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"Montjoie, Saint-Denis" : un slogan derrière lequel se cache la "nébuleuse royaliste"

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 Militant royaliste sur les Champs Elysées lors de la manifestation des gilets jaunes à Paris, à l'automne 2018.
Militant royaliste sur les Champs Elysées lors de la manifestation des gilets jaunes à Paris, à l'automne 2018.
© AFP - Hans Lucas / Yann Castanier

Cri guerrier des armées royales, "le 'Montjoie Saint-Denis' a surtout été utilisé par l'Action française" ces dernières années, explique Paul Chopelin, chercheur à l'Université de Lyon. Mais il est aussi utilisé "dans une récupération d'un Moyen-Âge fantasmatique (...) en opposition à un monde moderne jugé décadent."

"Montjoie Saint-Denis, à bas la macronie", a lancé l'homme qui a giflé le chef de l'Etat mardi. Une expression qui se réfère à un cri de guerre des armées royales au Moyen Âge, devenu un slogan de ralliement royaliste, mais qui s'est aussi inscrite dans la culture populaire à travers un film, "Les Visiteurs" de Jean-Marie Poiré. L'agresseur d'Emmanuel Macron avait-il ces références historiques ou politiques à l'esprit en prononçant ces mots ? Décryptage avec l'historien, Paul Chopelin, enseignant-chercheur à l'Université de Lyon et maître de conférence en histoire moderne, spécialiste de la Révolution française, de la politique et des religions.  

FRANCE INTER : Que signifie cette expression "Montjoie Saint-Denis" ?

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PAUL CHOPELIN : "À l'origine, c'était un cri de guerre des rois capétiens au Moyen-Âge. C'est devenu ensuite l'une des devises de la monarchie au 19ème siècle, quand la Restauration et surtout la monarchie de Juillet reviennent sur les origines médiévales, on reprend cet ancien cri de guerre. Il a été également utilisé plus tard au 20ème siècle, par les mouvements royalistes. C'est lié à l'apparition du royalisme, à partir de la Révolution. Et donc, le 'Montjoie Saint-Denis' fait partie des cris de ralliement des royalistes français." 

Que cache cette formule, sur le plan politique ?

"Il est encore difficile de savoir quelle est la motivation exacte de l'individu qui a crié Montjoie mardi. Il y a quand même un profil qui se tisse, qui se dessine. Ces dernières années, le 'Montjoie Saint-Denis', c'était surtout l'Action française, la partie la plus radicale, la droite-extrême du royalisme qui l'utilisait. Je ne sais pas si le jeune homme d'hier était membre de l'Action française. 

Mais ce que l'on sait, c'est qu'il était impliqué dans des reconstitutions 'médiévalisantes'. Et donc, ça peut être aussi, tout simplement, dans le contexte actuel de crispation sur le passé (chacun va avoir récupéré dans le passé des éléments identitaires), une récupération d'un Moyen-Âge un peu fantasmatique pour défendre une opposition à la politique d'Emmanuel Macron et justifier un acte violent. Un Moyen-Âge fantasmé qui sert à alimenter une espèce d'identité historique en opposition à un monde moderne jugé décadent."

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Que représente aujourd'hui le royalisme en France ?

"Le royalisme, depuis l'après-guerre et surtout les années 60-70 et extrêmement morcelé, groupusculaire. Depuis le développement d'Internet, vous avez des individus qui font leur marché idéologique. Donc, aujourd'hui, c'est une espèce de nébuleuse avec des organisations, des associations qu'on repère mais aussi de multiples groupes et individus. Donc, c'est pour ça qu'il faut être prudent sur les deux personnes qui ont été arrêtées pour savoir dans quelle mouvance elles se situent. Parce que souvent, ils sont au croisement de différents milieux. Aujourd'hui, l'Action française est un mouvement qui, numériquement, reste assez faible, mais qui cherche à se faire entendre dans l'espace public. Ça passe par des collages, des affiches, mais aussi des interventions intempestives, des provocations. Et donc des cris, des mots d'ordre, pour marquer les esprits."