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Moins stressants et moins coûteux, les concours à distance des grandes écoles font le plein

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L'entrée de Sciences Po Paris, dans le 6e arrondissement
L'entrée de Sciences Po Paris, dans le 6e arrondissement
© AFP - Daniel THIERRY / Photononstop

C'est une conséquence inattendue de l'épidémie de Covid-19 : de plus en plus d'écoles ont dû faire passer leurs concours d'entrée à distance... Et ont donc vu leur nombre de candidatures exploser cette année.

Passer des concours aux quatre coins de la France, payer des frais de transports, des nuits d'hôtel... Tout cela coûte très cher et peut dissuader des candidats. Se retrouver physiquement face à un jury peut également intimider. En raison de la crise sanitaire ou par choix, de plus en plus d'écoles organisent leurs épreuves d'admission totalement à distance et cela change tout. Ces établissements constatent logiquement une hausse des candidatures. 

C'est le cas par exemple à l'Ijba (l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine), où la crise sanitaire a imposé ce mode de sélection à distance, selon Arnaud Schwartz le directeur : "Nous n'avons pas voulu nous trouver dans la situation de l'an dernier où nous avons dû changer nos plans en urgence. Alors que nous avions prévu un concours en présentiel, nous avons dû l'organiser en totalité à distance. Cette année, la situation sanitaire, au moment où nous avons dû prendre la décision, était encore très instable et incertaine donc nous avons préféré travailler sur quelque chose de sûr et maintenir cette année encore un concours intégralement en distanciel."

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Résultat, l'Institut de journalisme constate une hausse de 30% des candidatures. "Nous avons généralement entre 800 et 950 candidats", poursuit le directeur. "Et cette année, nous en avons eu plus de 1100. Je pense qu'un certain nombre de candidats ont tenté leur chance en ayant conscience que, naturellement, avec un concours en distanciel, il y avait beaucoup moins de frais de déplacement, d'hébergement, de transport à engager pour passer notre concours. Cela a pu libérer un certain nombre de candidats qui peut-être n'auraient pas osé, parce qu'ils se trouvaient loin ou qu'ils n'avaient pas forcément les moyens de se déplacer pour venir passer nos épreuves, avec le risque de ne pas réussir. Je pense que ça a été un réel levier pour ces candidats qui peut-être en temps normal ne se serait pas sentis suffisamment sûrs d'eux-mêmes pour tenter le coup donc c'est plutôt bien !"

Arnaud Schwartz, le directeur de l'Ijba se réjouit de cet effet positif inattendu sur la diversité géographique et sociale des candidats, même si son école, qui est publique, était déjà très attentive à l'accueil de profils variés.

"Davantage de profils"

Même effet à Sciences Po Paris, où le principe d'une nouvelle procédure d'admission 100% à distance avait été décidé pourtant bien avant la crise sanitaire. "Nous avons reçu plus de 15 000 candidatures françaises pour les formations de Sciences-Po, cela représente à peu près le double de nos candidatures l'année précédente", explique Gabriela Crouzet, la directrice des admissions. "Nous pensons que c'est dû d'une part à la visibilité de l'offre de Sciences-Po dans la plateforme nationale Parcoursup, puisque nous l'avons intégrée cette année. Avant, tous les lycéens ne connaissaient pas nécessairement Sciences Po et je pense que la plateforme nationale procure à l'ensemble des établissements français d'enseignement supérieur une réelle visibilité dans tous les territoires. D'autre part, un regain de candidatures peut être lié à notre réforme des modalités de sélection, avec la suppression des épreuves sur table et une procédure qui se déroule intégralement à distance : un dossier de candidature constitué de 3 éléments et un oral que l'on a souhaité conserver mais à distance."

L'objectif était clairement de favoriser la diversité et ne plus avoir un profil-type de candidat, comme le confirme Gabriela Crouzet : "C'était l'idée de se rendre plus accessible pour l'ensemble de nos candidats. Je précise que nous avons travaillé pendant quasiment 3 ans sur sur cette réforme, on s'est appuyé sur des études sociologiques approfondies consacrées au profil et au parcours de ces élèves. L'idée était vraiment de  réfléchir à des modalités de sélection qui permettent non seulement de continuer à être exigeants au niveau de l'excellence des candidatures mais aussi de nous ouvrir à davantage de profils, davantage de parcours sur tout le territoire français et donc ces modalités à distance nous semblaient être dans cette ligne d'ouverture et d'accessibilité. Il faudra faire un bilan plus fin mais le nombre de candidats nous laisse penser que nous avons une importante diversité."

"Équité entre les candidats"

Il y a sans doute moins d'auto-censure chez les candidats, moins de contraintes également. "Évidemment, quand on ne déplace pas les candidats pour leurs épreuves sur table, ni pour leur épreuve orale, cela permet de réduire d'importantes contraintes à la fois logistiques, budgétaires et financières pour les familles", admet Gabriela Crouzet.

Sans oublier le stress en moins. Se déplacer à Paris, dans des lieux prestigieux, peut aussi déstabiliser les candidats alors qu'avec un oral à distance, "les élèves sont chez eux", ajoute la directrice des admissions. "Nous constatons que leur stress, l'appréhension de la rencontre avec l'institution sont réduits parce que les lycéens choisissent le lieu dans lequel ils vont passer l'oral pour Sciences Po, ils sont à l'aise et  nous avons des échanges extrêmement intéressants avec eux. Les commissions des examinateurs nous font un retour très positif sur cette expérience à distance."

Vincent Casanova, professeur d'histoire-géographie, vient de faire passer les oraux d'admission par écran interposé : "De manière un peu inattendue, j'ai trouvé que les candidats était moins stressés, c'était peut-être plus simple pour eux et pour le jury aussi. J'ai trouvé qu'il y avait une forme de fluidité. Ils ont pu choisir l'endroit où ils passaient l'oral. Il y avait un certain confort. Je crois que la plupart du temps, ils étaient chez eux, dans un salon ou dans une chambre, installés derrière un écran d'ordinateur, assis tranquillement, dans un environnement qu'ils connaissaient en tout cas."

Ce membre des jurys d'admission de Sciences Po a constaté qu'il y avait "des élèves de la France entière, de milieu rural, de grandes villes, de petites villes... Je n'ai pas vu de profil type en termes géographiques. Cela correspond à l'objectif d'ouvrir le plus possible  l'accès de Sciences Po, et en tout cas, moi j'ai vraiment vu des candidats et des candidates qui venaient de partout en France."

Selon lui, il y a là un outil qui ne doit pas être négligé à l'avenir, "qui permet d'assurer une sorte d'équité entre les candidats". Les grandes écoles, qui tentent depuis plusieurs années de favoriser la mixité dans leurs amphis, ont peut-être trouvé l'une des clés pour y parvenir.