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Noël 2022 : les huit livres féministes de l'année, à lire ou à offrir

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© Malte Mueller.
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© Getty

Cette année fut riche en parutions féministes de qualité, et France Inter s'est fait l'écho de certaines d'entre elles. Sont rassemblées ici des livres aux thèses riches et originales, qui pourront faire l'objet de prochaines lectures ou de cadeaux de Noël.

1. D'images et d'eau fraîche, de Mona Chollet

© éditions Flammarion/WikimédiaCommons
© éditions Flammarion/WikimédiaCommons

L'autrice s'est fait connaître du grand public avec Sorcières, la puissance invaincue des femmes, succès commercial et critique, devenue une petite bible féministe. Après Réinventer l'amour en 2021 sur la difficulté d'entretenir des relations amoureuses dans un monde patriarcal, elle publie cette année un livre un peu différent dans sa forme, tout aussi intime que les autres, mais qui a pour sujet sa passion pour les images collectées, avec une iconographie hétéroclite.

Mona Chollet détaille dans ce beau livre de quoi est composée sa collection étoffée au fil des années, des trouvailles rares aux talismans réconfortants, et interroge le rapport que nous avons aux images et à l'art, à l'heure d'Instagram et de Pinterest. Elle ne manque pas aussi d'analyser cela avec un prisme féministe, en expliquant que l'apparence physique des femmes est toujours ramenée à la beauté, ce qu'elle faisait aussi dans l'essai Beauté fatale.

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Mona Chollet, à propos de D'images et d'eau fraîche, dans L'invitée de 9h10 :

"Il y a des images qui nous suivent et qui nous racontent. Je pense qu'il y a à la fois des images qui nous servent quelque temps, qui sont des supports de notre identité pendant des phases. Les photos que j'avais sur les murs à mon adolescence, je ne pense pas que je garderais tout aujourd'hui. Mais il y en a d'autres qui sont permanentes et qui sont un repère, qui nous donnent une sorte de stabilité, qui nous rappellent qui on est, au-delà de toutes les transformations qu'on peut subir dans la vie."

L'invité de 9h10
20 min

D'images et d'eau fraîche, de Mona Chollet, paru chez Flammarion, octobre 2022

2. Cher Connard, de Virginie Despentes

© Grasset/Sophie Bassouls
© Grasset/Sophie Bassouls
© Getty

Dans ce nouvel opus de Despentes, qui a fait la quasi unanimité dans la presse et en librairie – gros succès commercial –, au titre provocant, mais au contenu qui tient de la réconciliation et de la mesure, les personnages (Rebecca, l'actrice, et Oscar, l'écrivain) échangent des lettres, d'abord agressives et pleines d'incompréhensions, puis plus douces. Par ce contenu épistolaire enlevé, on parvient comme toujours chez Despentes à se glisser dans l'esprit de tous les personnages, souvent en ayant d'autre choix que de faire preuve d'empathie.

Virginie Despentes, à propos de Cher Connard, dans Totémic

L'autrice parle de l'écriture de son livre : "Quand je l'ai relu, je me suis dit que j'avais envie que ce ne soit pas pénible à lire, parce qu'on sortait de deux années qui étaient vraiment particulières et qui étaient douloureuses, plus douloureuses encore que ce qu'on a compris au moment où on les vivait. Je ne savais pas encore que ce livre serait publié en plus pendant une guerre. Et quand je l'ai relu, je me suis dit ce serait pas mal que ce soit un livre dont on ne ressorte pas essoré."

Cher Connard, de Virginie Despentes, paru chez Grasset, août 2022

3. Le Couple et l'Argent, de Titiou Lecoq

© L'iconoclaste/Eric Fougere
© L'iconoclaste/Eric Fougere
© Getty

L'autrice de romans et d'essais n'hésite pas à s'attaquer aux sujets qui fâchent, et à apporter des éclairages nouveaux et primordiaux, sur des sujets intimes et donc tabous, mais qui finalement ont une résonance universelle et politique. Après avoir montré dans Libérées, en 2017, que le combat féministe se gagne aussi devant le panier de linge sale, en expliquant que la répartition des taches ménagères est une clé de l'égalité femmes-hommes, elle s'intéresse dans ce nouvel ouvrage, Le couple et l'argent, aux inégalités de revenus et de patrimoine qui se creusent dans les couples hétérosexuels, à cause de mécanismes inconscients, toujours au profit des hommes.  Elle synthétise toutes les études et à chaque stade de la vie, les femmes sont perdantes.

