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Meurtre d'Arthur Noyer : un premier procès pour Nordahl Lelandais s'ouvre ce lundi à Chambéry

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Arthur Noyer (à gauche) a disparu le 11 avril 2017. Nordahl Lelandais (à droite) sera jugé à partir de lundi à Chambéry pour le meurtre du jeune homme.
Arthur Noyer (à gauche) a disparu le 11 avril 2017. Nordahl Lelandais (à droite) sera jugé à partir de lundi à Chambéry pour le meurtre du jeune homme.
- Famille / Capture d'écran Facebook

La cour d'assises de la Savoie examine à partir de ce lundi les circonstances du meurtre d'Arthur Noyer. Dans le box des accusés, Nordahl Lelandais, par ailleurs poursuivi pour avoir tué la petite Maëlys, a reconnu être à l'origine du décès du jeune caporal mais nie avoir voulu le tuer.

Le 11 avril 2017, Arthur Noyer est de sortie à Chambéry avec trois autres militaires du 13e bataillon de Chasseurs alpins. Le caporal passe la soirée dans plusieurs bars du centre-ville. Sur les enregistrements des images de vidéosurveillance, on le voit sortir du "RDC", une boîte du centre de la ville savoyarde, vers 2h30 du matin, puis marcher en titubant dans la rue de la République. Il sort ensuite du champ des caméras et ne réapparait plus. 

Pendant les premiers mois d’enquête, l’exploitation du bornage du téléphone portable d’Arthur Noyer permet d’établir le trajet qu’a effectué le jeune homme. En reprenant d’autres images de caméras de surveillance, les policiers repèrent un véhicule susceptible d’être celui dans lequel Arthur Noyer s’est déplacé. Mais impossible de lire l'immatriculation de cette Audi A3 grise qui a deux particularités : un éclairage défectueux de la plaque et un autocollant à gauche de la vitre arrière. 

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Les aveux a minima

Le 26 août, c’est la disparition de Maëlys lors d’un mariage au Pont-de-Beauvoisin, à moins de 40 km de Chambéry et, très vite, la mise en cause de Nordahl Lelandais qui aurait enlevé la fillette à bord de son Audi A3 grise. 

L’enquête sur la disparition d’Arthur Noyer fait un bond considérable : pendant trois mois, les gendarmes vont discrètement rassembler toutes les preuves de l’implication de Nordahl Lelandais et établir que ce même soir du 11 avril, Nordahl Lelandais est lui aussi de sortie à Chambéry, il dîne chez un ami avec qui il entretient régulièrement des relations sexuelles, puis contacte une femme qui refuse de passer la nuit avec lui. 

La vidéosurveillance le repère ensuite seul dans les rues de Chambéry, tantôt à pied, tantôt en voiture, "semblant observer les personnes", notent les enquêteurs. Placé en garde à vue le 18 décembre, Nordahl Lelandais nie toute implication. Acculé par les preuves, il finira par reconnaitre lors d’un troisième interrogatoire en mars 2018 être à l’origine du décès du jeune caporal, un décès accidentel explique-t-il, une "bagarre qui a mal tourné". 

Accident, meurtre ou assassinat ?

Que s’est-il passé dans le huis clos de cette Audi A3 ? C’est ce que les parents d’Arthur Noyer aimeraient apprendre de la bouche même de l’accusé lors de ce procès. Jusqu’à présent, Nordahl Lelandais a toujours décrit un Arthur Noyer agressif, qui lui a donné les premiers coups. Et c’est en se défendant qu’il a pris le dessus et donné la mort, sans le vouloir. 

Mais l’instruction a établi clairement qu’Arthur Noyer ne s’énervait jamais, qu’il avait ce soir-là l’alcool joyeux. Vraisemblablement a-t-il refusé des avances de Nordahl Lelandais et ce dernier, qui se dit lui-même impulsif et intolérant à la frustration, a-t-il réagi violemment. Le juge d’instruction a ainsi retenu la qualification de meurtre, mais a écarté la préméditation. Pourtant, pour les parents d’Arthur Noyer, il ne fait aucun doute que Nordahl Lelandais a repéré leur fils tout au long de la soirée avant de l’embarquer dans son véhicule, même si l’enquête a établi que Lelandais n’avait fréquenté aucun des établissements dans lesquels le caporal s’est rendu.

Pour tenter de répondre aux derniers mystères entourant la mort d’Arthur Noyer, la cour d’assises de la Savoie a convoqué une cinquantaine de témoins et experts. Et retenu sept ou huit journées de débats dans un palais de justice magnifique mais très peu adapté à ce type de procès dont les restrictions sanitaires compliqueront les audiences. Avec une capacité réduite de moitié, seules 70 places seront accessibles dans la salle des assises ainsi que dans une autre salle où le procès sera retransmis, dont une bonne moitié occupées par la quarantaine de médias accrédités. 

Nordahl Lelandais, tueur en série ?

Pour ce premier procès, Nordahl Lelandais risque une peine de 30 années de réclusion criminelle. Il sera ensuite jugé, sûrement au cours du premier semestre 2022, devant la cour d’assises de l’Isère pour l’enlèvement et le meurtre de Maëlys de Araujo. Nordahl Lelandais est également mis en examen pour les agressions sexuelles de trois de ses petites-cousines commises cette même année 2017. 

Son implication dans ces différentes affaires a posé la question de sa responsabilité dans d’autres dossiers criminels non résolus. En 2018, les gendarmes créent la cellule Ariane et ses sept enquêteurs vont reprendre pas moins de 900 dossiers en souffrance. Ils en garderont une quarantaine dans lesquelles des recherches s’avèrent nécessaires mais aucune n’a permis de mettre en cause Nordahl Lelandais à ce jour. 

Depuis octobre 2020, les recherches croisées entre des suspects de crimes en série et des affaires non élucidées se traitent désormais au niveau national au sein de la "Division Cold Case" de la gendarmerie nationale.