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Octobre rose en BD : "La vie gourmande" et "Nénés cheris" : deux façons de raconter son cancer du sein

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Couvertures de "Nénés chéris et de"La vie gourmande" : parler du cancer du sein en BD
Couvertures de "Nénés chéris et de"La vie gourmande" : parler du cancer du sein en BD
- Jennifer Hayden/Cité graphique et Aurélia Aurita/Casterman

Deux bandes dessinées signées Aurélia Aurita et Jennifer Heyden relatent l'aventure intime et douloureuse de la maladie. Deux façons de se raconter, et de partager.

« La vie gourmande » d'Aurélia Aurita : garder le goût malgré la maladie

À l'origine, un deuil. Aurelia Aurita (Fraise et chocolat, Comme un chef avec Benoît Peeters…) choisit de débuter son récit au décès de sa grand-mère en octobre 2018. D'origine cambodgienne, cette dernière est arrivée en France pour fuir l'avancée des khmers rouge. Elle cuisinait des plats de son pays qui ont marqué à jamais Aurélia.

À la même époque, la dessinatrice débute un travail d'observation et de dessin chez le chef Pierre Gagnaire. En cuisine, rien ne lui échappe, ni le coup de main de Désiré tournant des mottes de beurre comme "s'il caressait les seins d'une femme", ni les doigts vigoureux de Ricardo qui "la prenait aux tripes".

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54 min

Alors qu'elle nage en plein bonheur gustatif et olfactif, en décembre 2018, on lui diagnostique un cancer du sein… Aurélia Aurita raconte la chimio épuisante avec, entre autres effets secondaires, le dérèglement du goût, les séjours à l'hôpital, les hommes plus ou moins courageux… Mais aussi le soutien et l'amitié avec Jeanne, Annie, Benoît…

Le fil conducteur de La vie gourmande est la bonne bouffe, le plaisir de manger. Le livre s'achève d'ailleurs sur une expérience culinaire exceptionnelle. Le dessin en noir et blanc, qui passe à la couleur quand il s'agit de nourriture, apporte une touche poétique à cette autobiographie dessinée. La maladie est décrite avec pudeur. Un témoignage chaleureux.

Détail d'une planche de "La vie gourmande" d'Aurélia Aurita
Détail d'une planche de "La vie gourmande" d'Aurélia Aurita
- Casterman

La vie gourmande d'Aurélia Aurita chez Casterman

« Nénés chéris », de Jennifer Hayden : à l'origine du mal

Jusqu'où remonter pour raconter sa maladie ? La mère de Jennifer Hayden a eu un cancer qu'elle a surmonté avec pudeur et courage. Pourtant, son mari la trompait sous ses yeux. Mais sur son lit d'opération, en bonne soldate-épouse, elle pensait à lui recoudre son pantalon… Pour l'autrice américaine, l'image modèle du couple parental se fissure. Elle accompagne comme elle peut sa mère, mais ne se sent pas très utile…

Dès les premières cases de Nénés chéris, le cancer sera le prétexte pour raconter sa famille, les deuils, les naissances avant l'arrivée de la maladie. Le diagnostic établi, Jennifer Hayden restitue le choc de l'annonce, la culpabilité vis-à-vis de l'entourage, la peur de mourir, la masectomie, les enfants, le couple…

L'autrice partage son expérience avec honnêteté et à la bonne distance. Le récit pétillant et plein d'autodérision est accentué par un dessin quasi enfantin. En noir et blanc, avec moults pointillé, le trait est vif. La narration prend son temps pour nous faire traverser cette aventure. Le ton, malgré la tristesse de certains propos, n'est jamais larmoyant. Publié en 2015 aux États-Unis, cet incroyable roman graphique arrive en français chez nous aujourd'hui. Et c'est immanquable.

Nénés chéris de Jennifer Hayden publié à La cité graphique

Détail d'une planche de "Nénés chéris" par Jennifer Hayden
Détail d'une planche de "Nénés chéris" par Jennifer Hayden
- La cité graphique

D'autres BD sur le cancer du sein :

  • Betty Boob de Véronique Cazot et Julie Rocheleau chez Casterman
  • La guerre des tétons de Lili Sohn chez Michel Lafon
  • Paul à Québec de Michel Rabagliatti paru aux éditions de La Pastèque