Natalité en berne en Russie : l'autre combat de Vladimir Poutine

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Natalité en berne en Russie : l'autre combat de Vladimir Poutine

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Le président russe a lancé en 2018 le "Projet national démographie" doté de plus de 4000 milliards de roubles
Le président russe a lancé en 2018 le "Projet national démographie" doté de plus de 4000 milliards de roubles
© AFP - Sergey Guneev / Sputnik / Sputnik via AFP

Les dernières statistiques démographiques publiées en Russie montrent un recul de la natalité malgré les efforts du gouvernement pour inciter les Russes à avoir des enfants. L’enjeu est majeur dans un pays dont la population décroit depuis des années.

C'est un problème récurrent des gouvernements russes depuis la fin de l'URSS. Comment enrayer le déclin de la population ? De 147 millions d’habitants en 1989, le pays n’en comptait plus que 145,5 millions en 2021 et encore, en incluant les 2,4 millions de "nouveaux citoyens" de la péninsule de Crimée, annexée en 2014.

Dans ce contexte, les dernières statistiques de la natalité publiées par l’organisme gouvernemental Rosstat pour le premier trimestre sont forcément inquiétantes. Le nombre de naissances (320 400) est en baisse de 5% par rapport à l’année précédente. Des chiffres qui renvoient au début des sombres années 2000, quand la Russie sortait tout juste de la terrible crise économique qui avait accompagné l’effondrement de l’URSS.

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L’échec des politiques natalistes

Surtout, cette baisse du nombre de naissances arrive dans un contexte d’augmentation de la mortalité, conséquence de l’épidémie de Covid. "Le déclin naturel de la population russe a dépassé le million en 2021, et même l'arrivée de 350 000 migrants n'a pas pu le compenser. La population a diminué de 692 000 personnes", a récemment déclaré à l’agence Interfax Sergeï Ryazantsev, économiste et membre de l’académie des sciences de Russie.

Le démographe Alexeï Raksha estime même que le déclin de la natalité est en train de s’accélérer dans le pays. "En examinant les chiffres d’avril des régions qui publient des statistiques mensuelles, on observe une chute de 12% du nombre de naissances par rapport à avril 2021, où les naissances étaient déjà en baisse de 4%", explique ce spécialiste de la natalité. Des chiffres qui viendraient signer l’échec de la politique nataliste du gouvernement.

Vladimir Poutine a qualifié de "défi historique" la crise démographique que traverse la Russie. Le président russe a lancé en 2018 le "Projet national démographie" doté de plus de 4000 milliards de roubles (environ 40 milliards d’euros à cette date), offrant des subventions et avantages aux familles de deux ou trois enfants. Si ces mesures massives ont semblé avoir quelques effets positifs aux alentours de 2020, ils sont en train de s’estomper.

Prévisions pessimistes pour 2023

Le recul du niveau de vie des Russes n’y est pas étranger selon Alexeï Raksha. "J’ai clairement observé que lors de la crise économique de 2014-2015 (suites aux premières sanctions après l’annexion de la Crimée), quand le revenu réel des Russes a baissé de 10%, les taux de deuxièmes et troisièmes enfants ont également baissé de 10%", explique le démographe. "La confiance dans le futur est un élément clé du dynamisme de la natalité", ajoute-t-il.

Ses prévisions pour l’avenir sont très pessimistes. "Il va y avoir une très mauvaise conjonction de facteurs l'année prochaine", prédit Alexeï Raksha. "Les programmes d'incitation à la natalité arrivent à leur fin. La guerre qui a débuté en février affectera les naissances à partir de décembre. Et la crise économique aura aussi des effets début 2023. Je pense que ce sera une très mauvaise année pour les naissances en Russie, et l'année suivante ne sera pas meilleure", conclut-il.