En France, entre 1998 et 2015, l'écart de patrimoine entre les femmes et les hommes est passé de 9 à 16 %. Derrière cela, il y a des mécanismes sociologiques, des attentes différentes vis-à-vis des hommes et des femmes qui, à la fin, creusent les écarts. Elle prend l'exemple de Gwendoline, personnage fictif et représentatif des femmes, et analyse tout ce qui va creuser cette inégalité : argent de poche, gestion du budget dans le couple, salaires, pensions, etc.

Titiou Lecoq, à propos du livre Le Couple et l'argent, dans le 13/14

L'autrice explique le théorème du pot de yaourt : "Quand il y a une disparité de revenus dans le couple, la personne qui a le gros salaire se propose d'elle-même pour prendre en charge les grosses dépenses. Les grosses dépenses, ça va être l'appartement ou la voiture, tout ce qui fait du bien, ce qu'on appelle du patrimoine, ce qu'on possède à la fin. Et la personne qui a le plus petit revenu se dit : 'Bon, bah moi pour compenser, je vais plutôt prendre en charge un peu plus de courses, etc. Sauf qu'au moment de la séparation entre Gwendoline et Richard, ils finissent par divorcer. Et donc Richard ayant payé la voiture, part avec la voiture en se disant 'Bah c'est normal quand même' et Gwendoline part avec ses yaourt."

L'invité du 13/14
14 min

Le Couple et l'Argent, de Titiou Lecoq, paru aux éditions L'Iconoclaste, en octobre 2022

4. La culture de l'inceste, dirigé par Iris Brey et Juliet Drouar

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Ce livre collectif, dirigé par Juliet Drouar et Iris Brey, tend à expliquer que l'inceste, comme le viol – d'ailleurs le titre du livre provient de l'analogie faite avec l'expression "culture du viol" –, aurait une composante systémique et culturelle, plus qu'individuelle. L'inceste, qui touche une personne sur dix en France, ne serait pas le résultat de monstres isolés et d'exceptions pathologiques mais bien de toute une société basée sur des liens de dominations. Si cette analyse peut apparaître comme provocante, elle est dans ce livre collectif écrit par sept personnes, argumentée. Ce sont aussi beaucoup de pistes qui sont lancées pour parvenir à proposer une réponse politique à ce fléau.

Iris Brey, à propos de La Culture de l'inceste, dans Le Mag de la Matinale

"La culture de l'inceste, c'est dans la continuité de toutes ces violences qui sont faites aux femmes. Il faut comprendre que c'est un système qui est mis en place pour que le corps des enfants et que le corps des femmes continue à être dominé par le patriarcat et par les hommes. [...]  Moi j'ai grandi avec l'idée que l'inceste, c'étaient quelques hommes pédophiles qui étaient attirés par le corps des petits garçons ou des petites filles. Mais non, en fait, les hommes vont vers le corps qui est le plus faible. C'est terrible, mais c'est la réalité. C'est-à-dire que les personnes qui incestent ne sont pas forcément des personnes qui regardent des contenus pédophiles sur Internet. Les personnes qui incestent sont nos pères, sont nos frères, sont nos cousins, sont nos voisins. Ce sont ces personnes-là et on en connaît tous."

Le Mag de la Matinale
26 min

La culture de l'inceste, dirigé par Iris Brey et Juliet Drouar, paru au Seuil, en septembre 2022

5. Vivre fluide, de Mathilde Ramadier

© éditions du Faubourg/Twitter
© éditions du Faubourg/Twitter

Cet essai, parsemé des expériences de son autrice Mathilde Ramadier, tend à montrer que chaque femme serait plus fluide, dans son genre et son orientation sexuelle, que la société ne le suppose. Elle prend pour exemple des études récentes, selon lesquelles plus de la moitié des femmes a déjà éprouvé du désir pour d’autres femmes. Mathilde Ramadier a fait une sorte d'enquête – à la fois intime et collective en recueillant la parole de nombreuses femmes – où elle questionne la signification et l'ampleur de la bisexualité, en n'hésitant pas à s'appuyer sur l'histoire antique et sur la pop culture.

Mathilde Ramadier, à propos de Vivre fluide, dans Zoom Zoom Zen

"On sort de la binarité, c'est-à-dire qu'on a tendance à considérer que le terme de bisexuel entérine encore la binarité de genre, et je dirais même aussi la polarisation entre hétéros et homos. Or, on sait depuis une étude célèbre de 1953 qu'il y a plein de variations entre les deux, que c'est très vaste, et c'est pour ça que j'ai préféré le terme de 'fluide', qui est beaucoup plus joli je trouve. Il n'y a pas le mot sexuel dedans, c'est plus vaste et on peut se l'approprier à sa guise."

