe quelle sollicitation, qui est capable de trouver les bonnes punchlines". Il facture la journée de formation un millier d’euros, c'est un peu plus pour son ancien confrère Jean-Baptiste Giraud.

Quand le trac fait "perdre le fil des idées"

Chez les premiers concernés, on concède parfois un certain stress et du tract avant un débat. Vendredi, Aliénor Garcia Bosch de Morales, 28 ans, fera face aux six autres candidats de la troisième circonscription du Cher, lors d’un débat diffusé à la radio. "C’est très impressionnant" témoigne cette éleveuse de chevaux, qui a fait ses premiers pas en politique sous les couleurs de La France insoumise à l’automne dernier. "Le trac fait que cela donne de l’énergie pour y aller, et d’un autre côté, cela peut faire perdre le fil des idées."

Pour s'entrainer, elle n'a pourtant pas choisi le media training, mais le jeu de rôle avec son équipe de campagne. "On a pioché les arguments des uns et des autres, les choses qui pourraient être dites contre nous, et cherché les faiblesses des autres." Elle connaît quasiment toutes les mesures du programme LFI sur le bout des doigts : "C’est un sacré exercice, franchement j’adore. J’ai l’impression de retourner dans mes années d’études."

D’autres candidats novices sont parfois plus rôdés à la chose politique, comme Loïc Terrenes, 25 ans et candidat de la majorité dans la 2e circonscription du Rhône. Ton calme, la voix posée, un discours clair. Il nage dans la politique depuis qu’il a 16 ans. Il a conseillé Olivier Véran quand il était député, un ministre dont il a reçu quelques conseils pour s’exprimer en public. La formation est express : "Il m’a fallu deux à trois semaines pour m’habituer aux médias. La forme compte parfois autant que le fond, avec la question du regard et de la gestuelle."

Sujet-verbe-complément

Être candidat, c’est aussi répondre à toutes les questions, aborder toutes les thématiques, et les derniers faits d’actualité. Loïc Terrenes reconnaît qu’une campagne "est un exercice de stimulation intellectuelle très intense". "Dans une journée, on peut être amené à traiter six ou sept sujets totalement différents." La députée haut-savoyarde de La République en marche Véronique Riotton ne parle pas de "pression, mais une forme d’exaltation" au moment de prendre la parole.

En 2017, cette consultante en management avait appris cinq semaines avant le premier tour qu’elle serait candidate aux législatives. Et ses premiers pas furent parfois un peu hésitants, malgré les conseils prodigués par son équipe de campagne : "Ma prise de parole déroule ma pensée et parfois je suis longue à expliciter. Or avec les médias et devant un public, il faut être percutant et rapide : sujet-verbe-complément." Cinq ans après, Véronique Riotton se sent plus à l’aise. La candidate sortante a "sa ligne directrice" lors d’un discours : "Je veux expliquer comment on est utile et efficace quand on est député de la majorité".

Déjà des contacts pour les municipales

Les professionnels de la communication que nous avons interrogés s’accordent sur un point : tous les candidats commencent à se former trop tard. Ils sont contactés un mois voire deux semaines avant le scrutin ou un débat clef. "Il faut entre quatre et six mois pour commencer à être l’aise" estime Laurent Rossini, qui conseille également les candidats sur leur communication via les réseaux sociaux : quoi publier, comment, à quelle fréquence, avec quel format.

"Les prochains maires qui veulent se présenter en 2026, c’est maintenant qu’il faut commencer, pour trouver un style, une façon de s’exprimer différente" assure Alexis-Olivier. Il confie que certains potentiels candidats l’ont déjà contacté, "car la parole en public, c’est le dernier ascenseur social" à prendre, conclut l’ancien journaliste.