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Meurtre d'un docker havrais : dix suspects en garde à vue, sur fond de trafic de drogue

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Un porte-conteneur accoste au port du Havre, le 21 janvier 2021.
Un porte-conteneur accoste au port du Havre, le 21 janvier 2021.
© AFP - Sameer Al-Doumy

INFO FRANCE INTER - Dix hommes suspectés d'être impliqués dans la mort d'Allan Affagard en 2020 ont été interpellés et sont en garde à vue. Ce docker de 40 ans a été retrouvé mort le 12 juin 2020 sur le parking d'une école de Montivilliers, dans l'agglomération du Havre.

C'était une première. Un docker du Havre retrouvé mort après avoir été enlevé, séquestré puis frappé, en juin 2020. Allan Affagard avait 40 ans. Dix suspects ont été interpellés puis placés en garde à vue depuis mardi, sur fond de trafic de drogue. Ils sont déjà connus pour des faits de violence. Ils ont par exemple mené des opérations commandos pour intimider et enlever des dockers ou leurs proches. Mais ce ne sont pas des trafiquants de drogue d'envergure. Les enquêteurs pensent qu'il s'agit d'exécutants travaillant pour le compte de narcotrafiquants connus des services de lutte antidrogue.

Après le meurtre, les enquêteurs avaient rapidement su que ce docker, joueur amateur de rugby, athlétique, délégué CGT, avait été enlevé par trois hommes à l'issue d'une soirée en famille. D'après l'autopsie, la victime s'est défendue. Ses poings portent les traces d'une bagarre. Selon les informations de France Inter, les bourreaux d'Allan Affagard l’ont déposé inanimé, sur le parking d'une école de la banlieue havraise, et l'ont laissé pour mort. Quand son corps est découvert le lendemain matin par une riveraine, les premières constatations laissent à penser qu'il a pu être torturé, à l'image de ce qui se passe parfois en Colombie ou au Mexique. 

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En lien avec les trafics de cocaïne sur le port du Havre ?

Toujours selon nos informations, ce n'est pas l'ADN retrouvé sur les poings et le visage du docker qui ont permis d'identifier les auteurs présumés, mais le fait que certains des suspects étaient déjà surveillés par la section de recherche de la gendarmerie de Seine-Maritime. Une coopération entre services, des recoupements de téléphonie et des mois de surveillance ont donc permis le coup de filet depuis ce mardi 25 mai. C'est le parquet de la Juridiction Interrégionale Spécialisée (Jirs) qui est en charge du dossier.

La mort d'Allan Affagard avait provoqué une marche blanche des dockers et de leurs proches fin juin 2020 au Havre. Ils avaient dénoncé la pression des trafiquants de drogue sur les dockers et les agents, menacés, intimidés, pour qu'ils acceptent de faire sortir du port des tonnes de cocaïne. Depuis trois ans, on recense une vingtaine d'enlèvements et séquestrations dans la ville du premier port français. En revanche, très peu de dépôts de plaintes sont enregistrés par craintes de représailles. Depuis le début de l'année, il n'y a pas eu de signalement d'enlèvement en lien avec les trafics de cocaïne, mais une source proche du dossier évoque malgré tout plusieurs faits d'intimidation directe sur des dockers.

Des affaires de corruption en série

Sur les quelque 3000 employés dockers du port du Havre, plusieurs dizaines ont été mis en cause dans des affaires de drogue, certains déjà condamnés. Allan Affagard lui-même avait été soupçonné il y a trois ans pour son rôle présumé dans le déchargement d’une cargaison, surveillée depuis de longues semaines par différents services de renseignement, douaniers et policiers. Ce délégué syndical CGT sur le port havrais est alors mis en examen en 2018 et placé sous contrôle judiciaire. On lui reprochait entre autres d'avoir, lors de la livraison d'une cargaison, demandé à ses collègues de fermer les yeux au moment opportun. Il a toujours nié la moindre corruption. 

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que la victime a porté plainte quelques mois avant sa mort, pour des messages de menace reçus sur son téléphone portable. Des textos du type "on sait où tu habites", envoyés via une messagerie cryptée. Les trafiquants réclamaient un coup de main lors d’une livraison. Le docker avait été suivi, épié, surveillé durant un certain temps par une équipe de malfaiteurs, avant d’être kidnappé.

Lors d'un procès retentissant à Lille en 2019, huit dockers ont comparu pour leur participation dans le déchargement d’une cargaison de 337 kilos de cocaïne. Certains ont reconnu leur participation dans la logistique pour faire sortir discrètement la marchandise. Ils ont avoué avoir touché des sommes allant de 20 000 à 100 000 euros en fonction du service rendu, une "fourchette basse" précisait à l'époque une source proche du dossier. Personne n'a révélé le nom de commanditaire.

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