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"Notre-Dame brûle", "une histoire digne d'un scénario hollywoodien" raconte le réalisateur Jean-Jacques Annaud

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 "Notre-Dame brûle", de Jean-Jacques Annaud, sur les écrans mercredi 16 mars.
"Notre-Dame brûle", de Jean-Jacques Annaud, sur les écrans mercredi 16 mars.
- Mickael Lefevre - BSPP

Presque trois ans après l'incendie de Notre-Dame de Paris, Jean-Jacques Annaud remonte le fil de la catastrophe. Il livre à France Inter son amour pour cet édifice et sa fascination pour l'histoire du sauvetage de la cathédrale.

C’est une plongée dans un brasier et l’histoire d’un sauvetage historique : l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris puis l’intervention des pompiers pour dompter les flammes. Le film "Notre-Dame brûle" du réalisateur Jean-Jacques Annaud sort le mercredi 16 mars au cinéma. Près de trois ans après l’incendie du 15 avril 2019, ce thriller à grand spectacle restitue heure par heure la catastrophe, des premières fumées à l’extinction complète du feu, en passant par l’éboulement de la flèche de Viollet-le-Duc.

La cathédrale Notre-Dame, c’est le premier monument que Jean-Jacques Annaud a photographié, quand il avait sept ans, raconte le réalisateur, aujourd’hui âgé de 78 ans. "Je l’appelais ma star, ma chérie aussi parfois" se souvient Jean-Jacques Annaud. À France Inter, il confie sa relation avec cette cathédrale et les coulisses du tournage.

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FRANCE INTER : À quel moment vous avez pris la décision de tourner un film sur l’incendie de Notre-Dame ?

JEAN-JACQUES ANNAUD : "J'ai changé d'avis quand on m'a suggéré de faire une chose que je n'avais jamais faite : un montage d'images spectaculaires de cet événement. On s'est rendu compte tout de suite que c'était complètement impossible. Il n'y avait pas les documents qu'il fallait. On m'avait donné de la documentation. Il fallait donc reconstituer. En même temps, j'ai découvert l'invraisemblable réalité des faits parce que je ne pouvais pas imaginer que c'était complètement abracadabrant, rocambolesque. C'est comme si l'histoire avait été écrite par un scénariste hollywoodien."

Pour quelles raisons ?

"Comment imaginer alors qu’il y a 1% de femmes dans la brigade de sapeurs-pompiers, dans le premier camion qui va secourir cette grande dame en feu, il y a deux jeunes femmes. Elles sont formidables et passionnantes. Leurs binômes sont des jeunes gens d’une moyenne d’âge de 23 ans. Ils vont dans un escalier interminable avec un petit tuyau pour arroser 150 mètres de feu. 

Il y avait 400 points de vue différents que je pouvais utiliser dans cet évènement. Ils étaient tous fascinant. Il y a cette histoire du régisseur qui se trouve à Versailles. On croit que j'ai choisi Versailles parce que c'était beau et internationalement connu. Non, c'est la vérité. Il rate le train pour revenir alors qu'il est le seul à savoir comment récupérer les trésors de Notre_Dame. C'est invraisemblable et c'est vrai." 

 Le film remonte des premières fumées en fin d'après-midi jusqu'à l'extinction complète du feu quinze heures plus tard.
Le film remonte des premières fumées en fin d'après-midi jusqu'à l'extinction complète du feu quinze heures plus tard.
- David Koskas

Qu’est-ce qui vous a motivé dans le scénario ?

"C'est sa structure, c'est à dire que j'ai une grande star qui est menacée par le plus charismatique des démons. Vous avez un bon et un méchant et vous avez une star immensément connue qui est en train de mourir.  Et en plus de ça, les secours et les médecins n'arrivent pas. 

Le feu est un acteur extrêmement puissant parce qu’il est charmant quand il s'agit de nous éclairer la nuit, nous réchauffer et redoutable quand il nous carbonise. C'est un acteur très pervers et donc tout à fait fascinant pour être le méchant de service. 

