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Ministres battus ou mis en cause, portefeuilles manquants : les défis du remaniement

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Elisabeth Borne a rencontré les représentants des différents groupes parlementaires la semaine dernière
Elisabeth Borne a rencontré les représentants des différents groupes parlementaires la semaine dernière
© AFP - Xose Bouzas / Hans Lucas

Après avoir rencontré les représentants des groupes parlementaires, la Première ministre Élisabeth Borne a remis dès vendredi à Emmanuel Macron ses conclusions. Le nouveau gouvernement doit être annoncé en ce début de semaine. Mais sa formation ressemble à un casse-tête.

Ce sera pour ce lundi, ou ce mardi, selon toute probabilité : on devrait connaître la composition du nouveau gouvernement, deux semaines après les élections législatives qui ont vu La République en Marche perdre la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Dans le courant de la semaine dernière, la Première ministre Élisabeth Borne a ainsi reçu les chefs et cheffes de file des forces qui vont siéger à l’Assemblée, d’Aurore Bergé (Renaissance) à Mathilde Panot (LFI). Elle a ensuite, vendredi, rendu ses conclusions à Emmanuel Macron.

Des ministres "d’ouverture" ?

Pour le président de la République et la Première ministre, la composition de ce nouveau gouvernement est un exercice périlleux : si la nouvelle équipe ne sera pas à proprement parler une équipe "d'union nationale", on ne sait pas encore si des ministres venant d'autres bords politiques seront nommés. Emmanuel Macron avait écarté, dès le 25 juin, que le Rassemblement national ou la France Insoumise soient appelés. "Ces formations ne s’inscrivent pas comme des partis de gouvernement", avait-il expliqué. Une ligne rappelée dimanche par le député Renaissance Sylvain Maillard : "C’est une ligne claire : nous ne ferons pas de majorité avec le RN ou LFI".

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Ce dimanche sur France Inter, les députés LR et PCF Julien Dive et Fabien Roussel ont fait part respectivement de leur fin de non-recevoir quant à la possibilité que des députés de leur groupe intègrent le gouvernement. Seul Yannick Jadot a ouvert la porte à ce que des membres d’EELV intègrent le gouvernement. "Attention à ce pour quoi on vend son âme", a tempéré la députée Sandrine Rousseau.

En revanche, la majorité n’étant plus seulement La République en Marche mais la coalition Renaissance, constituée aussi du MoDem et du mouvement Horizons d’Edouard Philippe, ces formations devraient en toute logique trouver leur place dans le nouveau gouvernement.

Quatre départs à remplacer, des portefeuilles à pourvoir

La ligne était claire au moment de la nomination du premier gouvernement Borne : les députés qui se soumettraient au vote des Français pour les législatives et qui seraient battus devraient quitter leurs fonctions. C’est le cas de trois ministres, dont deux ont des portefeuilles majeurs : Amélie de Montchalin à la Transition écologique, Brigitte Bourguignon à la Santé, et Justine Bénin à la Mer. Trois ministres auxquelles il faut ajouter une quatrième : Yaël Braun-Pivet, élue présidente de l’Assemblée nationale.

Il faut par ailleurs rajouter un élément à l’équation : la parité. Les quatre ministres démissionnaires étant des femmes, il faut qu’Emmanuel Macron prenne en compte cet aspect pour maintenir la parité dans le nouveau gouvernement.

Par ailleurs, il reste plusieurs portefeuilles qui jusqu'à présent ne sont pas distribués : dans le premier gouvernement Borne, il n’y avait pas de ministre du Logement, ni du Transport, ni du Numérique. Autant de postes à pourvoir dans cette nouvelle mouture du gouvernement.

Les cas épineux Abad et Zacharopoulou

Deux autres ministres sont sur la sellette, visés par des accusations. Le premier - et celui pour qui la situation s’annonce la plus difficile, c’est Damien Abad. L’ex-LR est visé par plusieurs accusations de viol, dont une qui a donné lieu à une plainte, et à une enquête ouverte par le parquet de Paris. Son maintien au gouvernement semble de plus en plus difficile à tenir. Dimanche, Prisca Thevenot, députée Renaissance des Hauts-de-France et porte-parole du mouvement, a estimé que Damien Abad devait avoir le temps de "se consacrer pleinement à sa défense". Son ancien collègue chez LR, Julien Dive, a considéré sur France Inter que sa situation n'était tenable "ni pour lui, ni pour le gouvernement" et s'est inquiété pour la façon dont il serait reçu par l'opposition sur le banc des ministres à l'Assemblée.

L’autre personnalité en difficulté est Chrysoula Zacharopoulou, secrétaire d’État chargée du Développement et de la Francophonie. La secrétaire d’Etat, gynécologue de profession, est visée par trois plaintes dont deux pour viol. Elle rejette ces accusations qu’elle considère "inacceptables et révoltantes" et assure qu’il était question "d’examens cliniques médicaux réalisés afin de diagnostiquer et de soigner la maladie de [ses] patientes", en l’occurrence l’endométriose. D’autres anciennes patientes ont dénoncé des faits de violences gynécologiques.

Y aura-t-il un vote de confiance ?

Reste une question sans réponse : alors que le gouvernement doit être nommé en tout début de semaine, mercredi, Élisabeth Borne présentera mercredi son discours de politique générale devant la nouvelle Assemblée nationale. Mais elle n'a pas encore indiqué si elle s'en remettrait à un vote de confiance de l'Assemblée nationale, qui est, comme l'a rappelé samedi la ministre Agnès Pannier-Runacher, "une tradition mais pas une obligation".

La situation est compliquée dans tous les cas : si la Première ministre se soumet au vote de l’hémicycle, elle risque de ne pas obtenir la majorité - le RN pourra faire pencher la balance selon qu’il vote contre ou qu’il s’abstienne. En revanche, si elle ne propose pas de vote de confiance, l’alliance de gauche Nupes a d’ores et déjà fait savoir qu’elle déposera une motion de censure contre Élisabeth Borne.