Publicité

"Notre-Dame brûle" - Jean-Jacques Annaud sous le feu des critiques incendiaires du Masque

"Notre-Dame brûle" : pourquoi le nouveau film de Jean-Jacques Annaud n'a pas convaincu Le Masque ?
"Notre-Dame brûle" : pourquoi le nouveau film de Jean-Jacques Annaud n'a pas convaincu Le Masque ?
© AFP - PATHE - TF1 FILMS PRODUCTION / COLLECTION CHRISTOPHEL

Dans son nouveau film, le réalisateur de "Sept ans au Tibet" reconstitue heure par heure le terrible incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris du 15 avril 2019. Pour la majorité des critiques du Masque & la Plume, le film catastrophe manque de souffle et peine à faire transparaître le drame tel qu'il a été vécu.

Le film présenté par Jérôme Garcin

Il s'agit d'une fiction construite autour de l'incendie qui, le 15 avril 2019, a ravagé la cathédrale de Paris. Un mégot jeté dans la charpente en réfection, le feu qui se propage très vite, le toit en flammes, la flèche de Viollet-le-Duc qui s'effondre et les sapeurs-pompiers qui se fraient un passage au milieu de la foule agglutinée sur les quais pour assister au désastre. Le film, tourné en partie dans la cathédrale de Bourges, aussi dans la basilique de Saint-Denis, financée par François Pinault, mécène de la restauration de Notre-Dame, raconte comment les héroïques soldats du feu vont tout faire pour sauver ce qui peut l'être. Un film catastrophe au sens propre. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Pour Xavier Leherpeur, "le réalisateur filme son propre incendie cinématographique" 

Cela faisait longtemps que le critique et producteur de l'émission "Une Heure en Séries" sur France Inter n'avait pas autant suffoqué après avoir regardé un film qui, d'après lui, manque énormément de souffle, et qui peine constamment à trouver ce qu'il peut filmer d'autre pour donner vie au spectacle : 

Publicité

C'est la double peine : Notre-Dame a brûlé et, en plus, Jean-Jacques Annaud filme son incendie.

"Pas de pot pour la cathédrale de Paris qui devient la vedette d'un film catastrophe… C'est très bizarre, car le film peut sembler époustouflant dans certaines scènes d'incendie, mais il n'y a jamais vraiment de souffle, d'où un film empaqueté dans un scénario qui remplit les espaces. D'autant qu'il n'y a pas tant de choses que ça à filmer… Une fois qu'on a filmé les pompiers les uns sur les autres dans des petits escaliers en colimaçon, il remplit l'espace avec un scénario d'une débilité profonde, ponctué de dialogues de touristes. 

Puis vient se surajouter un côté Fort Boyard, dans cette espèce de course-poursuite pour ouvrir ce coffre-fort qui renferme la relique de Jésus Christ. Cela m'a fait hurler de rire, d'autant que cette quête effrénée est parachevée par un plan absolument extraordinaire : ce religieux qui, après avoir sauvé des hosties consacrées, sort et nous donne l'impression de marcher sur l'eau comme Jésus Christ, comme pour donner une vision spirituelle…

J'ai vraiment prié pour qu'on m'évacue rapidement, et par de beaux pompiers, de préférence.

Si "l'incendie est très bien filmé", Eva Bettan regrette "le manque d'effervescence émotionnelle" 

Si elle a eu l'impression de vivre l'incendie comme si elle était à l'intérieur de la cathédrale, Eva trouve que le film peine à faire ressentir la détresse ressentie par les témoins le jour même : 

"L'incendie, le vrai, on l'a vu de l'extérieur. On l'a vu à la télévision, mais la sensation première, quand on regarde ce film, c'est de se demander si on a l'impression de vivre l'incendie tel qu'il aurait pu véritablement se passer.

S'il y a un vrai exploit technique, par lequel le film nous donne véritablement la sensation de vivre l'incendie, je trouve qu'il ne réussit pas malheureusement à exprimer l'intensité du drame que ça a représenté. On ne ressent que très peu la détresse, la désolation, ou l'impuissance. 

Il veut s'en tenir à la vérité, mais pour cela, il aurait fallu intégrer une plus grande liberté de la fiction, une vision plus documentaire qui puisse apporter plus que l'incendie lui-même." 

Michel Ciment l'a trouvé "passionnant"

Michel Ciment a, quant à lui, été assez bluffé par la qualité du film et par la reconstitution de l'incendie : 

"Alors que ce réalisateur subit presque tout le temps des assauts critiques - car c'est quelqu'un qui tente des choses singulières, qui est audacieux - moi, j'ai trouvé le film passionnant. Même si, en effet, il manque quelques histoires individuelles, comme le font souvent les films catastrophes, pour donner plus de vie au film. 

C'est un film qui mélange les documents d'archives et les scènes reconstituées avec beaucoup de brio.

Sophie Avon déplore "un film sans grâce"

Si elle admet que le film fait preuve de beaucoup d'audace, il reste dépourvu de grâce et d'un meilleur récit, car elle estime que "une fois qu'on est débarrassé de l'impression forte que peut faire le film, on se demande ce qu'il a voulu nous raconter ? Parce que si c'est pour faire une simple recension des faits, ce n'est pas intéressant s'il n'en fait pas autre chose. 

Cet incendie, il n'en fait rien et n'en raconte rien.

On a l'impression qu'il voulait essayer de saisir quelque chose de l'ordre de la spiritualité, mais on a le droit à des maladresses, des choses grossières, comme les cloches qui battent à toute volée au ralenti ; la larme qui coule sur la statue… Ce n'est pas pardonnable pour un film de cette trempe". 

Le côté technique est très impressionnant, mais c'est complètement gâché par cette tentative désespérée de filmer la spiritualité.

Le film

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud

9 min

Toutes les autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici