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Méthode, retraites, EDF : ce qu'il faut retenir du discours de politique générale d'Elisabeth Borne

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Elisabeth Borne durant son discours de politique générale à l'Assemblée Nationale ce mercredi 6 juillet.
Elisabeth Borne durant son discours de politique générale à l'Assemblée Nationale ce mercredi 6 juillet.
© AFP - BERTRAND GUAY

Recul de l'âge de la retraite, nationalisation d'EDF, déconjugalisation de l'allocation adulte-handicapé...Voici les grandes orientations du nouveau quinquennat, présentées par la Première ministre devant l'Assemblée Nationale.

La première ministre Elisabeth Borne a prononcé mercredi sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée Nationale, moment fondamental de la vie démocratique. Ce discours qui a commencé à 15h a été interrompu à plusieurs reprises par les huées de l’opposition ("hypocrite!", “c’est faux”), suivies des applaudissements du camp de la majorité. La présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a dû faire revenir le calme à plusieurs reprises. Voici ce qu'il faut retenir de cette prise de parole qui a duré une heure trente.

La méthode : elle bâtira des "majorités de projet"

En m’adressant à vous, c’est à la France que je parle”, a commencé la Première ministre. Mme Borne “mesure toute l’ampleur de la tâche" qui incombe au nouveau gouvernement : "les Français à protéger, la République à défendre, notre pays à rassembler et la planète à préserver."

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Elle évoque alors rapidement le "compromis" qui sera nécessaire pour faire passer des projets de lois, alors que LREM ne dispose que d'une majorité relative à l'Assemblée. "Je veux qu’ensemble nous redonnions un sens et une vertu" à ce mot, "depuis trop longtemps oublié dans notre vie politique." Elle poursuit : "Une nouvelle page commence, celle des majorités de projet (...) avec mon gouvernement, j’en serai l’infatigable bâtisseuse”.

"Nous ne sommes peut-être pas d'accord sur toutes les solutions. Mais nous avons toutes et tous conscience de l'urgence et de la nécessité d'agir", a-t-elle dit. "Les Français nous demandent de nous parler plus, de nous parler mieux, et de construire ensemble", a-t-elle insisté.

Une réforme des retraites "indispensable"

Contrairement à Emmanuel Macron lors de son allocution du 22 juin, la Première ministre a évoqué le sujet brûlant de la réforme des retraites, suspendue lors du dernier quinquennat. "La réforme des retraites n’est pas ficelée, elle n'est pas à prendre ou à laisser : elle est indispensable”, déclare la cheffe du gouvernement, après un moment de chahut dans l'Assemblée. "Oui nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps”, scande-t-elle, ajoutant que le système français fait figure d'"exception" en Europe. En revanche, celle-ci "ne sera pas uniforme et devra prendre en compte les carrières longues et la pénibilité".

Renationaliser EDF, une transition énergétique "par le nucléaire"

"Je vous confirme aujourd'hui l'intention de l'Etat de détenir 100% du capital d'EDF", a déclaré Elisabeth Borne. "Cette évolution permettra à EDF de renforcer sa capacité à mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensables pour notre avenir énergétique", a-t-elle expliqué. "La transition énergétique passe par le nucléaire", a-t-elle par ailleurs martelé, reprenant la position adoptée dès cet hiver par le président Emmanuel Macron.

Une loi d'orientation "énergie-climat"

Mme Borne a également annoncé le lancement d'une vaste concertation en vue d'une "loi d'orientation énergie-climat", afin de définir "filière par filière, territoire par territoire (…) des objectifs de réduction d’émission, des étapes et des moyens appropriés." "Les dirigeants des grandes entreprises doivent montrer l’exemple et leur rémunération dépendra de l’atteinte des objectifs environnementaux", a-t-elle ensuite lancé. "Nous serons la première grande nation écologique à sortir des énergies fossiles", a-t-elle promis.

Déconjugaliser l'Allocation Adulte-Handicapé

La première ministre a annoncé une "réforme de l’Allocation Adulte-Handicapé (AAH)" sur le " principe de la déconjugalisation". Souhaitant créer une société plus "inclusive", elle annonce une "conférence nationale du handicap", qui se tiendra début 2023. En France, 12 millions de Français sont en situation de handicap.

Recruter 50.000 infirmiers et aides-soignants d’ici 2027

Si le "Ségur de la Santé" a permis, "des revalorisations sans précédent des rémunérations et des moyens inédits pour notre hôpital", Elisabeth Borne insiste : "tout n’est pas réglé, loin de là." Elle a annoncé le recrutement de 50.000 infirmiers et aides-soignants d’ici à 2027. Ceux-ci auront vocation à combler des manques dans plusieurs secteurs. Les "déserts médicaux", pour lesquels "dès septembre, des concertations seront lancées" avec l'objectif de mieux coordonner l'offre de soins "entre la ville et l’hôpital, entre le public et le privé".

Pas de hausse d'impôt, suppression de la redevance

La première ministre a également annoncé que le gouvernent s'engageait à ne pas faire "de hausse d'impôt", et confirmé la suppression de la redevance audiovisuelle, avec l'engagement d'une réforme du financement de l'audiovisuel public.

Des mesures "concrètes et efficaces" sur le pouvoir d'achat

Sur le fond, la Première ministre a assuré que le projet de loi pour le pouvoir d'achat, qui sera présenté jeudi en Conseil des ministres, comporterait des mesures "concrètes, rapides, efficaces" contre l'inflation et pour aider "les plus vulnérables".

"Une aide pour la garde des enfants des familles monoparentales"

La Première ministre a annoncé que le pass culture pour les jeunes serait "étendu dès la 6e". Sur les thèmes de l'enfance et de la jeunesse, le gouvernement va également proposer "une aide pour la garde des enfants des familles monoparentales jusqu'à 12 ans", et la création d'un "véritable service public de la petite enfance, pour combler les 200.000 places manquantes." Le service nationale universel sera également maintenu.

Doubler le temps de présence des forces de l'ordre sur le terrain

Elisabeth Borne a ensuite évoqué l'insécurité. Elle annonce que le gouvernement proposera une "loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur" et la création de "200 nouvelles brigades de gendarmerie et 11 nouvelles unités de forces mobiles". Elle souhaite également "doubler le temps de présence des forces de l’ordre sur le terrain d’ici 2030, grâce à nos recrutements et en allégeant et modernisant nos procédures." Concernant les établissements pénitentiaires, une quarantaine devraient être livrés dans les prochaines années, soit 15.000 nouvelles places.

Elle ajoute enfin qu'elle souhaite, "en lien étroit avec les élus, les associations, les magistrats et les forces de l’ordre une action toujours plus résolue dans la lutte contre les violences sexuelles, sexistes, et la lutte contre les violences intrafamiliales". Ceci "pour que les victimes soient écoutées, protégées, accompagnées".

"L'heure n'est pas à nous compter mais à nous parler"

L’heure n’est pas à nous compter mais à nous parler", a conclu Elisabeth Borne. "La confiance ne se décrète pas a priori, elle se forgera texte après texte, projet après projet, car nous travaillerons en bonne foi et en bonne intelligence comme nous le demandent les Français", a-t-elle ajouté. Elle s'exprimera à 21h devant le Sénat. A l'inverse de nombre de ses prédécesseurs, elle ne se soumet pas à un vote de confiance.