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Mort de George Floyd : ce qu'il faut retenir des premières auditions au procès de Derek Chauvin

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 Donald Williams, 33 ans, est l'un des témoins entendus par le tribunal de Minneapolis cette semaine
Donald Williams, 33 ans, est l'un des témoins entendus par le tribunal de Minneapolis cette semaine
© AFP - Pool via court TV

Un gradé qui parle d'un usage "injustifié" de la force, un autre qui estime que Derek Chauvin n'aurait jamais dû rester aussi longtemps agenouillé sur George Floyd, une secouriste empêchée de pratiquer un massage cardiaque… cette semaine de procès a été accablante pour le policier américain accusé de meurtre.

La semaine aura été éprouvante, pour les douze jurés du procès de Derek Chauvin. Depuis lundi dernier, les témoins se sont succédés à la barre, apportant chacun leur pièce du puzzle afin de reconstituer les circonstances de la mort de George Floyd. Le 25 mai dernier, cet homme noir de 46 ans décédait lors de son interpellation, à Minneapolis. La vidéo du policier, blanc, resté agenouillé pendant près de neuf minutes sur le cou de Floyd menotté, avait fait le tour du monde et provoqué d'importantes manifestations à travers le monde pour dénoncer le racisme et les violences policières.

Plus de dix mois plus tard, Derek Chauvin comparaît, libre, devant la justice américaine. Les premières auditions, cette semaine, ont été accablantes pour le policier qui encourt 40 ans de prison. Voici ce qu'on pouvait en retenir. 

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Un vétéran de la police parle d'une force "injustifiée"

Policier depuis 30 ans, Richard Zimmerman dirige l'unité des homicides à Minneapolis. Devant le tribunal, vendredi 2 avril, il a estimé que l'usage de la force déployé à l'encontre de George Floyd était "injustifié", "absolument pas nécessaire". "S'agenouiller sur le cou de quelqu'un peut le tuer", a asséné d'un ton calme le gradé aux cheveux blancs, affirmant que ce point est abordé lors de la formation des policiers. "Je ne vois pas pourquoi les agents se sont sentis en danger", a-t-il poursuivi, rappelant que, face à une personne menottée, le risque d'être blessé diminue fortement. 

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La contrainte physique exercée sur Floyd n'aurait pas dû durer aussi longtemps, selon le supérieur de Derek Chauvin

Le tribunal a également entendu jeudi le supérieur hiérarchique de Derek Chauvin. David Pleoger a été interrogé sur le protocole encadrant l'usage de la force par les policiers. En effet, pour ses avocats, l'accusé n'a fait que suivre les règles, et réagi de façon proportionnée au cours d'une interpellation musclée. Mais David Pleoger a livré une toute autre lecture des faits. "À partir du moment où M. Floyd ne présentait plus de résistance, les agents auraient pu arrêter de le maintenir", a déclaré l'officier de police. 

"Dès que quelqu'un essayait de s'approcher, les policiers l'écartaient"

Parmi les témoignages particulièrement forts de cette semaine, celui de Darnella Frazier. C'est cette jeune fille noire de 17 ans qui a posté sur les réseaux sociaux les images de l'interpellation. Ce 25 mai 2020 à Minneapolis, elle faisait une course quand elle a vu un homme noir au sol, un policier agenouillé sur lui. George Floyd était "terrifié, il plaidait pour sa vie, il souffrait", se souvient Darnella, évoquant "le regard froid, sans cœur" de Derek Chauvin. Des passants ont tenté de voler au secours du quadragénaire. Mais "dès que quelqu'un essayait de s'approcher", les policiers l'écartaient, déclare-t-elle. 

"Certaines nuits, je reste éveillée et je m'excuse auprès de George Floyd de ne pas avoir fait plus, de ne pas m'être interposée, de ne pas avoir l'avoir sauvé".  

Une secouriste qui n'a pas pu pratiquer de massage cardiaque

Essuyant ses larmes, Genevieve Hansen, pompier de formation, a raconté comment, alors qu'elle se promenait, elle s'était retrouvée sur place au moment de l'arrestation de George Floyd. Malgré ses demandes insistantes et répétées, les policiers ont refusé qu'elle lui porte secours en lui pratiquant un massage cardiaque. "On lui a dénié ce droit", a-t-elle déclaré, bouleversée.

"J'ai pensé être le témoin d'un meurtre"

En voyant Derek Chauvin maintenir George Floyd au sol, Don Williams, 33 ans, expert en arts martiaux, a expliqué mardi avoir immédiatement pensé que le policier était en train de faire "une prise d'étranglement sanguin", technique qui permet de maitriser un adversaire en coupant l'afflux de sang. Il a interpellé l'agent, qui n'a pas réagi. "J'ai appelé la police pour dénoncer la police parce que j'ai pensé être témoin d'un meurtre".

Des images insoutenables

Outre les auditions de témoins, les jurés ont visionné plusieurs vidéos, à commencer par celle, déjà connue, qui avait été mise en ligne en mai dernier. D'autres images insoutenables ont aussi été montrées, prises par les caméras piétons des agents. On y entend les bouleversantes suppliques adressées par George Floyd : "S'il vous plait, ne me tirez pas dessus", "je n'ai rien fait de mal", "vous me faites peur". 

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Le procès doit durer jusqu'à la fin du mois. Les trois autres agents impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, seront jugés en août pour "complicité de meurtre".