Je peux vous dire qu'il est très photogénique, ce méchant. Lorsque vous avez un décor éteint et que sur commande, on le met en flammes, ce n'est plus les mêmes cadres, c'est autre chose. Parce que ça vie, visuellement, le feu vacille, se projette, souffle, mais il rugit aussi. Il fait exploser les bois. Il y a le son du feu qui le rend tellement terrible. Les tragédies, les drames sont fascinants, d'autant plus fascinants quand ils se terminent de manière positive sur une espérance généreuse."

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Vous avez un rapport spécial avec Notre-Dame, que vous contemplez depuis votre enfance. Vous avez toujours ce lien charnel avec la cathédrale ?

"Je suis né à Juvisy, j'ai habité à Draveil, au sud de Paris. Il y a une ligne de chemin de fer qui aboutit à Austerlitz et la station d'après, c'est celle du Pont Saint-Michel. On arrive juste en face de la cathédrale. Tous les jeudis, je venais là avec ma maman qui me faisait visiter le plus beau quartier de Paris. Le musée du Louvre, la Sainte-Chapelle et Notre-Dame. 

Je suis allé des dizaines et dizaines de fois tout petit garçon dans ce magnifique endroit qui me faisait regarder vers le haut.

Occasionnellement, ma maman faisait brûler un cierge, alors qu’elle n'était pas du tout pieuse, pour la santé d’une cousine ou pour que j'ai des bonnes notes à mes devoirs. J'ai été impressionné par ce lieu. J'ai passé mon adolescence à photographier des cathédrales, des églises et des chapelles. Ce n'est pas tout à fait innocent si j’ai réalisé des films comme "Le nom de la rose", ou "Sept ans au Tibet". Ce sont deux religions différentes, mais il y a le même sens du sacré. J'insiste, je suis athée, mais je crois en la nécessité de religion. Je crois en la solidarité, je crois à la tolérance et j'apprécie la foi des autres."

Ce film, c’est une entreprise extraordinaire. Il y a eu 65 jours de tournage, avec en amont des préparatifs titanesques, vous avez fait refaire des maquettes pour pouvoir choisir les angles des caméras. Comment vous avez choisi les lieux de tournages ?

"Tout ce qui a brûlé, je savais que j’allais le faire en studio ou en extérieur. Nous avons fait reconstituer. Évidemment, je ne vais pas m'amuser à foutre le feu à une cathédrale. Je savais dans ma tête quels étaient les axes que j'aurai choisis à Notre-Dame. Alors je suis allé voir la maman de Notre-Dame, qui est la cathédrale de Sens, qui est la première cathédrale gothique du monde. 

En revanche, la cathédrale Notre-Dame à cinq nefs, alors que la cathédrale de Sens est plus modeste, elle n’en a que trois. Je suis aussi allé filmer Bourges, qui est la petite fille de Notre-Dame. On a visité la cathédrale d’Amiens, à Reims, on a dû choisir, parfois les piliers étaient trop massifs, le chœur est trop étroit etc." 

Ce film, c’est aussi un défi technologique. Comment vous avez filmé l’effondrement de la flèche ?

"J’ai travaillé avec les archives parce que je ne voulais pas refaire une flèche qui s'effondre. Je n’imaginais pas la refaire en maquette ou en numérique. J'avais tout ce qu'il faut avec les archives filmées le 15 avril 2019.

En revanche, ce que j'ai fait, c'est l'effondrement vu de l'intérieur. Car il n’y avait aucune caméra à l'intérieur. J'ai reconstitué le cœur de la nef en studio avec les colonnes à l'identique. Le damier du dallage, les sièges qu'on ait fait reconstruire par le même fabricant que celui qui avait fait les sièges. Puis, j'ai fait dégringoler les 75 m2 de matériaux enflammés sur ce dallage. Onze caméras ont filmé en même temps."

"Notre-Dame brûle", de Jean-Jacques Annaud, sur les écrans mercredi 16 mars.