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"Nous sommes des personnes à abattre" : le sort des homosexuels s'aggrave au Sénégal

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C'est dans une ville en dehors de Dakar que Djamil vit caché depuis sa dernière agression en février dernier
C'est dans une ville en dehors de Dakar que Djamil vit caché depuis sa dernière agression en février dernier
© Radio France - Nathanael Charbonnier

C’est une manifestation d’un autre âge qui va avoir lieu ce dimanche à Dakar. Un collectif d'associations manifeste pour demander la criminalisation de l'homosexualité dans le pays. Les peines passeraient de 5 à 10 ans de prison dans un pays où l'homosexualité est déjà considérée comme un délit.

Cela fait plusieurs semaines que la tension monte au Sénégal autour du sujet de l'homosexualité. En cause, le tour dans tout le pays d'un collectif soutenu par le rassemblement islamique sénégalais. Ce collectif, qui appelle à une grande manifestation ce dimanche, demande que l'homosexualité soit criminalisée. Manifestations, signatures de pétitions, pressions sur les élus, tous les moyens sont bons pour obtenir du gouvernement une nouvelle loi qui permettrait de durcir la législation. Les peines passeraient de 5 à 10 ans de prison pour les personnes reconnues coupables d'avoir eu des actes "contre-nature". 

Djamil Bangoura, agressé à 7 reprises à cause de son homosexualité

Conséquence de la tension qui règne, les personnes LGBT+ sont victimes d'agressions et doivent se cacher pour vivre. C'est le cas de Djamil Bangoura. En février dernier, il a été victime d'une septième agression, très grave, dont il garde une cicatrice sur le haut du ventre. Depuis, il vit en dehors de Dakar dans une petite ville dont il est impossible de dire le nom pour ne pas le mettre en danger. Il raconte :

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Le médecin qui m'a soigné a dit que j'ai eu de la chance. Et comme vous pouvez voir, ma blessure est profonde. C'était une plaie ouverte, et j'ai eu de la chance de ne pas mourir. Vous savez, je ne prends plus les transports en commun. Normalement, je vis à Dakar, mais là j'ai dû venir me cacher ici pour ne pas avoir de problèmes.

Il faut dire que Djamil Bangoura est connu. C'est l'un des rares militants à afficher ouvertement son homosexualité. Il est d'ailleurs à l'origine d'une association dédiée à la cause, l'association Prudence plus.

Les homosexuels ici au Sénégal sont considérés comme des animaux qui n'ont pas de droit de vie. Ils ne doivent pas être dans la société sénégalaise. Nous sommes des personnes à abattre.

L'homosexualité est considéré comme un "acte contre nature"

Il faut savoir que l’homosexualité est considérée au Sénégal comme un acte contre-nature. Dans le code pénal, l'article de loi 319 alinéa 3 le dit clairement : "sera puni d'un emprisonnement de 1 à 5 ans et d'une amende de 100 000 à 1 500 000 francs, quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe. Si l'acte a été commis avec un mineur de 21 ans, le maximum de la peine sera toujours prononcé".

Le rassemblement islamique du Sénégal est l'un des organisateurs de la manifestation demandant la criminalisation de l'homosexualité
Le rassemblement islamique du Sénégal est l'un des organisateurs de la manifestation demandant la criminalisation de l'homosexualité
© Radio France - Nathanael Charbonnier

Et les histoires de dénonciations sont nombreuses. Quand la police vient et découvre des préservatifs, elle peut vous emmener en vous accusant d'être homosexuel. Mais être gay au Sénégal, c’est un peu comme les sorcières au Moyen Âge qu’on rendait responsables de tout et qu’on brûlait. Les personnes LGBT+ sont des boucs émissaires, accusées de tous les maux.

Les gens disent que la religion n'aime pas les homosexuels, que Dieu va se fâcher contre nous, que Dieu va maudire le Sénégal, Dieu va détruire les gens, que la pauvreté, la maladie, tout cela, c'est parce qu'on pratique l'homosexualité.

L'appel à l'aide de Djamil Bangoura à la communauté internationale

Malgré tout, Djamil Bangoura poursuit la lutte malgré ses maigres moyens, malgré l'abandon dont il se sent victime de la part des institutions et des autres associations. Car il croit encore que tout n'est pas perdu. L'une des solutions est que la communauté internationale conditionne ses aides à la défense des personnes LGBT+. "_Si la communauté internationale prend position très clairement pour demander l'abrogation de l'article 319 alinéa 3, si elle s'oppose à tout vote de criminalisation de l'homosexualité et si elle conditionne cela à ses aides, alors les choses peuvent avance_r", estime-t-il.

Ce fameux article 319 alinéa 3, qui pénalise l’homosexualité, date de l'époque coloniale, lorsque le Sénégal était français.