Zoom Zoom Zen
53 min
En marge
54 min

Vivre fluide, de Mathilde Ramadier, a paru aux éditions du Faubourg, en septembre 2022

6. Choisir d'être mère, de Renée Greusard

(© JC Lattes/Marie Rouge)
(© JC Lattes/Marie Rouge)

Dans son deuxième essai – après Enceinte, tout est possible –, la journaliste Renée Greusard expose sans filtres, toute la complexité de l'expérience maternelle, n'occultant pas les difficultés. Pour elle, le savoir, c'est le pouvoir, et la libération de la parole sur ce que vivent vraiment les mères, parviendra à un mouvement de déculpabilisation, tentant d'éloigner le spectre de la mère parfaite, inatteignable. Elle ne regrette pas d'avoir eu des enfants mais pense que si elle avait connu les difficultés auparavant, elle aurait été mieux préparée. Encore trop de tabous entourent la période du post-partum, car comme elle le dit : quand on fait un cadeau, on ne dit pas le prix.

Renée Greusard, à propos de Choisir d'être mère, dans Barbatruc :

"Bien sûr, l'expérience de la maternité, et de la parentalité, sont toujours inédites. Mais il y a quand même des choses qu'on peut mettre en place avant pour qu'elles soient plus douces."

Renée Greusard, à propos de Choisir d'être mère, dans Le Téléphone Sonne

"Si je dénonce les conditions de réalisation de la maternité aujourd'hui, c'est parce que les enfants sont aussi victimes. Si les mères sont mal pendant leur congé maternité, ce n'est pas bon pour eux. Dans les livres, il est écrit qu'il faut respecter les besoins des enfants. Mais les parents ont aussi besoin de respecter les leurs. Comment peut-on imaginer qu'on va prendre soin des enfants sans prendre aussi soin des parents ?"

Le téléphone sonne
38 min

Choisir d'être mère, de Renée Greusard, paru aux éditions JC Lattès

7. Vieille Fille, de Marie Kock

© éditions de la Découverte/Charlotte Krebs
© éditions de la Découverte/Charlotte Krebs

Beaucoup de clichés circulent sur les vieilles filles : on les dit laides, seules, déprimées, frigides, inadaptées... C'est à ces stéréotypes d'un autre temps que la journaliste Marie Kock a voulu s'attaquer, elle qui se dit elle-même vieille fille. En s'appuyant sur des études sociologiques, sur sa propre expérience et sur la pop culture, elle expose finalement une situation enviable, si elle est choisie. Marie Kock montre souvent avec humour qu'il est possible d'inventer d'autres manières de vivre, loin des diktats d'une société qui érige le couple hétérosexuel et la famille en références absolues.

Marie Kock, à propos de Vieille Fille, dans Zoom Zoom Zen :

"Entre 35 et 40 ans, le couperet tombe. C'est une expression qui n'est plus tellement usitée. On ne l'entend pas dans la rue quand on se fait insulter. Ce n'est pas vraiment ça qui sort, mais ça n'empêche pas qu'effectivement la situation en elle-même, elle est quand même encore redoutée. Et je trouve que ce qui est rigolo, c'est que les célibataires de 30 ans, ça passe. Les femmes sans enfants, on comprend un peu, mais alors tout en même temps, et de façon définitive, alors là, ça fait beaucoup !"

L'invité de 7h50 du week-end
9 min
Zoom Zoom Zen
55 min

Dysphoria mundi, de Paul B. Preciado

© Grasset/Wikmédia Commons
© Grasset/Wikmédia Commons

Le philosophe trans, après le remarqué Je suis un monstre qui vous parle en 2020, propose en historien du futur une œuvre monumentale, écrite pendant le confinement alors qu'il était malade du Covid, et qu'il annonce ainsi : « Puisque mon désir de vivre en dehors des prescriptions normatives de la société binaire hétéro-patriarcale a été considéré comme une pathologie clinique caractérisée sous le vocable de "dysphorie de genre", il m’a paru intéressant de penser la situation planétaire actuelle comme une dysphorie généralisée. Dysphoria mundi : la résistance d’une grande partie des corps vivants de la planète à être subalternisés au sein d’un régime de savoir et de pouvoir patriarco-colonial. »

Le penseur propose une vision qu'il veut optimiste de l'avenir, le Covid marquant le début d'une nouvelle ère, et la fin du réalisme capitaliste.

Paul B. Preciado, à propos de Dysphoria mundi, dans L'Heure Bleue :

Il s'exprime à propos de ce que peut signifier sa transition de genre : "Je me suis rendu compte que ma propre transformation n'était pas une transformation individuelle. Mais en fait, nous sommes en train de vivre collectivement un changement de paradigme planétaire, qui fait que quelque part mon propre changement de genre, de sexe aussi et de sexualité peut être pensé comme un indice de cette mutation planétaire."

L'Heure bleue
53 min