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Mieux protéger les enfants sur Internet : "Il faut en parler avec eux au moins une fois par semaine"

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En 2021, 82% des parents étaient préoccupés par l'usage d'Internet de leurs enfants, selon un sondage IFOP/Kaspersky.
En 2021, 82% des parents étaient préoccupés par l'usage d'Internet de leurs enfants, selon un sondage IFOP/Kaspersky.
© AFP - NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS

Le Safer Internet Day est une journée internationale, organisée depuis 2004 et portée par 14 pays européens. Elle vise à sensibiliser les jeunes, leurs parents et leurs éducateurs à de meilleures pratiques du numérique. En 2021, 30% des 8-18 ans ont été choqués par des contenus rencontrés involontairement sur Internet.

La 19ème édition du Safer Internet Day, journée mondiale pour un Internet plus sûr, a pour thème "Enfants connectés, tous concernés". Exposés de plus en plus jeunes aux réseaux sociaux, 20% des adolescents, du CE2 à la terminale, ont déjà été confrontés à une situation de cyberharcèlement, selon une enquête menée par la plateforme e-Enfance. Autre chiffre qui interpelle : 40% des enfants en primaire ont déjà un compte sur un réseau social en primaire, si l'on en croit une enquête YouGov relayée par Phonandroid. 

Quels sont les principaux risques pour eux ? Comment les protéger ? Analyse avec Corinne Henin, experte indépendante en cybersécurité qui intervient dans des classes de primaire, et Daniel Jasmin, fondateur de l'École des réseaux sociaux, qui créé des ressources pour favoriser le dialogue parents-enfants. 

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FRANCE INTER :  Quelles sont les principales menaces pour les jeunes sur Internet aujourd'hui ?

CORINNE HENIN : "J'en distingue quatre. Tout d'abord, les fake news et la manipulation des croyances. Les réseaux sociaux favorisent [dans votre flux] des contenus similaires à ceux que vous avez déjà "likés" ou partagés, pour que vous restiez sur la plateforme. Donc vous vous forgez une vision biaisée du monde. Il y a ensuite la manipulation du besoin de popularité des jeunes. Les collégiens ont besoin de cette popularité, et ils se prennent en photo tout le temps, parfois en oubliant qui ils sont. Cela peut aller jusqu'à la pédopornographie : ils se déshabillent de plus en plus, au fur et à mesure que les mentions "j'aime" tombent. Ensuite, viennent l'addiction et le temps d'écran [Un enfant entre 7 et 12 ans passe en moyenne 5h30 par jour devant un écran, ndlr]. Et enfin le cyberharcèlement."

Chez les jeunes, l'addiction à Internet est démultipliée

Ces menaces touchent aussi les adultes, pourquoi sont-elles plus prégnantes chez les jeunes ?

CORINNE HENIN : "Internet est plus dangereux pour les jeunes que pour les adultes, car l’addiction est démultipliée. Quand on reçoit un like, on a un shot de dopamine, et donc on va republier quelque chose pour avoir un nouveau like. Le gros problème, c'est aussi l'impulsivité. Internet est considéré par votre cerveau comme un espace à part entière. Si l'on croise quelqu'un dans la rue qu'on n'aime pas, notre surmoi nous empêche de lui faire un geste insultant. Sur internet, le surmoi n'existe pas." 

À quel âge faut-il en parler avec ses enfants ? 

DANIEL JASMIN : "Dès la primaire. On sent que la cible de début de dialogue est en CE2-CM1. Ca devient prégnant en CM2, car en 6ème les enfants s'équipent de smartphones. À 13 ans c'est beaucoup trop tard, car les enfants ont déjà six ans de vie numérique derrière eux, il faut alors déconstruire. Par ailleurs, la proximité des élèves avec leurs enseignants et leurs parents est beaucoup plus forte en primaire."

Quels conseils donneriez-vous aux parents ?  

DANIEL JASMIN : "Ma recommandation principale c'est d'en parler au moins une fois par semaine avec ses enfants. Il ne faut pas faire uniquement de la prévention, il faut s'intéresser, demander à l'enfant "qu'as-tu découvert de nouveau aujourd'hui ?" Le problème principal aujourd'hui, c'est qu'au-delà de prévenir, on ne s'intéresse même pas à ce que l'enfant fait sur Internet."

CORINNE HENIN : "Tout d'abord, il faut montrer l'exemple. Vous pouvez difficilement demander à votre enfant de ne pas utiliser son téléphone, si vous êtes tout le temps dessus. Ensuite, faire des choses ensemble sur Internet : si vous aimez jouer ou regarder des vidéos, partagez ces moments avec eux. Comme ça il auront l'habitude, et s'ils ont vu une vidéo choquante, verbaliser sera plus facile pour eux.

Ne pas résoudre le problème du harcèlement à la place de l'enfant. 

Il faut les considérer comme des personnes autonomes. À chaque fois que j'ai vu des comportements d'interdiction, j'ai vu des ados qui les [contournaient], qui utilisaient des messageries instantanées, ou allaient sur Internet en dehors de chez eux. Enfin, ne pas essayer de résoudre le problème du harcèlement à la place de l'enfant. Souvent, ça fait "pire que mieux". Si l'enfant se fait harceler sur un téléphone et que l'un de ses parents va voir le camarade harceleur à la sortie du collège, souvent ça recommencera, car l'enfant sera considéré comme faible. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à utiliser la grosse artillerie. Porter plainte ou s'adresser au médiateur de gendarmerie."

De nombreuses initiatives existent pour tenter d'accompagner les parents dans la "parentalité numérique". L'application FamiNum (disponible sur le site FamiNum.com) propose d'aider les parents à réduire le temps d'écran des enfants, en désamorçant les conflits qui y sont liés. Le site jeprotegemonenfant.gouv propose notamment des ressources pour protéger les jeunes du contenu pornographique. Enfin, l'association e-Enfance gère le 30.18, le numéro national pour les jeunes victimes de violences numérique (gratuit, anonyme et confidentiel, du lundi au samedi de 9h à 20h).