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#MeToo, 5 ans après : de l'enquête du NY Times au tweet d'Alyssa Milano, les dix jours où tout a basculé

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Rose McGowan, Angelina Jolie, Rosanna Arquette, Emma de Caunes parmi les dizaines d'actrices victimes d'Harvey Weinstein.
Rose McGowan, Angelina Jolie, Rosanna Arquette, Emma de Caunes parmi les dizaines d'actrices victimes d'Harvey Weinstein.
- STAFF / AFP / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Le 5 octobre 2017, un article du New York Times mettant en cause le producteur Harvey Weinstein ébranle l'industrie du cinéma. Cinq jours plus tard, le New Yorker publie à son tour une enquête. Le 15 octobre, l'actrice Alyssa Milano publie un tweet qui donnera naissance au hashtag #MeToo.

Ce fut un point de bascule, dans la prise en compte de la parole des femmes et le traitement des violences sexistes et sexuelles. Le début aussi, d'une longue déflagration, aux répercussions multiples, à travers le monde. Il y a cinq ans, l'affaire Harvey Weinstein, du nom de ce producteur tout puissant d'Hollywood, éclatait aux États-Unis, avec la publication de deux enquêtes consécutives dans la presse américaine. Retour sur les dix jours où tout a basculé.

5 octobre 2017 : première déflagration avec un article du New York Times

Le jeudi 5 octobre 2017, deux journalistes du New York Times, Jodi Kantor et Megan Twohey, publient un article provoquant une déflagration dans le monde du cinéma. Son titre : "Pendant des dizaines d'années, Harvey Weinstein a payé des femmes qui l'accusaient de harcèlement sexuel pour qu'elles se taisent"

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L'article est très fouillé. Il en ressort que l'un des producteurs les plus puissants d'Hollywood, Harvey Weinstein, dirigeant des maisons de production Miramax et The Weinstein Company, est accusé par plusieurs actrices d'agressions sexuelles. Et qu'il a conclu au moins dix accords financiers avec ses victimes pour éviter toute poursuite.

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Harvey Weinstein, c'est l'homme qui a promu des centaines d'acteurs et d'actrices, le fondateur de Miramax puis de The Weinstein Company, l'homme de "Pulp Fiction", de "Gangs of New-York", de "Sexe, mensonges et vidéo", de "Will Hunting", ou encore de "Shakespeare in love" (Oscar du meilleur film en 1999). Il a révolutionné le cinéma indépendant à Hollywood dans les années 1990.

Harvey Weinstein, c'est aussi l'homme qui a poussé "The Artist" à Hollywood en le distribuant via sa société The Weinstein Company et qui a pesé de tout son poids pour qu'il soit oscarisé, via une campagne de communication redoutable. Autant dire que l'affaire fait grand bruit. Le retentissement est mondial.

En quelques jours, Harvey Weinstein, devient un magnat déchu, un homme décrit par de multiples témoins comme un harceleur et un violeur. Dans un premier temps, sa femme le soutient, niant toute possibilité d'acte déplacé de la part de son mari.

10 octobre 2017 : le New Yorker accumule les témoignages visant Harvey Weinstein

Les témoignages de stars affluent : après ceux de Ashley Judd et de Rose McGo­wan dans le New York Times, c'est au tour d'Asia Argento, Mira Sorvino, Rosanna Arquette, de s'exprimer dans le New Yorker. Cet article du New Yorker, lui aussi très détaillé, a été écrit cinq jours après celui du New York Times par Ronan Farrow, fils de Mia Farrow et de Woody Allen. On y découvre une multitude de témoignages, et un véritable mode opératoire : Weinstein en peignoir de bain dans une chambre d'hôtel qui sort de la douche, se déshabille et demande à la jeune actrice un massage.

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Certaines parviennent à s'enfuir, d'autres non. C'est le cas notamment d'Asia Argento qui affirme avoir été forcée à lui faire une fellation. La plupart du temps, Weinstein conclut ensuite des accords financiers avec les actrices pour acheter leur silence, et les menace de les blacklister à Hollywood si elles parlent.

Plusieurs de ses collaborateurs connaissaient la violence de prédateur de leur patron. Certaines assistantes ont même reconnu plus tard avoir laissé une jeune actrice seule dans le bureau avec lui, en toute connaissance de cause.

"Seize dirigeants et collaborateurs des productions Weinstein m'ont dit avoir été témoins ou avoir entendu parler d'avances sexuelles non consenties et de gestes déplacés sur le lieu de travail ou à des soirées en lien avec le travail", écrit Ronan Farrow dans l'article du New Yorker. "Ils ont tous décrit des rendez-vous professionnels servant de prétextes pour des avances sexuelles à l'encontre de jeunes actrices et de mannequins. Ils m'ont tous dit que cette attitude était largement connue au sein de Miramax et de The Weinstein Company", poursuit-il.

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Selon Ronan Farrow, Harvey Weinstein a fait appel à des détectives privés, anciens membres du Mossad, l'armée israélienne, pour espionner des journalistes (dont Ronan Farrow lui-même) qui s'intéressaient de trop près à son cas, et surveiller des actrices qui risquaient de le dénoncer.

15 octobre 2017 : "Si toi aussi tu as été harcelée ou agressée sexuellement, réponds à ce tweet en écrivant Me too"

Alyssa Milano, actrice célèbre dans les années 1980 pour son rôle dans "Madame est servie", puis dans les années 90 pour son rôle de Phoebe dans la série "Charmed", lance sur Twitter, le 15 octobre, soit 10 jours après l'article du New York Times qui a mis le feu aux poudres : "Si toi aussi tu as été harcelée ou agressée sexuellement, réponds à ce tweet en écrivant Me too". Viral, le tweet génère des dizaines de milliers de réponses et de partages.

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Cette affaire a très vite largement dépassé le seul cadre du cinéma américain. Partout, la parole des femmes se libère. Elles témoignent sous la bannière "MeToo". Le hashtag MeToo, lancé en 2006 par la militante afro-américaine Tarana Burke est relancé. Cinq ans après, il existe toujours, décliné dans de nombreux pays. Arrêté dès 2018, Harvey Weinstein, lui, a été condamné en 2020 à 23 ans de prison pour agressions sexuelles et viols. Sa femme, la styliste britannique Georgina Chapman l'a quitté dès le 10 octobre 2017, puis a déclaré : "J'ai le cœur brisé en pensant à toutes les femmes qui ont terriblement souffert de ces actions impardonnables".

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