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#MeTooThéâtre : lever de rideau sur les violences sexistes et sexuelles en coulisses

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Depuis le lancement du #MeTooThéâtre jeudi soir, les témoignages se sont multipliés sur Twitter.
Depuis le lancement du #MeTooThéâtre jeudi soir, les témoignages se sont multipliés sur Twitter.
© AFP - Ina Fassbender

Depuis le lancement du hashtag #MeTooThéâtre sur Twitter, des milliers de récits de violences sexistes et sexuelles ont été publiés sur le réseau social. France Inter a recueilli le témoignage de comédiennes et metteuses en scène.

Le hashtag #MeTooTheatre a été lancé jeudi soir sur Twitter avec un post de l'animatrice d'une chaine YouTube sur le théâtre, Marie Coquille-Chambel. Depuis, des milliers de témoignages de violences sexistes et sexuelles dans ce milieu ont fleuri sur le réseau social. Un compte Instagram a été créé pour recueillir ces récits.

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Marie Coquille-Chambel s'est réunie avec quatre autres femmes, comédiennes, metteuses en scène et autrices, jeudi soir, pour lancer ce mouvement de libération de la parole dans ce milieu. C'est à la suite de la publication de l’enquête de Libération sur le metteur en scène Michel Didym, qu'elles ont ressenti "une indignation collective qui devenait trop puissante pour qu’on ne fasse rien", explique Agathe, qui fait partie du groupe qui a lancé le hashtag.

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Dès l'école de théâtre

"De l'extérieur, c’est un métier qui a l’air très ouvert avec une grande attention portée aux sujets de société, mais en réalité c’est un milieu très dur et très violent à l’égard des femmes", poursuit Agathe, metteuse en scène. La trentenaire décrit un mécanisme qui se met en place dès l'école de théâtre : "On apprend aux jeunes étudiantes de 18 à 25 ans qu’une bonne comédienne doit toujours dit oui à tout, à se déshabiller, à faire des scènes de sexe ou à se mettre dans des positions dégradantes et humiliantes", décrit-elle.

Le tout, alors que, selon elle, la question du consentement n'est jamais abordée. "Ce qui fait qu’on assiste, au cours de répétitions ou de stages, à des scènes très explicites, pour lesquelles on n’a pas interrogé auparavant les comédiens sur ce qu’ils étaient prêts à faire ou pas", ajoute Agathe. La pression est grande, tant une jeune comédienne souhaite "être choisie par le metteur en scène, elle va tout donner quitte à se retrouver avec une main au cul et les seins à l’air".

Le corps de l'actrice appartient au metteur en scène.

"On nous dit qu’on doit être désirées par le metteur en scène. C’est un cliché qui nous colle à la peau, celui de l’actrice dont le corps appartient au metteur en scène, qui amène, au nom de l’art à des débordements et des traumatismes qui conduisent de nombreuses actrices à arrêter le théâtre", regrette Agathe.

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Cette sensation de devoir être objet de désir du metteur en scène, Agathe l'a notamment ressentie lors d'une stage professionnel, quand le metteur en scène lui lance : "Faites attention, vous les comédiennes d'aujourd'hui vous vous dénaturez. Alors qu'on vous écoute toujours mieux quand vous mettez en valeur vos arguments de femmes." Ou bien cette fois où un autre lui dit "que j’étais pas assez sexy pour que le personnage puisse avoir envie de m’agresser, dans une scène d’agression sexuelle".

Une "zone grise" dans le jeu

Éloïse* avait tout juste 18 ans lorsqu'elle a intégré une école de théâtre. Son professeur était "très tactile". Dans la salle, elle joue "une scène de proximité" avec une de ses partenaires. "À chaque fois, on espérait qu’il ne monterait pas sur le plateau", relate la jeune femme, "parce qu'au lieu de nous formuler des instructions à l'oral, il tenait à nous montrer les gestes. Il prenait la place de l'une d'entre nous, à quelques centimètres pour nous caresser l'épaule ou nous prendre par les hanches."

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C'est ainsi qu'elle s'est aperçue de la "frontière floue", de la "zone grise" qui peut s'instaurer lors des répétitions. "On ne se voit pas dire non, parce que sur le moment on s’interroge sur le fait que ça fasse partie du travail ou pas", assure-t-elle. Néanmoins, c'est quelques années plus tard "que je me suis aperçu que ce n'était pas moi, ni ma pudeur le problème, car je me sentais à l'aise en travaillant sur des scènes d'amour très proches avec un metteur en scène bienveillant qui respecte le cadre du travail", observe Éloïse_._

Face aux situations de comportements déplacés ou de violences sexuelles, difficile de prendre la parole, en particulier dans les conditions de précarité souvent induites par ce métier ou la "peur de décevoir". "Tout le monde a peur de parler par peur pour sa carrière, car c’est compliqué de gagner sa vie dans ce milieu", analyse Julie Ménard, metteuse en scène et comédienne.

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À 37 ans, elle a "l’impression de n'avoir fait qu'essayer d'adopter des stratégies d'évitement" de ses 20 à 25 ans, "parce que j’avais de la part de tous les hommes de pouvoir dans ce milieu des propositions explicites d’avoir une relation avec eux, avec l'idée implicite derrière que c'est en échange de bosser", explique l'autrice. Pourtant, dans le milieu, "ça se sait, on s'échange des histoires qui sont arrivées, des noms de metteurs en scène, de directeurs de théâtre ou de festival, dont on sait qu'ils ont des comportements déplacés, voire qu'ils sont auteurs d'agressions".

*Le prénom a été modifié