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Mirion Malle, autrice BD d'"Adieu triste amour" : "Il y a du politique dans la banalité du quotidien"

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Détail de la couverture d'Adieu triste amour de Mirion Malle
Détail de la couverture d'Adieu triste amour de Mirion Malle
- La ville brûle

Qu'est-ce qui nous fait nous assumer ? Après avoir traité de la dépression dans "C'est comme ça que je disparais", l'artiste féministe ("Commando culotte", "La ligue des super féministe") publie l'histoire d'une séparation, et d'un tournant vers une nouvelle orientation sexuelle.

Cléo, dessinatrice française, vit au Québec avec Charles Mercier. Un jour, par hasard, elle découvre des éléments du passé du garçon qui la font douter de sa relation avec lui… On suit cette jeune autrice dans les difficultés de son milieu professionnel, et dans son cheminement intime qui la conduisent à rejoindre une communauté de femmes lesbiennes.

Au départ de la BD, le mythe d'Orphée et Eurydice inversé

Marion Malle : "Au départ, je voulais écrire une adaptation d'Orphée et Eurydice où ce serait la fille qui décidait de s'en aller. Je voulais un livre en deux parties : la première consacrée à une relation qui se délite, et la seconde, plus douce, sur une communauté de femmes. Les groupes m'intéressent. Il peut s'y jouer beaucoup de choses, ce peut être assez dynamique, et gai. Dans certains, des personnes privilégiées peuvent abuser de leur avantage, dans d'autres, c'est l'inertie qui règne. Et dans le même temps, je voulais valoriser la solitude, et la guérison."

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Une BD écrite sans scénario

"J'ai souvent une idée de départ. J'essaie d'esquisser des personnages. Je leur donne une personnalité, une façon de parler. Ensuite, je ressors mon carnet, et les petites notes de mon téléphone où j'ai enregistré des phrases très courtes.

Puis, la majorité de mon travail d'écriture s'effectue quand je dessine mon story board. J'écris en même temps que je découpe ma BD. Je ne fais pas de scénario en amont.

J'écris en intégrant le dessin, la composition des pages, que je mets en vis-à-vis, le rythme des pages à tourner… Je tiens compte de comment l'œil va se déplacer. Je fais attention : la BD n'est pas du texte illustré. C'est un dessin et un texte qui s'organisent pour raconter une histoire. Mais l'organisation reste fluide. Je peux changer de scènes, m'éloigner de mon idée de départ... C'est comme un puzzle. J'adore ça." !

Détail d'une planche d'"Adieu triste amour" de Mirion Malle
Détail d'une planche d'"Adieu triste amour" de Mirion Malle
- La ville brûle

Une fiction qui évoque ce qu'elle connait

"Toute œuvre est marquée par la personnalité de son auteur. Mais Adieu triste amour est une fiction dans laquelle je parle de ce que je connais. Je travaille beaucoup à partir d'observations de mon entourage. J'évoque le milieu de la BD parce qu'on en parle peu.

Mes BD n'ont pas besoin d'être réalistes, mais vraisemblables.

J'aime bien les histoires très quotidiennes, assez banales. Il y a un aspect très politique aussi dans le banal, et c'est ce que j'essaie d'explorer."

L'homosexualité

"On m'a dit que ce livre risquait de bousculer les hommes. Mais j'ai été plus rude dans Les guerrières ! J'essaie juste de montrer cette espèce de nullité banale de certaines relations de couples, et de certains hommes. J'avais surtout envie de parler de la communauté lesbienne.

On ne nous voit jamais, et si on parle de nous, ce n'est jamais positif : homophobie, agressions sexuelles... Les homosexuelles sont toujours en train de mourir dans les séries…

C'est pour cela que je voulais qu'elles soient montrées de façon positive, et douce. On a le droit d'avoir un imaginaire propre ! Ensuite,= se pose la question de la réception de ces œuvres. Sous un article sur ma BD, j'ai pu voir la violence des commentaires !"

Je ne voulais pas raconter une histoire sur la sortie de l'hétérosexualité, mais sur une relation désagréable. Cléo est féministe, elle aime son compagnon, mais elle se rend compte qu'il y a des choses qui clochent. Elle cherche ensuite à trouver sa place, et va être charmée par une autre dynamique. Dans la deuxième partie, elle se trouve. C'est un parcours parmi d'autres. Mais je ne pense pas que l'homosexualité soit innée."

Détail d'une planche d'"Adieu triste amour" de Mirion Malle
Détail d'une planche d'"Adieu triste amour" de Mirion Malle
- La ville brûle

Il y a encore beaucoup à faire en matière de féminisme

"Je suis assez pessimiste. Après #Metoo, les relations entre femmes se sont améliorées. La parole circule mieux, les choses changent un peu. J'ai 29 ans, quand j'étais jeune et que j'évoquais le harcèlement de rue, on sentait qu'il fallait être flattée par ces agissements.

Aujourd'hui, les ados sont énervées. Elles trouvent ça violent. Et elles le disent.

Quand une femme est harcelée, elle a peur. Malheureusement, l'inertie est très forte chez les hommes. Et le harcèlement est une question de pouvoir. On parle des personnes connues, Hervey Weinstein ou Bill Cosby qui ont été condamnés... Mais d'autres ne sont pas inquiétés. En fait très peu d'accusations mènent à des condamnations malgré des preuves multiples.

Les personnes adorent crier aux fausses accusations. On est bien loin de croire les femmes.

Les hommes devraient être moins frileux et suivre le mouvement féministe, pour nous prouver qu'ils évoluent. Je ne demande que ça."

Le milieu de la BD n'est pas épargné

"J'ai commencé par des études de lettres, puis de théâtre avant de m'orienter vers la BD. J'ai commencé à fréquenter les festivals, et quand j'y pense, c'était comme jeter une agnelle au milieu de prédateurs.

On se faisait toucher les fesses, et on subissait des commentaires très désobligeants.

Avec certains auteurs, nous ne sommes pas collègues, je suis une pièce de viande !"

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