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#MeToo : Quand Marilyn Monroe dénonçait les "loups" d'Hollywood

Par
Marilyn Monroe dans Niagara
Marilyn Monroe dans Niagara
© Maxppp

En plein coeur du Hollywood des années 1950, usine à rêve piloté par quelques "moguls", une femme a eu le cran, par deux fois, de raconter le harcèlement dont elle était victime. Dans un article, puis dans un livre, Marilyn parle des "loups" qu'elle a croisés. Une sorte de #MeToo avant l'heure.

En 1954, Marilyn a 28 ans et déjà une vingtaine de films à son actif. Fatiguée des ragots qu'elle lit a son sujet dans la presse à scandale, elle décide de dire sa vérité. Son agent Charles Feldman contacte l'écrivain et scénariste Ben Hecht, qui sera sa plume.

Dans un chapitre, elle parle des "loups" qu'elle croise à Hollywood et raconte quelques anecdotes.

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Elle mentionne notamment, alors qu'elle courait le cachet, cet homme qui lui avait donné rendez-vous dans les bureaux de la MGM ... un samedi après-midi : "Je ne savais pas alors que les producteurs et autres responsables du cinéma ne prenaient pas de rendez-vous le samedi après-midi. Je l'ai découvert plus tard. J'ai également découvert qu'il n'avait vraiment aucun lien avec le studio Goldwyn, mais avait emprunté le bureau d'un ami."

Le pseudo agent lui tend un scénario, l'invite a s'asseoir sur un divan et lui donne une scène à lire. A peine a-t-elle commencé : "Vous voulez bien relever votre jupe de quelques centimètres" demande-t-il. Marilyn s'exécute et poursuit sa lecture. "Un peu plus haut, je vous prie". Puis quelques minutes plus tard : "Encore plus haut". Et l'homme vient s'asseoir près d'elle sur le divan. Marilyn raconte : "Je demeurai un moment pétrifiée tandis que M. S. commençait à me tripoter. Puis je réagis enfin. Je lui expédiais mon poing dans l'oeil, me relevais d'un bond, lui lançais un coup de pied et lui écrasait les orteil avec mon talon, puis je sortis en courant de l'immeuble."

L'actrice confie que les mots de cet homme l'ont hanté longtemps : "Comme si j'avais entendu par sa bouche la véritable voix de Hollywood : 'Plus haut, plus haut, encore plus haut' !"

Au bout de quelques semaines Marilyn interrompt ces séances de travail avec Ben Hecht et remet le manuscrit existant à son ami et partenaire Milton Greene. Ce dernier a attendu 1974 pour faire publier ce texte. Confession intime a été publié à nouveau en France quelques mois avant la célébration du 50e anniversaire de la disparition de Marilyn.

Casting couch (Promotion canapé)

Ces "loups", elle les avait déjà évoqués dans un article paru un an plus tôt dans le magazine Motion Picture and Television. Un entretien au titre explicite : "Wolves I Have Known" ("Les loups que j'ai connus").

L'article de Florabel Muir dans "Motion Pictures and Television Magazine" - Photo publicitaire pour la sortie de "Niagara"
L'article de Florabel Muir dans "Motion Pictures and Television Magazine" - Photo publicitaire pour la sortie de "Niagara"
- Twentieth Century Fox

En janvier 1953, Marilyn n'est encore qu'une star montante, Niagara d’Henry Hathaway vient juste de sortir. Dans quelques mois, elle sera choisie pour partager l’affiche avec Jane Russell dans Les hommes préfèrent les blondes d'Howard Hawks. Elle a donc plus à perdre qu’à gagner en dénonçant le harcèlement dont sont victimes les femmes à Hollywood.

Dans cet article, elle décrit les différentes sortes de "loups" qu'elle a croisé (et croise encore). Mais elle ne donne pas les noms. Alors qu'ils sont parfaitement identifiés dans le livre de mémoires inachevé : "Certains sont sinistres, d'autres ne sont que des “Good Time Charlie” (affable, vif et divertissant), essayant d'obtenir quelque chose pour rien et d'autres en font un jeu."

Elle évoque aussi un autre type de loup, le paternel. L'homme dont il est question était un agent d'acteurs. Pour la protéger des prédateurs, il lui proposa de lui donner 50$ par semaine jusqu'à ce que sa carrière à peine naissante lui permette de subvenir à ses besoins. Marilyn accepta l'argent, mais comme un prêt, et signa des reconnaissances de dette. L'agent fit encadrer les deux premières et les afficha dans son bureau. Devant une Marilyn très contrariée il déclara avec un sourire évocateur : "I want all guys around town to know you belong to me" ("Je veux que tous les gars de la ville sachent que tu m'appartiens").

Dès qu'elle le put, Marilyn remboursa l'agent et dû menacer de voir un avocat pour pouvoir récupérer ses reconnaissances de dettes.

Faux producteur qui la convoque un samedi pour un essai, compositeur qui veut lui faire écouter, "en privé", ses dernières compositions, producteur qui l'invite à dîner chez lui en vantant les talents de sa cuisinière personnelle et tous les autres qui ont voulu la couvrir de cadeaux contre des faveurs sexuelles... la liste est longue.

Harry Lipton, son agent, à qui elle demandait : "Que puis-je dire à des hommes comme ça, Harry ?", répondit : "Tu apprendras".

Il avait raison. Ce qu'elle avait vécu n'était rien comparé à ce qui l'attendait, explique-t-elle : "Une fois que vous êtes assez bien établie en tant qu'actrice de cinéma, la chasse est ouverte. Les hommes qui m'ont abordée avant étaient de purs amateurs par rapport à ceux que j'ai rencontrés une fois que mon nom a commencé à apparaître au générique de films et dans les magazines."

Dans une interview qu'elle donna deux ans avant sa mort, Marilyn se souvenait de ses débuts et des sollicitations masculines : "C'était comme une partie du travail… et si vous n'y alliez pas, il y avait 25 filles qui le feraient." Elle reconnaissait elle aussi avoir cédé parfois : "Vous savez que lorsqu'un producteur appelle une actrice dans son bureau pour discuter d'un scénario, il n'a pas que ça en tête. J'ai couché avec des producteurs. Je serais une menteuse si je disais le contraire."

Mais elle ajoutait : "Qu'une fille survive parmi une meute de loups dépend entièrement d'elle. Si elle joue le jeu directement, elle peut généralement éviter des situations désagréables et elle gagne le respect, même des loups."

Marilyn a ainsi été l'une des premières grandes stars à dénoncer ce qu'on appelle désormais le harcèlement sexuel. Elle décrivait simplement cet environnement dans lequel les femmes n'étaient pas en sécurité et tout son propos était de dire que ce n'était pas des faits isolés mais que cela se produisait encore et encore.

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